Politique

Centre de déradicalisation à Beaumont-en-Véron ? "oui" sous certaines conditions

Par Marie-Ange Lescure, France Bleu Touraine vendredi 11 mars 2016 à 15:28

Le personnel de Pontourny mobilisé contre la fermeture du centre (juin 2015)
Le personnel de Pontourny mobilisé contre la fermeture du centre (juin 2015) © Radio France - François Desplans

Réunion extraordinaire ce vendredi matin à la Préfecture d'Indre-et-Loire. Tous les élus du département ont retrouvé le Préfet Pierre N'Gahane pour parler de l'installation du premier centre de déradicalisation, voulu par Manuel Valls, à Beaumont-en-Véron près de Chinon.

Un seul sujet à l'ordre du jour : le centre de déradicalisation annoncé dans une interview accordée jeudi matin à France Inter par Pierre N'Gahane dans laquelle il évoque l'ouverture prochaine  d'une nouvelle structure pour "jeunes radicalisés", comme l'avait annoncé en novembre le Premier Ministre Manuel Valls exprimant par ailleurs le souhait de créer une dizaine de centres de ce type.

Tout est une question de vocabulaire

Depuis jeudi matin 10 mars, après la diffusion de l'interview, il était donc question de l'ouverture du premier centre de déradicalisation. Et c'est là que commence la polémique car le mot apparait comme trop lourd de sens pour les porteurs du projet. Ce vendredi matin, lors de la conférence de presse que Pierre N'Gahane chargé de ce projet par le Gouvernement, le Préfet d'Indre-et-Loire et les élus ont proposé une autre dénomination et donc une autre explication pour ce centre de Beaumont-en-Véron.

Il s'agirait donc d'ouvrir "un centre de prévention et d'insertion citoyenne "pour des jeunes volontaires en voie de radicalisation. Pour le Préfet d'Indre-et-Loire, "il s'agit d'un enjeu de sécurité nationale.Ces jeunes accueillis dans ce centre sont des victimes des rabatteurs. Il faut leur rendre leur libre-arbitre et les extraire de leur environnement". Au tour ensuite du porteur du projet, Pierre N'Gahane de préciser les publics ciblés "des personnes identifiées très en amont, repérées par les Préfectures comme en voie de radicalisation". Quant à ceux qui ne seront pas accueillis, ce sont ceux qui sont au main de la justice ou encore ceux qui se sont rendus dans des zones de guerre.

40 emplois à sauver à Pontourny

On change les mots, on précise les publics, mais le but essentiel de cette réunion est la concertation et l'implication des élus locaux. Depuis plusieurs mois, le maire de Beaumont-en-Véron, Bernard Château, le président de la communauté de communes du Chinonais et maire de Chinon  Jean Luc Dupont, la sénatrice socialiste Stéphanie Riocreux et le député de la circonscription Laurent Baumel tentent de sauver les 40 emplois du centre de Pontourny, appartenant à la Ville de Paris (accueillant des mineurs étrangers isolés) qui a décidé de le fermer fin juin 2016. Les élus entreprennent alors des démarches dans différents ministères, à la Justice, à l'Intérieur notamment pour vanter les compétences de ces personnels et trouver une autre destination à ce centre

Les élus et les préfets vendredi matin à la Préfecture d'Indre et Loire  - Radio France
Les élus et les préfets vendredi matin à la Préfecture d'Indre et Loire © Radio France - Marie-Ange Lescure

"Au départ, on pensait accueillir des réfugiés" dit le député Laurent Baumel porteur de cette reconversion du centre. Mais finalement ce centre intéresse le ministère de l'Intérieur à la recherche de lieux pour les jeunes radicalisés. Selon les élus, cela fait plus de deux mois que les discussions sont engagées en toute discrétion pour éviter toute polémique avant que "le dossier ne soit ficelé".

La révélation jeudi de ce projet a eu l'effet redouté par les élus locaux : les personnels du centre s'inquiètent car ils n'ont pas forcément les compétences pour accueillir ce public, les populations environnantes qui ont en tête les images encore trop récentes des attentats qui ont endeuillés la France, et les élus qui,confrontés à la polémique naissante, tentent d'étouffer l'incendie et de sauver les 40 emplois de Pontourny.

"Si c'est pour faire un centre de déradicalisation je suis contre" - le maire de Beaumont-en-Véron

"Si c'est pour faire un centre de déradicalisation, je suis contre" dit le maire de Beaumont-en-Véron, s"il s'agit d'un centre de prévention qui reprend les personnels actuels, je suis pour". Et la difficulté est bien là. D'un côté des élus locaux qui veulent à tout prix sauver 40 emplois dans un bassin économique difficile et de l'autre des populations qui n'ont pas envie de cohabiter avec des jeunes qui ont découvert l'obéissance à Daesh (Etat islamique) et à un islam radical.

Pour les rassurer, le Préfet Pierre N'Gahane et le Préfet d'Indre-et-Loire vont se rendre dans toutes les réunions publiques que les maires vont organiser pour expliquer le projet. L'ouverture du centre était annoncé pour avril ou juin (date de la fin des contrats des personnels du centre de Pontourny avec la Mairie de Paris), maintenant il n'est plus question que de concertation, d'accord total des élus et des populations.