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Brigitte Barèges sur France Bleu Occitanie : "Je suis victime d'un assassinat politique"

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Par , France Bleu Occitanie

Brigitte Barèges a choisi France Bleu Occitanie ce matin pour s’exprimer après sa condamnation. Elle nous reçoit dans sa maison de Montauban. "Je n'ai pas encore réalisé ce qui m'arrive" dit l'ex maire de Montauban qui se dit victime d'un "assassinat politique."

Brigitte Barèges chez elle au lendemain de sa condamnation en direct sur France Bleu Occitanie
Brigitte Barèges chez elle au lendemain de sa condamnation en direct sur France Bleu Occitanie © Radio France - Sandrine Morin

"Les nuits sont courtes" avoue Brigitte Barèges qui nous reçoit ce matin dans sa maison. Au lendemain de sa condamnation à cinq ans d'inéligibilité pour détournement de fonds publics qui la prive de son mandat de maire, Brigitte Barèges confie son désarroi. "Je n'ai toujours pas réalisé que dans quelques jours, je ne serai plus rien."

Brigitte Bareges se confie dans sa maison au lendemain de sa condamnation

France Bleu Occitanie : Comment vous sentez vous ce matin ? Comment arrive-t-on à dormir après un tel choc, cette condamnation que vous venez de subir ?

Brigitte Barèges : les nuits sont courtes je ne vous le cache pas, elles l'étaient déjà avant le verdict. Je vais vous faire un aveu, je crois que je n'ai pas encore réalisé. Hier soir, je me suis dit "dans quelques heures, dans quelques jours , je ne suis plus rien."

Dans quelques jours, je n’aurais plus aucune activité, alors qu’en tant que maire, j’avais un calendrier , un agenda extrêmement rempli. Je travaille pratiquement sept jours sur sept. C’est terrible, c’est terrible. Du jour au lendemain, vous êtes démis de toutes vos fonctions. C’est très violent. C’est quelque chose qu’on ne peut pas imaginer.

Vous dites, "Je ne suis plus rien", est-ce qu’il y a eu cette tentation de partir, de claquer la porte ?

Je pense que ça va m’arriver. Pour l’instant, je suis tellement sous le choc que je ne me rends pas compte. Je planifie les choses comme avant. C’est hier soir que j’ai pris pleinement conscience de la situation, de ce hold-up démocratique, de cet assassinat politique puisqu’il y avait d’autres échéances électorales auquel je comptais me présenter.

Je pense que ça va m’arriver parce que le grand vide que je vais avoir désormais, même si je vais continuer à accompagner mes élus, là, j’aurai peut-être la tentation de prendre définitivement ma retraite, de tourner la page. Pour l’instant, je suis sous le choc, je ne me projette pas dans l’avenir.

Il y a deux mots que vous venez de prononcer "grand vide", "assassinat politique", est-ce que vous ne vous sentez pas un peu seule Brigitte Baréges ? Il y a autour de vous, dans cette maison, vos proches, votre garde rapprochée, mais nationalement, est-ce que vous ne vous attendiez pas à davantage de soutiens, je pense à des noms comme Nicolas Sarkozy que vous avez beaucoup soutenu ?

Je pense que Nicolas est un peu comme moi, dans l’attente. Michelle Alliot-Marie, Laurent Wauquier, Christian Jacob qui m’a appelée hier, Georges Feneck, des grands noms quand même qui m’ont appelée pour me soutenir. Des députés avec qui j’étais à l’époque à l’Assemblée nationale. C’est tellement brutal et soudain. Vous savez nous sommes en province, les Parisiens ont toujours un petit temps de retard, mais je ne doute pas que ma famille politique va me soutenir.

Vous parlez d’assassinat politique, vous maintenez, pour vous, il y a une volonté politique de vous nuire, de vous arrêter ?

Je crois, oui. Dès le départ de cette affaire aux élections municipales de 2014, à l’époque c’était François Hollande, Mme Taubira était ministre de la Justice. Pendant la garde à vue, nous étions quatre, l’un des prévenus, on lui a parlé de Christiane Taubira. On lui a dit "lâche-la, c’est pas toi qu’elle cherche", sous-entendu que c’était moi qu’elle voulait abattre. Donc cet assassinat, il a été programmé.

Ensuite, il y a eu un trou noir, une instruction qui a été quasiment inexistante. La preuve, c’est que le juge d’instruction qui a réglé mon dossier, celui qui décide s’il classe ou s’il renvoie, je ne l’ai jamais vu. Alors quand j’entends le procureur de la République dans ses réquisitions, expliquer qu’il faut ordonner l’exécution provisoire parce que la justice est trop lente, et que la peine doit être exécutée tout de suite, même si j’ai fait appel.

La sanction est donc immédiate, ce qui veut dire que dans quelques heures, dans quelques jours, je ne suis plus maire de Montauban, je ne suis plus présidente de l’agglomération du Grand Montauban. Les 80.000 habitants que je gère, je ne suis plus que conseillère départementale.

Vous parlez d’un trou noir, et peut-être après d’une reprise d’un dossier ?

C’est terriblement frustrant, je viens d’être réélue pour la quatrième fois, je suis élue depuis six mois à peine. J’ai un programme sur lequel je me suis engagée vis-à-vis des Montalbanais. Et là, on me dit, vous êtes inéligible pour les cinq ans à venir. On me prive de ce mandat démocratique, les Montalbanais m’ont clairement redonné ce contrat de confiance à 55%.

Vous invitez les Montalbanais à descendre dans la rue samedi. Est-ce que ce n’est pas déraisonnable ? On a critiqué ce qui s’est passé à Washington avec Trump ?

On m’a comparé à Trump, je ne sais pas si c’est un honneur ou pas. Mais non, c’est un simple rassemblement de soutien. C’est à l’initiative de maires de l’agglomération. Ces maires m’ont dit "Brigitte, on voudrait aller voir la préfète, ce n’est pas possible, on ne peut pas se passer de toi". C’est tellement gentil, mais ce n’est pas judicieux, ils voulaient le faire avant même le jugement, il faut respecter le cours de la justice, je suis avocate, j’ai exercé 30 ans au barreau du Tarn-et-Garonne.

Mais par contre, un rassemblement de soutien des Montalbanais, et même au-delà, il y aura des élus politiques de haut niveau qui vont venir. C’est un rassemblement de soutien, ce n’est pas une insurrection, pas du tout. J’espère que la cours d’appel de Toulouse me rendra mes droits, ma probité.

C’est quoi pour vous demain, est-ce que vous vous revoyez maire de Montauban, après l’appel ?

Je me battrai pour ça. Si la cours d’appel annule le jugement en ce qui concerne la sanction principale qui est l’inéligibilité, je serai immédiatement remise dans mes fonctions. C’est tout l’enjeu de mon appel. Jusque-là, je m’accrochais, mais en attendant la décision de la cours d’appel, je suis dans une phase transitoire, et j’ai donc organisé hier l’intérim.

L’intérim, ce sont trois personnes que vous avez mises en place ?

Le maire de Montauban est naturellement mon premier adjoint, j’ai suivi la légitimité démocratique. Mon premier vice-président de l’agglomération sera le président de l’agglomération, et ma première vice-présidente est une femme, elle préside le syndicat des ordures ménagères, elle sera donc ma présidente. Mais il y aura un vote dans chacune de ces collectivités.

On va vous dire, vous avez mis des hommes de paille. C’est vous qui dirigez, qui êtes la marionnettiste de tout ça ?

Je ne sais pas si c’est le mot. Ce sont des personnes de confiance. Ce sont des personnes compétentes, ce n’est pas pour rien qu’elles sont en haut de l’affiche dans les listes de la ville et de l’agglomération. Ce sont des gens qui ont de l’expérience, mais il est vrai qu’on va travailler ensemble. Je vais essayer d’accompagner.

Vous savez, c’est difficile. Quand on a un mandat de six ans, je me suis engagée sur des énormes chantiers. Je viens de valider pour plus de 100 millions d’euros de chantier, des usines de traitement des eaux, des usines d’incinération. J’ai à cœur que ça se déroule bien, que ces chantiers aillent à leur terme.

Vous n’avez pas peur qu’on vous dise que vous vous accrocher à ce pouvoir, malgré la décision de justice ?

Pour l’instant, la décision est provisoire, et tant que la cour d’appel ne l’aura pas confirmée, je suis dans une période transitoire. Une période d’intérim pour ces élus qui me succèdent auxquels je vais apporter tout mon savoir-faire, bénévolement bien sûr, je connais tous ces dossiers par cœur, c’est mon quatrième mandat, je considère que c’est mon devoir.

Du jour au lendemain, être propulsé sur une ville de 62.000 habitants, une agglomération de 90.000 habitants, vous n’imaginez pas ce que c’est comme travail. C’est mon rôle de ne pas lâcher les rênes comme ça. Mais je ne dirige pas, je ne suis pas à la manœuvre. J’accompagnerai, de la même manière, pour les départementales.

Et si l’appel est confirmé, est-ce que vous osez l’imaginer ?

Je l’entrevois, mais je ne l’imagine pas. Je suis quelqu’un de résolument optimiste. Malheureusement, c'est peut-être un défaut. Je me confesse une qualité, je me battrai jusqu’au bout, je ne lâcherai rien. Si la cour d’appel me remet dans mes fonctions, bien sûr, je serai la plus heureuse des femmes.

Si par contre, la cour confirme cette décision, ce sera la fin pour moi, définitive. Quand vous dites, j’ai du mal à l’imaginer. Aujourd’hui même, j’ai du mal à m’en rendre compte de ce qui m’arrive. Je ne réalise pas vraiment, je ne me projette pas encore dans ce grand vide, dans ce grand saut dans le vide. Je m’accroche encore à ce qui fait toute ma vie.

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