Politique

"Alain Rousset, le porte parole des grands groupes" pour Benoît Hamon

Par Florence Pérusin, France Bleu Gironde mercredi 18 janvier 2017 à 10:24

Benoît Hamon dans le studio de France Bleu Gironde
Benoît Hamon dans le studio de France Bleu Gironde © Radio France - Aurélie Bambuck

Le candidat de la primaire à gauche, qui a le vent en poupe en ce moment dans les sondages, a fait salle comble mardi soir au théâtre Fémina de Bordeaux. Il en a profité pour répondre aux critiques du président de la Nouvelle Aquitaine sur son programme. Interview.

France Bleu Gironde : La gifle reçue hier par Manuel Valls est signe que cette campagne est tendue ?

Benoît Hamon : Moi, en tous cas je n'ai pas eu à connaître ce genre d'épisode. On a beau faire de l'humour la dessus, je trouve que symboliquement c'est condamnable et triste. Je perçois quand même qu'il y a dans la société française, et je crois que c'est légitime, beaucoup de colère, de fatigue à l'égard de la classe politique, et en même temps il y a son contraire... Il y a de l'espérance, une capacité à se mobiliser, à être créatif, et ça en revanche je le perçois beaucoup dans mes réunions publiques ou je rencontre beaucoup de jeunes actifs.

Vous caracoler dans le trio de tête dans les sondages, vous êtes même donné par certains au second tour, ce qui était le cas aussi d'Alain Juppé. Vous n'avez pas peur d'avoir son destin, celui du chouchou finalement balayé ?

Moi je suis parti de loin mais ce qui m'intéresse c'est de voir si les thèmes que j'ai mis en débat comme le revenu universel ou la transition écologique ont des échos. Vous savez c'est à partir du Médoc que j'ai commencé à développer il y a quelques mois mes propositions sur les pesticides et les perturbateurs endocriniens. On respire ici des substances qui feront les scandales sanitaires de demain. Dès lors qu'il y a un doute sur la dangerosité d'un produit, le principe de précaution existe dans la Constitution, il faut interdire ces produits et arrêter de croire que ce modèle productiviste a encore un sens.

Que fait-on des milliers de viticulteurs et d'agriculteurs qui tirent leurs rendements de ces produits ?

D'abord, on leur propose des substances de substitution, quand elles existent, et puis on leur garantit que si un produit est interdit dans notre pays, nous ne pourrons pas importer de fruits ou de légumes cultivés avec des conditions semblables hors de nos frontières. C'est bien pour protéger nos populations qu'il faut le faire, dans l'intérêt des agriculteurs et des consommateurs.

Le patron de la Nouvelle Aquitaine Alain Rousset - qui était notre invité en début de semaine - vous accuse de vouloir tuer l'économie avec votre taxe robot. Que lui répondez-vous ?

Je considère qu'il y a aujourd'hui une génération de responsables politiques qui est accrochée à un monde dont la page se tourne. Quand dans une grande surface, vous remplacez 10 hôtesses de caisse par 10 robots, que se passe-t-il ? L'entreprise économise 10 salaires et ne paie plus de cotisations sociales sur ces postes. Je propose donc simplement que les cotisations sociales patronales ne soient plus assises sur le travail mais sur la valeur ajoutée, en clair on ne paie plus de cotisations en fonction du nombre de salariés mais en fonction de la richesse que l'on produit, ce serait plus juste car là ou un robot remplace une personne ce robot est mis à contribution entre guillemets pour financer la protection sociale des êtres humains. Il y a selon moi quelque chose de paresseux à faire du chantage aux délocalisations des grands magasins. Donc j'invite les responsables politiques à se faire moins les porte paroles des grands groupes et plus ceux de l’intérêt général, et je le dis à Monsieur Alain Rousset.

Votre revenu universel d'existence ne va-t-il pas favoriser la paresse ?

Toutes les études nous montrent aujourd'hui une raréfaction du travail, ce qui nous impose de repenser notre manière de travailler. Comment dispose-t-on des moyens de vivre et de s'épanouir dans son travail ? C'est un complément qui permettra à ceux qui ont des emplois difficiles et qui le souhaitent de diminuer leur temps de travail sans perte de revenu pour s'occuper de leurs enfants, d'un parent dépendant. C'est assez frappant de voir comment aujourd'hui, à droite comme à gauche, les vieilles querelles et les vieilles recettes sont toujours à la mode.

Si vous êtes désigné candidat du PS, vous rapprocherez-vous avec Jean-Luc Mélenchon ?

C'est lui qui ferme la porte pour l'instant mais moi je reste convaincu que sans unité il n'y aura pas de gauche au second tour. Donc il faut parler, mais cela ne veut pas dire qui se retire ou pas, cela veut dire quelles sont les idées qui peuvent sortir de base à un programme commun, et il y a en a notamment sur la planification écologique, le rapport au travail, la lutte contre l'évasion fiscale, la VIe République, il y a matière à se retrouver. Ce qui fait obstacle aujourd'hui, ce ne sont pas les idées, ce sont les ambitions, les égos, c'est toujours le plus difficile à lever mais moi je serais architecte de ce rassemblement car je ne me résigne pas à voir Mr Fillon et Mme Le Pen au second tour.