Politique DOSSIER : Le combat des salariés de GM&S Industry pour sauver leurs emplois en Creuse

Après la sortie d'Emmanuel Macron sur "ceux qui foutent le bordel", la CGT et l'opposition s'indignent, l'Élysée assume

Par Géraldine Houdayer, France Bleu Creuse, France Bleu Limousin et France Bleu jeudi 5 octobre 2017 à 7:45 Mis à jour le jeudi 5 octobre 2017 à 11:49

Emmanuel Macron à Egletons, en Corrèze, mercredi 4 octobre.
Emmanuel Macron à Egletons, en Corrèze, mercredi 4 octobre. © Maxppp - Agnès GAUDIN

"Il y en a certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux d'aller regarder s'ils peuvent avoir des postes", a déclaré Emmanuel Macron mercredi lors de son déplacement en Corrèze, alors que les salariés de GM&S manifestaient. Une sortie dénoncée par plusieurs syndicats et politiques.

Le Parti socialiste et plusieurs élus de l'opposition ont dénoncent, depuis mercredi, les propos d'Emmanuel Macron, qui avait suggéré dans l'après-midi que "certains, au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d'aller regarder s'ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas". Lors d'un déplacement à Egletons, au cours d'un aparté avec le président de la région Nouvelle Aquitaine, Alain Rousset, qui évoquait les difficultés à recruter d'une entreprise de fonderie d'Ussel, en Corrèze, Emmanuel Macron a estimé que "certains, au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d'aller regarder s'ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas, parce qu'il y en a qui ont les qualifications pour le faire et ce n'est pas loin de chez eux".

Le déplacement avait été perturbé plus tôt par un rassemblement de salariés et ex-employés licenciés de l'équipementier automobile GM et S, qui se sont heurtés aux forces de l'ordre.

La CGT, "atterrée", dénonce une sortie "indécente"

"C'est complètement indécent. Je ne m'attendais pas à une phrase comme cela qui sorte de la bouche d'un président de la République", a réagi sur franceinfo Vincent Labrousse, le délégué CGT de l'entreprise GM et S, dont les salariés manifestaient à proximité du site visité par Emmanuel Macron. "S'il a des choses à nous dire, qu'il vienne nous les dire en face. Je suis atterré de voir une telle réaction." Le délégué CGT souligne que la fonderie à laquelle a fait allusion Emmanuel Macron est à plus de deux heures de La Souterraine. "Si c'est la solution qu'il propose pour les 156 salariés licenciés, il a un problème de géographie. Quand on n'est pas d'accord avec lui, il préfère lancer les petites phrases dans les beaux salons et envoyer les CRS face aux salariés qui ne sont pas d'accord avec lui ."C'est des phrases qui font mal", a conclu le délégué syndical.

Le Parti socialiste, La France insoumise et Les Républicains outrés

"Après 'les gens qui ne sont rien' et 'les fainéants', E. Macron récidive, a tweeté le Parti socialiste, en appelant "le président de la République à rester maître de son langage et à respecter les Français".

Rachid Temal, porte-parole du PS et sénateur du Val-d'Oise, s'est interrogé: "C'est quoi le problème de Macron avec les gens qui ne paient pas l'ISF?". "Macron en Corrèze chez Chirac et Hollande pour insulter les ouvriers. Le vrai bordel, ce sont ses ordonnances", a renchéri son collègue socialiste à la Haute assemblée, Luc Carvounas, tandis qu'Oliver Faure, chef de file des députés socialistes à l'Assemblée nationale, a pointé "le mépris social pour les 'illettrées', les 'fainéants' et les 'riens'".

Chez La France insoumise, le député du Nord Adrien Quatennens a estimé que "Chercher du boulot, Macron ne sait pas ce que c'est. Le 'bordel', c'est lui!".

Christian Jacob, le président du groupe LR à l'Assemblée nationale, a estimé, ce jeudi sur franceinfo, que "C'est de l'arrogance, tout cela est fait à dessein. On a un président qui ne supporte pas la moindre contestation". Le députéa ajouté : "Il devrait arrêter ce genre de provocation d'un enfant gâté. S'il avait été élu local, confronté à une usine qui ferme, à des familles, il n'aurait pas ces propos-là. Il ne connaît pas la France, il méprise les gens."

Le député Front national Sébastien Chenu a, lui, dénoncé sur BFMTV "une conception du travail complètement hors sol" d'Emmanuel Macron, critiquant "à la fois un comique de répétition et un mépris de répétition".

L'Elysée dénonce une phrase sortie de son contexte, puis assume

Face à la polémique naissante, le porte-parole de l'Élysée, Bruno Roger-Petit, a déploré une "citation tronquée sortie de son contexte".

Si le porte-parole de L'Élysée a cherché à minimiser, le porte-parole du gouvernement, lui, assume totalement. "Le président de la République a utilisé dans une conversation privée avec le président de la région Aquitaine un mot qui provoque le débat, mais est-ce qu'il n'y a pas de nombreux Français qui pensent cela?", a réagi Christophe Castaner, ce jeudi sur Radio Classique et Paris Première. "On peut être cultivé et parler comme les Français. On peut aussi avoir l'objectif en politique (...) d'arrêter la langue de bois et d'oser nommer les choses", a développé Christophe Castaner. "Moi j'assume qu'un président de la République puisse nommer les choses et utiliser les mots que nous utilisons tous au quotidien."