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Météo
Dossier : Tempêtes de 1999, 20 ans après

Tempêtes de 1999 : 20 ans après, est-on mieux armés pour faire face à une catastrophe de cette ampleur ?

- Mis à jour le -
Par , , France Bleu

Les 26, 27 et 28 décembre 1999 les tempêtes Lothar et Martin balayaient la France, tuant 92 personnes et provoquant des dégâts considérables. 20 ans après, retour sur ces phénomènes météorologiques exceptionnels à l'origine, notamment, de la création des vigilances Météo France.

Illustration des dégâts après le passage de la tempête Lothar près de la tour Eiffel à Paris,  le 26 décembre 1999
Illustration des dégâts après le passage de la tempête Lothar près de la tour Eiffel à Paris, le 26 décembre 1999 © AFP - ERIC FEFERBER

92 morts, des centaines de milliers d'arbres arrachés, un foyer sur quatre privé d'électricité : les 26, 27 et 28 décembre 1999 les tempêtes Lothar et Martin traversaient le pays provoquant des dégâts considérables. D'une intensité exceptionnelle, ces tempêtes ont notamment poussé la Sécurité civile, Météo France mais aussi EDF à réformer leur dispositifs d'alerte et d'intervention.

Sommes-nous mieux préparés à affronter des phénomènes météo de cette ampleur ? Le réchauffement climatique peut-il aggraver le risque ? France Bleu fait le point.

► Dossier : Tempêtes de 1999, 20 ans après

Des vents d'une puissance inédite

Le 26 décembre 1999, en fin de nuit, Lothar, s'abat sur la baie du Mont-Saint-Michel puis traverse la moitié nord de la France à une vitesse dépassant les 100km/h. Les rafales atteignent 155 km/h à Nancy (Lorraine) et jusqu'à 173 km/h à Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor), Solenzara (Corse) et Orly (Val-de-Marne), un record absolu pour l'aéroport francilien. Le lendemain, une nouvelle tempête, Martin, dévaste la moitié sud du pays avec des rafales de vent de plus de 150 km/h. La valeur maximale, 198 km/h, est relevée à la Pointe de Chassiron sur l'île d'Oléron en Charente-Maritime. Ces dépressions venues de l'Atlantique mesurent plusieurs centaines de kilomètres de diamètre. Mais leur particularité, notamment celle de Lothar, "c'est qu'elles se sont renforcées de façon explosive en avançant dans les terres" se remémore François Lalaurette, directeur des opérations pour les prévisions à Météo France. Des rafales de vent d'une puissance inédite -plus de 500 km/h- sont mesurées au niveau du courant-jet, en haute-altitude.

Tempêtes Lothar et Martin : des rafales de vent allant jusqu'à 200 km/h - Visactu
Tempêtes Lothar et Martin : des rafales de vent allant jusqu'à 200 km/h © Visactu -

Jean-Bernard Bobin, l'actuel chef du service de la planification et de la gestion des crises à la direction générale de la Sécurité civile, travaillait en région parisienne à l'époque : "Je me souviens avoir ouvert mes volets et avoir découvert les quais de Seine jonchés d'arbres, abattus par la tempête. La rue n'était plus qu'un tapis de branches et de troncs d'arbres." 

92 personnes sont tuées, 2.000 blessées. Les dégâts matériels sont considérables. Plus de 200 pylônes électriques haute tension sont brisés, privant d'électricité plus de trois millions de foyers durant plusieurs jours. Le dispositif de secours imaginé dans la perspective du passage à l'an 2000 se révèle insuffisant. L'ampleur des dégâts est telle que la France doit rapidement faire appel à ses voisins européens. "De manière générale, l'information remontait moins rapidement et moins facilement que maintenant" se rappelle Jean-Bernard Bobin, "mais on a vite compris que l'on faisait face à un événement majeur qui n'avait pas été anticipé, les centres d'appels du 18 étaient débordés et un peu partout, on nous demandait des renforts. C'est la plus grande catastrophe que j'ai connue en métropole."

Les tempêtes mieux anticipées 

À l'époque, Météo France a repéré les tempêtes avant qu'elles ne touchent les côtes françaises mais les modèles de prévision n'ont pas jugé crédible les vitesses de vents, tant elles étaient importantes. "Nous avons réalisé que nos modèles de prévision étaient très instables" raconte François Lalaurette, "la puissance de calcul de nos outils est aujourd'hui beaucoup plus importante qu'il y a 20 ans, on appréhende les phénomènes de façon plus réaliste, nous faisons tourner les modèles de prévision plusieurs fois pour déterminer le scénario le plus probable et nous avons une représentation tous les 5 km, voire 1 km, contre 30 km à l'époque." 

"On a également amélioré nos capacités d'observation" complète le directeur des opérations de Météo France. "Nous avons désormais des méthodes et des satellites qui nous permettent de bien mesurer la sensibilité de l'atmosphère." 

La population mieux préparée

Si les dégâts furent aussi considérables, c'est également parce que le grand public n'était pas assez averti. Météo France a depuis mis en place un mécanisme de vigilance avec un code couleur (vert, jaune, orange, rouge) pour informer la population sur la dangerosité des phénomènes météo des 24 heures à venir. 

Une carte qui "s'accompagne de conseils indiquant au grand public comment se comporter en cas d'alerte météo" ajoute Jean-Bernard Bobin de la Sécurité civile, "ça n'existait pas en 1999, la population était désarmée. Même si certains continuent à avoir des comportements à risques, comme descendre récupérer une voiture au parking en cas d'inondations, on a le sentiment que ces préconisations et conseils sont aujourd’hui de plus en plus pris en compte."

Des secours mieux organisés

Pouvoirs publics, Météo France, Enedis : en 20 ans la coopération entre ces acteurs clés en cas de catastrophes climatiques s'est considérablement renforcée. 

"On travaillait déjà avec Météo France en 1999 mais nous avons gagné en synergie : dès qu'il y a un événement d'ampleur, nous avons à demeure, au COGIC [centre opérationnel de gestion interministérielle des crises, ndlr], un prévisionniste qui nous commente les données et nous oriente" explique Jean-Bernard Bobin.

Dans les zones les plus exposées, il existe également des "correspondants tempête", interlocuteurs privilégiés d’Enedis dans les préfectures, et des conventions départementales avec la protection civile ont été signées pour coordonner les actions de réalimentation.

Les réseaux électriques mieux protégés

Pour éviter que des millions de foyers ne soient à nouveau plongés dans le noir durant plusieurs jours, trois milliards d’euros ont été investis entre 2000 et 2017 pour rendre 50.000 km des 1,4 million de km de lignes électriques que compte le pays plus résistantes aux vents violents. Les structures des pylônes ont été renforcées et leur disposition revue pour éviter "l'effet domino" observé en 1999, avec des chutes de piliers en série. 50 % du réseau électrique, soit 700.000 km de lignes, a été enterré.

2.600 groupes électrogènes (GE) sont prêts à être déployés en moins de 24h en cas d’intempéries et une unité dédiée aux catastrophes climatiques a été créée. Composée de 2.500 femmes et hommes, la Force d’Intervention Rapide Electricité (FIRE) est dotée de centaines de véhicules et de milliers de tonnes de matériel répartis sur 11 plateformes de stockage à travers tout le pays. Selon Enedis, gestionnaire du réseau de distribution d’électricité, "le dispositif permet de mobiliser en quelques heures des techniciens disponibles venant de régions non sinistrées, et d’envoyer aussi le matériel prédéfini qui leur est nécessaire (kit inondation par exemple), leurs engins et leurs outils." En cas d'intempéries, une cellule de crise nationale, basée au siège de l'entreprise à Paris, coordonne et répartit les forces sur le territoire en fonction des besoins.

Des mesures suffisantes dans le contexte de réchauffement climatique ?

Ces mesures seront-elles suffisantes pour faire face aux conséquences du réchauffement climatique ? "Actuellement, ils n'y a pas de consensus au sein du GIEC [Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, ndrl] concernant l'impact du réchauffement climatique sur les tempêtes et leur violence", souligne François Lalaurette de Météo France, "mais dans la mesure où la température de l'océan joue un rôle clé dans les cyclones tropicaux et les épisodes cévenols par exemple, on peut déjà estimer que d'ici la fin du siècle, ces phénomènes seront plus violents. Les tempêtes qui viennent de l’Atlantique, comme celles de 1999, dépendent d'autres dynamiques, plus complexes. Il est plus compliqué d'anticiper ce que ça va donner. "

En attendant, Météo France travaille toujours à enrichir et affiner ses modèles de prévision. "En 1999, on ne voyait pas la tempête deux jours à l’avance. Aujourd'hui, on voit arriver les ouragans plusieurs jours en amont, mais il reste des incertitudes sur les zones qui seront ou non touchées. Il est encore difficile de déterminer les lieux précis où le phénomène sera le plus intense, c'est parfois extrêmement réduit, sur quelques dizaines de km. On a rétréci le domaine d'incertitude, mais nous avons encore du travail pour être capable, demain, de prévenir une commune plutôt qu'un département, comme nous le faisons aujourd'hui."  

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