Politique

Alain Juppé : "Nicolas Sarkozy est un formidable chef de guerre mais je me battrai pour mes idées"

Par Stéphanie Brossard, France Bleu Gironde lundi 30 mars 2015 à 16:59

Alain Juppé le maire de Bordeaux
Alain Juppé le maire de Bordeaux © maxppp

Le maire de Bordeaux Alain Juppé s'est exprimé au lendemain de la vague bleue aux élections départementales, saluant Nicolas Sarkozy, "l'artisan de la victoire à l'UMP" et dénonçant "le système Madrelle" qui a laissé des traces en Gironde.

France Bleu Gironde : Faut-il un remaniement ?

Alain Juppé  : Si je vous dis oui, quelle importance ? Ce qui compte, c’est ce que pense monsieur Hollande. C’est à lui d’en juger. Il y aura peut-être une tentation de coup de barre à gauche. On verra. Mais ça peut ne pas se produire non plus, si monsieur Valls se cramponne à sa politique. C’est une déconfiture sévère pour le PS mais hier, en l’écoutant, je me suis demandé s’il avait bien entendu le message. On va voir, ce qui compte, c’est ce que nous faisons nous. C’est nous, qui incarnons l’alternance. D’ailleurs, il y avait un peu de langue de bois hier dans le discours des responsables du Front national. Ils n’ont pas tenu leur pari. Le FN n’est pas le premier parti politique de France. Mais nous : l’UMP plus l’UDI plus le Modem.

Quelle est la part de Nicolas Sarkozy dans cette victoire aux départementales 2015 ?

Elle est grande naturellement, puisqu’il est le président de l’UMP, et je voudrais saluer le rôle qu’il a joué, pour rassembler l’ensemble des dirigeants du mouvement. Mais c’est d’abord la victoire de nos candidats qui ont mouillé la chemise ; et la victoire d’une stratégie, qui me tient à cœur, celle de l’alliance de la droite et des centres.

Il a su être un leader ?

C’est l’artisan de la victoire. Et je ne vais pas répéter indéfiniment, quel que soit votre insistance, que Nicolas Sarkozy est un formidable chef de guerre. Mais je me battrai parce que j’ai mes idées. Je vais les développer. Je serai candidat aux primaires naturellement. Nous aurons des choses en commun puisque nous sommes de la même famille politique, mais je développerai mes propres propositions comme j’ai commencé à le faire. Les primaires, c’est dans un peu plus d’un an et on aura le temps d’en reparler. Entre-temps, il y aura les régionales.

Une gestion PS et UMP dans les départements où le FN apparaît en arbitre, comme dans l’Aisne ou le Vaucluse, qu’en pensez-vous ?

C’est aux dirigeants locaux de décider. Mais je vous rappelle qu’ici à Bordeaux, j’ai un contrat de gestion. Ça fait 20 ans que ça dure, et ça n’a jamais choqué personne. Parfois, j’ai été majoritaire, parfois minoritaire, et nous travaillons ensemble, sur des questions très concrètes et très locales. J’ai toujours dit "je ne sais pas ce qu’est un tramway de droite et ce qu’est un tramway de gauche" et on a donc fait un tramway. Donc cette démarche ne me choque pas. Mais je répète, c’est aux dirigeants locaux de décider.

En attendant les primaires pour 2017, vous vous lancez dans la bataille des régionales ?

J’ai l’intention de réunir, comme il y a un mois, les principaux élus de la droite et du centre, c’est-à-dire, les parlementaires, les conseillers régionaux, les maires des principales villes pour qu’ensemble, nous choisissions les chefs de file départementaux et notre chef de file régional. Ce sera sans doute courant avril et ça se fera par discussion, par consensus ou par vote. Nous avons aujourd’hui sept départements sur l’ensemble de cette grande région. On en a gagné cinq sur 12 (les Pyrénées Atlantiques, la Charente, les Deux Sèvres, la Creuse et la Corrèze). Nous verrons. D’ici décembre prochain, il peut se passer beaucoup de choses.

Après la défaite d’Yves d’Amécourt, avez-vous nommé un chef de file pour le département ?

Le système Madrelle a laissé des traces et je veux d’abord rendre un hommage tout particulier à Yves d’Amécourt qui a mené un combat magnifique. Il est victime d’un redécoupage électoral, ou plutôt d’un charcutage, avec la constitution d’un immense canton de 90 communes, taillé sur mesure pour le faire battre. Le découpage a été fait de manière extrêmement habile puisqu’il a consisté à renforcer les cantons que la gauche savait ne pas pouvoir conquérir (Bordeaux Centre et Bordeaux Caudéran), et à retailler les cantons où la gauche pensait pouvoir perdre, de façon à éviter cette défaite.

Mais pour revenir à votre question, vous savez, nous ne sommes pas dans un monde où un chef décide de tout. Ici, ce sont donc nos 20 conseillers départementaux – et pas Alain Juppé – qui ont choisi Jacques Breillat, le maire de Castillon-la-Bataille, pour être le leader de l’opposition.

Alain Juppé "c'est la victoire d'une stratégie et de nos candidats aussi"