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Bilan de la COP26 : "Insuffisant", estime Éric Piolle, "il nous faut des actions immédiates"

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Faut-il voir le verre à moitié vide ou à moitié plein, après l'accord sur le climat à la COP26 ? La ministre de la transition écologique Barbara Pompili estime que l'accord met la planète "sur le bon chemin". À l'inverse, le maire de Grenoble, Éric Piolle, voit "clairement le verre à moitié vide".

La COP26, la réunion internationale sur le climat, s'est achevée ce week-end à Glasgow, avec un accord trouvé au forceps. Mais un accord très insuffisant pour beaucoup d'associations et d'ONG. "Nous avons besoin d'actions immédiates", a rappelé ce matin sur France Bleu Isère le maire de Grenoble, Eric Piolle.

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France Bleu Isère : La COP 26 s'est achevée samedi avec un accord, au forceps et très décevant, selon les associations environnementales. Vous qui étiez à Glasgow, est ce que vous préférez voir le verre à moitié plein ou à moitié vide ?

Éric Piolle : Clairement à moitié vide. Il y a une bonne chose, c'est que ces conférences internationales remettent le sujet sur la table, que petit à petit, du consensus se fait sur les objectifs. Ça avait été le cas à Paris avec l'objectif de limiter le réchauffement à 1,5 degré. Là, pour la première fois dans un tel accord, les énergies fossiles sont citées, qui représentent 80% des émissions de gaz à effet de serre.

Mais sinon, il n'y a pas d'engagement immédiat. Or, il faut démarrer maintenant et il n'y a pas d'accord non plus pour le financement des pays du Sud, qui sont déjà les premières victimes du réchauffement climatique. Même si, ici aussi chez nous, ce sont les plus fragiles qui en subissent les conséquences. Et puis, vous l'avez vu, il y a ces lobbies qui sont omniprésents : la délégation des lobbies du pétrole était la plus importante, plus grosse que toutes les délégations des états. Donc, on voit que les positions se raidissent.

Vous étiez sur place la semaine dernière, à Glasgow. Vous étiez appelé à intervenir au titre de "Grenoble, capitale verte européenne". Quel message vous avez voulu faire passer ?

D'abord, avec de nombreux maires dans le monde - nous sommes plus de 1.000 maires engagés pour la neutralité carbone, avec notamment le maire de Los Angeles avec qui j'intervenais. Il y a la volonté de dire que c'est sur les territoires que se font les grandes actions, à savoir l'alimentation, les déplacements, le logement, etc... Comment réduire les émissions et développer la production d'énergies renouvelables ? Ça veut dire qu'il faut des moyens pour ces territoires. Et puis le deuxième message, c'est que toutes les villes, nous accueillons les migrations qui sont de plus en plus des migrations climatiques et que, pour cela, l'accompagnement des pays du Sud est plus que nécessaire.

Au fond, vu le résultat à la COP26, faut-il continuer à aller dans ces grands rassemblements sur le climat ?

Bien sûr, parce que c'est là que se fait le dialogue. Alors, il y a le dialogue qui est dans la bulle des négociateurs. Il y a aussi les rencontres que j'ai faites avec tous ces jeunes activistes du climat. C'est un point de rencontre, un énorme "salon professionnel du climat". Donc ça reste pertinent. Ce dont nous avons besoin - et on le verra à la COP 27 en Égypte l'année prochaine - c'est d'actions qui démarrent immédiatement. C'est là qu'il y a une incompréhension majeure entre le discours des scientifiques, qui est extrêmement clair, et les actions des Etats pour l'instant.

On vous voit à Glasgow, on vous voit à Paris avec Yannick Jadot... Est ce que Grenoble est encore une priorité pour vous ?

Bien sûr, la ville, c'est là que ça se passe. La transformation, la lutte pour le climat, le croisement des luttes sociales et environnementales, ce projet d'émancipation aussi pour que chacun puisse construire sa vie. C'est là que ça se passe, à la fois dans notre vie quotidienne et dans la préparation de l'avenir. Donc, ça a tout son sens. Et "Grenoble, capitale verte européenne", ça permet de fédérer tous les acteurs, qu'ils soient académiques et économiques, de la société civile ou les institutions derrière un même objectif et de petit à petit, monter notre ambition vers cet objectif. Nous savons que même ici, on est loin du compte en matière de lutte pour le climat et de lutte contre les conséquences néfastes sociales.

Retour à Grenoble, justement. J'aimerais vous entendre sur le projet "Place aux enfants", la piétonnisation de 13 rues d'écoles. Le tribunal administratif de Grenoble, il y a trois semaines, a suspendu l'arrêté, le jugeant disproportionné. Où en est le projet ?

Actuellement, on a repris des arrêtés. C'est fondamental, à la fois, évidemment, pour les enfants, pour leur joie de vivre, leur capacité à occuper l'espace public, pour leur sécurité aussi. C'est fondamental parce que petit à petit, nous devons dé-bitumiser la ville, nous réapproprier la ville pour s'adapter au réchauffement climatique.

On voit d'ailleurs que les questions du climat et de lutte contre la pollution se déplacent de plus en plus sur le terrain judiciaire. Nous avons eu une belle victoire face au gouvernement, avec Grande-Synthe et Paris, dans le cadre de "L'affaire du siècle". C'est également le cas aux Pays-Bas, en Allemagne, etc... Il faut trouver les moyens de sécurité juridique pour faire avancer ce projet qui a du sens pour lui à l'échelle d'un quartier. L'école est vraiment une bonne échelle pour la vie collective. Et donc le devant de l'école est aussi une bonne échelle pour le débat public et l'usage de l'espace public.

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