Médias – People DOSSIER : Le dossier du jour de France Bleu Vaucluse

Ouvrir les bibliothèques le dimanche, est-ce possible en Vaucluse ?

Par Aurélie Lagain, France Bleu Vaucluse mercredi 13 septembre 2017 à 6:23 Mis à jour le mercredi 13 septembre 2017 à 7:28

Retour de livres à la médiathèque de Vaison
Retour de livres à la médiathèque de Vaison © Radio France - Aurélie Lagain

Le gouvernement souhaite que les bibliothèques puissent ouvrir en soirée et le dimanche. Alors que 45% des Français empruntent des livres à la bibliothèque, les structures vont-elles tenter l'ouverture dominicale?

Quand auriez-vous le temps de vous plonger dans un livre ? Le dimanche ? Alors mieux vaut avoir une bibliothèque à la maison. Ou avoir emprunté au mieux ses livres la veille. Car quelle bibliothèque reste ouverte le dimanche ? Ce sera bientôt le cas à Carpentras.

C'est le cas à Rennes, en Bretagne, depuis 2006. Les bibliothèques sont ouvertes sept jours sur sept. Selon la mairie, il y a plus de monde le dimanche qu'en semaine. Mais cela coûte aussi "40.000 euros par an".

Ouvrir le dimanche ? "Il y a des conditions à régler" - Francis Adolphe, maire de Carpentras

Alors à Carpentras ? Le déménagement de l'Inguimbertine à l'Hôtel Dieu est sur la fin. L'inauguration est prévue pour les 4 et 5 novembre. Avec une nouveauté, l'ouverture le dimanche. Mais pas tout le dimanche. "Je ne peux pas donner les horaires encore, car on a le comité hygiène et sécurité des conditions de travail qui doit encore se réunir en septembre pour voir les conditions de travail dans lesquelles les employés pourront ouvrir".

Faut-il les payer plus ? "Oui, il y a des conditions à régler avec eux. Je ne pense pas qu'on n'aboutisse pas... Le CHSCT ne peut pas bloquer, car les rapports sont constructifs."

Le candidat à l'élection présidentielle Emmanuel Macron avait écrit à l'association des bibliothécaires français pour affirmer que la bibliothèque publique était "la clef de voûte de l'action culturelle dans les territoires". Concrètement, "élargir les horaires d'ouverture." Dans son courrier, il étaie : "Les bibliothèques sont moins ouvertes en France qu’à l’étranger : 41 h par semaine dans les grandes villes, contre 98 h à Copenhague.

C’est une inégalité fondamentale : ce sont ceux qui n’ont pas accès, chez eux, dans leur famille, à la lecture ou à une activité culturelle, qui en pâtissent le plus. Des contrats seront passés entre l’État et les collectivités locales pour la prise en charge des dépenses de personnel supplémentaires liées à l’ouverture en soirée et le dimanche."

"Il est de la responsabilité des élus locaux de porter dans leurs territoires cette grande réforme. Mais il est de la responsabilité de l’État de mettre en place les conditions de sa réussite. L’impulsion politique en la matière est décisive : l’État doit convaincre autant qu’accompagner. Je demanderai au ministre de la culture de désigner un « ambassadeur de la réforme », une personnalité culturelle bénéficiant de relais auprès des élus locaux, qui sera garant de sa mise en œuvre."

"On n'y va pas pour convaincre, tout le monde est convaincu" - Françoise Nyssen, sur l'ouverture des bibliothèques le dimanche

Chose faite. Françoise Nyssen, ministre de la Culture d'Emmanuel Macron, a chargé l'écrivain Erik Orsenna de faire un tour de France des bibliothèques pour en parler.

Françoise Nyssen, ministre de la Culture, était accompagné d'Érik Orsenna, l'écrivain qui avait inauguré les Champs Libres en 2006 - Radio France
Françoise Nyssen, ministre de la Culture, était accompagné d'Érik Orsenna, l'écrivain qui avait inauguré les Champs Libres en 2006 © Radio France - Alexandre Frémont

Au micro de Gilbert Chevalier, elle précise : "Personne ne peut dire que ce n'est pas une bonne idée. Après il faut voir comment on va le faire avec les gens qui y sont. Bien sûr, l'Etat va accompagner. On va faire l'étude, on va voir ce que ça implique comme nécessités, comme moyens, ce n'est pas une règle uniforme et unanime pour tous selon les lieux, les besoins..."

Exemple à Vaison-la-Romaine avec sa médiathèque toute rénovée dans la Ferme des Arts. "La volonté était de la rendre plus accessible", précise le maire Jean-François Périlhou, et de fait les deux salles principales sont accessibles en fauteuil, on peut faire entrer les poussettes dans le coin tout-petits. "On a multiplié par deux le nombre d'ouvrages directement accessibles" : 16.000 ouvrages en tout.

S'il n'y a pas, il est possible de commander au service Livre et lecture, l'ancien bibliothèque départementale de prêt. Les lieux sont ouverts de mardi au samedi, et le jour où l'affluence est la plus forte, c'est le samedi, précise la responsable Marylin Flamain. Romans, polars, documentaires, 800 "large vision", "ouvrages en gros caractères", précise Delphine Maricaille, l'une des bibliothécaires, ils représentent 20% des prêts, une salle spéciale pour les BD et les mangas, parmi les livres les plus empruntés.

Si vous ne voyez pas Delphine, derrière la banque d'emprunt et de retour des livres, d'ailleurs, elle se trouve sans doute à l'étage, dans son bureau à la porte vitrée en face de la salle d'exposition : 40% du travail de bibliothécaire est face au public, 60 % se déroule dans l'ombre.

La bibliothécaire détaille : faire les commandes "continuer les séries, se fier à l'avis des usagers" mais aussi des professionnels du livre, recevoir les commandes, indexer les livres selon un code très formalisé, avec des mots-clefs très précis pour permettre une recherche efficace. Il faut ensuite relier les livres, en y apposant un film plastique résistant qui les protéger, "nous avons la chance d'avoir une machine, ce n'est pas le cas partout" explique Delphine. Ensuite il faut évidemment, classer les livres.

"S'il fallait tous les acheter... D'une part ça coûte et par ailleurs, on ne sait plus quoi en faire!" - Jean-Claude repart avec deux livres

Du côté des enfants, deux salles. Chez les plus petits, ce sont les livres sur l'école qui sont en bonne place sur les présentoirs. Mais Tio, trois ans, lui se dirige vers un magazine, sa maman sur les talons. Elle ne devrait pas couper à l'histoire à raconter : "Il y a des petits poufs pour qu'ils puissent s'asseoir, et des coins lectures pour que les parents lisent les histoires aux enfants. Généralement les enfants reprennent le même livre, ils ont un livre chouchou à la médiathèque". De parole de bibliothécaire, les enfants peuvent passer une heure et demie à la médiathèque, mais ils peuvent pendant ce moment se dépenser aussi dans la cour extérieure.

A côté, ce sont les CD. 1.400 CD. "On pourrait croire que c'est un prêt qu'on ne fait plus, mais au contraire, les demandes n'arrêtent pas d'augmenter", s'étonne encore Marilyn Flamain. "Soit ils ne sont pas connectés à Deezer ou autre, mais ils aiment bien encore farfouiller, chercher de nouveaux artistes qu'ils ne connaissent pas."

Mais le goût de la lecture ne naît pas forcément à la bibliothèque. C'est là qu'il se forge. Où naît-il ? Au lit. Le soir, les quelques minutes sacrées pendant lesquelles papa ou maman laisse de côté son téléphone pour lire "La petite taupe" ou" Petit ours brun".

Rachel, elle a opté pour les fables de La Fontaine, le soir, avant d'endormir son bout de chou de trois ans :" Tous les soirs, au coucher, ça développe son imagination!". Les résultats, c'est une dizaine d'années plus tard, notamment pour Ella, 15 ans, livre en main, qui fréquente assidûment la bibliothèque Ceccano à Avignon : "Mon père me lisait des histoires quand j'étais petite, et je n'ai pas cessé de lire. Il m'a donné goût à la lecture depuis que je suis née".

Le manga pour garder les ados

La médiathèque de Vaison, elle, a dégainé le manga il y a neuf ans, pour capter, pour retenir les adolescents. Des bandes dessinées japonaises, qu'on lit de droite à gauche, et qui font fureur à cet âge (et pas que). Marilyn Flamain s'en félicite :"Le manga s'est développé, il y a un scénario, un graphisme. C'est très important pour nous, ça nous permet de garder les adolescents. Il ne viendraient pas à la médiathèque sinon. Ca fait la transition avec les romans."

C'est comme ça qu'on arrive comme Jocelyne, à l'âge de la retraite, à fréquenter une fois par semaine la médiathèque, et emporter deux livres à chaque fois : "J'ai toujours aimé lire, je m'immerge dans l'histoire, on se crée les personnages. Moi je conseille ça à tout le monde..."

Mais les bibliothèques peuvent aussi être associatives, scolaires, des associations aussi travaillent à faire découvrir les livres, comme Lire et faire lire. Les libraires aussi y travaillent. Sandrine Balme a repris il y a 12 ans la librairie Montfort au coeur de Vaison-la-Romaine. De 6 à 8.000 ouvrages selon la saison. Elle travaille beaucoup à Noël pour les cadeaux de fin d'année, mais aussi énormément l'été, avec les touristes qui viennent lire "ce qu'ils n'ont pas eu le temps de lire pendant l'année", qui régalent aussi les enfants, qui repartent avec un souvenir de vacances. Un présentoir "English books" est bien en évidence près du comptoir.

Sandrine Balme, libraire à Vaison-la-Romaine - Radio France
Sandrine Balme, libraire à Vaison-la-Romaine © Radio France - Aurélie Lagain

En ce moment, et en ce mardi jour de marché, beaucoup de touristes venus acheter des cartes postales, mais des habitués aussi, venus retirer des livres commandés, "pas plus chers que sur internet", précise la libraire toujours souriante, mais remontée contre les vendeurs spécialisés en ligne. Et parfois, des gens fâchés avec les livres. Sa technique "parler avec eux, leur demander ce qui leur plairait. Les adultes ont besoin de conseils, les enfants pas. Ils savent à peu près ce qu'ils veulent." Les livres en séries, les dessins animés aident beaucoup.

Ramener les gens à la lecture, c'est bien aussi l'objectif de la "bibliocabine" à Suzette, près de là. Une ancienne cabine téléphonique transformée grâce à un pot de peinture et des étagères, en bibliothèque participative, ouverte sept jours sur sept, dimanche compris. Une télécabine qui n'a pas attendu l'élection d'Emmanuel Macron pour voir le jour ! "Un projet de bibliothèque c'est trop cher pour notre commune, on toujours le plaisir de lire quand même", explique Patricia Oliveiro, la maire.

Le principe est simple : on prend un livre et on en rapporte un autre. Le tout gratuitement. "La bibliocabine permet aux gens de pouvoir apprendre des choses qu'ils ne connaissaient pas. Elle force les gens à lire un peu plus", résume Anton, un élève de l'école de Suzette qui a participé à la transformation de la cabine.

Même principe à Vaison-la-Romaine, où des boîtes à livres vont voir le jour cet hiver, grâce à plusieurs associations et Jean-Pierre, un ancien de la médiathèque qui centralise les dons. Pour le moment, Isabelle a descendu de Beaumont-du-Ventoux deux caisses de livres : "Des livres de poche, des polars, un peu de tout, que j'ai lus, que j'ai fait lire, qui sont dans des cartons, qui ne servent à rien, c'est dommage."

Les caisses d'Isabelle partent dans la réserve, elle seront rejointes par les livres que Sandrine Balme doit récupérer chez la boulangère. Les ouvrages seront placés dans des boîtes à livres, "cinq ou six sur Vaison, dans des lieux de passage, dans des boîtes fermées à la pluie, mais libres d'accès".

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