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Médias – People
DOSSIER : France Bleu Montagne

L'alpiniste Elisabeth Revol, un an après son calvaire dans l'Himalaya : "Je ne peux pas vivre sans montagne"

- Mis à jour le -
Par , , France Bleu Isère, France Bleu Pays de Savoie, France Bleu

Un an après l'expédition mortelle dans l'Himalaya qui a coûté la vie à son compagnon de cordée, l'alpiniste Elisabeth Revol sort de son silence à l'occasion de la sortie d'un livre où elle raconte ce drame. Elle a confié à France Bleu Isère à quel point cette épreuve l'a transformée.

Grenoble, France

Il lui aura fallu un an et demi pour coucher sur le papier ce qu'il s'est passé "là-haut", comme elle le dit avec pudeur. Un an et demi pour se reconstruire, dans la douleur, après la mort de son compagnon de cordée polonais, "Tomek" Mackiewicz au cours d'une tentative hivernale d’ascension du Nanga Parbat, un des quatorze sommets de l'Himalaya, situé à plus de 8.000 mètres d'altitude. Un an et demi pour témoigner ... et tenter d'exorciser. 

Elisabeth Revol, l'alpinistre et himalayiste originaire de Saoû, dans la Drôme, vient de publier un livre, intitulé "Vivre, ma tragédie au Nanga Parbat".  Nous l'avons rencontrée, à Grenoble, ce jeudi, à l'occasion des "Rencontres du cinéma de montagne. Entretien.

Elisabeth Revol est aussi l'invitée exceptionnelle de notre émission consacrée aux sommets d'ici et d'ailleurs, "Passion Montagne", diffusée ce dimanche 10 novembre de 10h à 11 heures et réécoutable ici.

Elisabeth Revol, dans votre livre, il y a deux marqueurs : le Nanga Parbat et la tragédie que vous avez vécue... Et l'Everest, que vous avez gravi il y a quelques mois, qui est une sorte de résurrection, un nouveau départ ?

Elisabeth Revol : "Oui !! Complètement ! Ma vie s'est arrêtée au Nanga Parbat. Je me suis complètement détruite à la suite de ça. Et je revis depuis que j'ai grimpé l'Everest, c'est une sorte de renaissance."

Est-ce qu'il y a un moment où vous vous êtes dit après le Nanga Parbat, 'je ne repars pas, c'est fini pour moi la haute-montagne' ?

Elisabeth Revol : "Non. J'avais déjà une expérience de drame en montagne et je savais que mon retour passerait forcément par la montagne. Je l'ai dit tout de suite que j'y retournerai et c'est ce qui m'a tenue dans cette année là. 

Quand la vie s'arrête, on se dit qu'on a exploré plein de montagne mais qu'on est loin de son objectif premier et de l'origine de sa passion. Ce qui me faisait rêver quand j'étais petite, c'était l'Everest ! Je n'y étais jamais allée. Et quand la vie s'arrête on se dit 'mais où est l'origine?' et donc, on y va !"

"C'est la plus belle école de ma vie, donc me passer de montagne ? Non !! Je ne peux pas" - Elisabeth Revol

Vous n'avez jamais imaginé vous passer de montagne ?

Elisabeth Revol : "C'est toute ma vie, c'est ce qui m'a construit. C'est compliqué pour moi de se passer de montagne. J'y baigne depuis toute petite, ça fait partie de ma culture. C'est la plus belle école de ma vie donc me passer de montagne ? Non !! Je ne peux pas me passer de montagne".

  - Radio France
© Radio France - Virginie Salanson

Le Nanga Parbat c'est aussi des erreurs de communications, la polémique sur les secours pakistanais, puis la polémique sur l'oxygène ou pas dans l'Everest. Comment vous analysez ça avec le recul ? Avez-vous commis des maladresses ?

Elisabeth Revol : "Oui... Il y a eu des maladresses. Quand je suis rentrée l'année dernière, je n'étais plus moi. J'étais simplement en souffrance. J'étais dans un début de deuil qui commence par la colère et ça s'est dirigé contre les Pakistanais, mais ça aurait pu être envers Tomek ou envers moi. Malheureusement, c'est tombé sur eux et je le regrette aujourd’hui.

Et sur l'Everest, [Le sponsor d'Elisabeth Revol a annoncée qu'elle avait gravi l'Everest sans oxygène, alors qu'elle y avait eu recours NDLR], j'étais dans un moment complètement off. Je n'ai pas communiqué. Mais quand je rentre et que je vois l'effet boule de neige qu'il y a eu, 'étais complètement désemparée. J'aurais du reprendre les rennes tout de suite et je ne l'ai pas fait. Donc c'est une maladresse aussi de ma part". 

Depuis le drame du Nanga Parbat, le grand public vous connait. Ce n'était pas le cas avant, comment avez-vous vécu ce déferlement médiatique ?

Elisabeth Revol : "Pour moi, ça reste toujours très compliqué parce que je suis timide et un petit peu renfermée sur moi-même dans mon petit monde. Je n'étais ni préparée ni armée pour ça. C'est un monde assez étrange qui s'est ouvert à moi...."

"L'emballement médiatique a continué de me détruire pendant une période déjà très difficile" - Elisabeth Revol

Ça vous a fait mal certaines choses ?

Elisabeth Revol : "Aaaah complètement !! Ça a continué de me détruire dans cette période qui était déjà compliquée. Notamment les réseaux sociaux, les jugements hâtifs, prendre la parole sur des choses que l'on ne connait pas forcément. [Elle fait une pause] Bon... ça fait partie de notre monde actuel".

  - Radio France
© Radio France - Virginie Salanson

Ce livre vous a aidé ?

Elisabeth Revol : "Il m'a permis de me détacher de toute la souffrance que j'avais, des images avec Tomek, de tous ces moments qu'on a vécu ensemble. Les émotions débordaient dès que j'y pensais....et j'y pensais tout le temps. Ça m'a permis de poser les choses, de les regarder, et que tout ce qui s'est passé sur le Nanga Parbat, le regarder différemment".  

Vous avez, depuis, grimpé trois sommets à 8.000 : l'Everest, le Lhotse et le Manaslu, mais toujours en solitaire. Qu'est-ce qui a changé depuis le Nanga Parbat ?

Elisabeth Revol : "Depuis le Nanga, je ne peux plus prendre quelqu'un, en responsabilité, sur une corde. Pour l'instant c'est trop dur pour moi. J'avais besoin d'être seule, de retrouver des émotions seules, sur des pentes glacées et de nuit... toute seule aussi".

Et quels sont vos projets ?

Elisabeth Revol : [Elle sourit] "C'est de rester au chaud pour cet hiver. Avec mon mari. Et pour l'instant ça en reste là".

Entretien mené par Lionel Cariou.

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