Politique

Ces Américaines qui vivent (mal) l’investiture de Donald Trump depuis la Sarthe

Par Lola Fourmy, France Bleu Maine et France Bleu vendredi 20 janvier 2017 à 6:00 Mis à jour le vendredi 20 janvier 2017 à 8:37

Linda à droite, et sa fille Béatrice à gauche, devant leur maison à Coulaines.
Linda à droite, et sa fille Béatrice à gauche, devant leur maison à Coulaines. © Radio France - Lola Fourmy

Ce vendredi 20 janvier, Donald Trump sera officiellement investi au poste de 45e président des Etats-Unis. Le milliardaire élu en novembre va prêter serment à Washington, mais à des milliers de kilomètres de là, des Américaines expatriées en Sarthe vont suivre ça avec intérêt et une certaine colère.

Linda Rattner Celle vient tout juste de rentrer de New York, sa ville d’origine. Là-bas, la quarantenaire, ancienne productrice dans le cinéma, a retrouvé certaines de ses amies, et elle a hésité à décaler son retour pour pouvoir manifester avec elles : "C’est incroyable, depuis qu’il a été élu, le nombre de personnes qui n’étaient pas militantes et qui le sont devenues. Elles expriment un besoin physique de manifester, à Washington comme dans leurs villes". Justement, plus de 800.000 Américains ont prévu de venir assister tout le week-end aux différentes cérémonies liées à la prise de fonction du Président, mais en parallèle, des centaines de milliers de personnes ont aussi annoncé leur intention de manifester pour dire leur colère à l’encontre du président élu. Linda raconte qu’un message a été lancé aux opposants, il demande à tous les anti-Trump d’allumer toutes les télévisions et de les mettre sur une autre chaîne pour faire baisser l’audimat de la prestation.

Linda est installée depuis plus de dix ans maintenant à Coulaines, dans la banlieue mancelle. C’est là qu’elle a fondé sa famille et qu’elle travaille. Linda, détentrice de la double-nationalité, a voté en novembre, mais pas pour Donald Trump, elle rit quand on lui demande ce qu’elle lui reproche.

Le problème, c’est qu’aujourd’hui, le Président qui doit être le plus sérieux au monde passe ses nuits à envoyer des tweets honteux, c’est un cauchemar mais c’est réel - Linda

Rencontre avec Linda, américaine installée à Coulaines dans la Sarthe.

Linda reproche aussi à Donald Trump son absence d’expérience en politique et son comportement envers les femmes "presque criminel", selon la New-yorkaise.

Une procession de village en guise de Women’s march pour Shelly

Le comportement du président élu à l’égard des femmes, c’est aussi ce qui révolte Shelly Devito Porter. L’artiste new-yorkaise vit en France depuis une dizaine d’années, et elle a choisi le calme de Poncé-sur-le-Loir pour fonder et co-diriger avec son mari un centre d’art contemporain : Les Moulins de Paillard. Très impliquée dans la vie du village, Shelly prône l’importance de l’éducation et de la culture pour les jeunes. Les propos de Betsy Devos, milliardaire proposée par Donald Trump pour gérer le portefeuille de l’éducation aux Etats-Unis – elle estime que la question des armes à feu dans les écoles doit être examinée au cas par cas, car certains enfants doivent pouvoir se défendre face à des ours – inquiètent au plus haut point celle qui explique être le produit d’une école publique et ouverte à tous.

Je suis remontée contre cette idée de créer un univers où seuls les riches peuvent être éduqués, ce n’est pas une idée américaine. Shelly

Rencontre avec Shelly, New-yorkaise expatriée en Sarthe

Quant à l’attitude de Donald Trump avec les femmes, Shelly la juge "intolérable, inacceptable". En novembre, elle voté Hillary Clinton "mais j’aurais aimé pouvoir voté pour Bernie Sanders" précise t-elle. Demain, dans son village de Poncé-sur-le-Loir, Shelly va participer à la procession de la Saint-Vincent, "Pour moi cette procession va être notre Women’s march, on va faire partie de loin de ce qui se passe aux Etats-Unis. C'est inacceptable qu'un président soit si vulgaire, si cochon". En effet, quelque 200.000 manifestants sont attendus à Washington pour la Women’s march. Une manifestation qui s’est d’ailleurs étendue au monde entier avec des marches prévues samedi 21 janvier à Paris ou encore à Toulouse. Le même jour, Shelly Devito Porter sera aussi nommée Reine du village, "la première fois qu’une femme et étrangère va être sacrée" se réjouit l’artiste.

Un "signal d’alarme" pour les Français

Si Shelly ne votera pas aux élections présidentielles françaises car elle n’a pas la nationalité, Linda elle compte bien se mobiliser. La quarantenaire aux mèches de cheveux bleutées avoue regretter de ne pas s’être engagée pendant la campagne électorale américaine mais au lendemain de l’élection de Donald Trump, une réaction française l’a particulièrement choquée : "Marine Le Pen a été la première à féliciter Donald Trump pour sa victoire" et de rajouter "On sait qui était dans la Trump Tower la semaine dernière, ce n’était pas moi" plaisante Linda.

En effet, la candidate à l’élection présidentielle a été vue au café de la Trump Tower lors de son passage à New-York. La frontiste n’a en revanche pas rencontré le président américain, mais peu importe pour Linda "j’ai entendu le même genre de discours dans sa bouche, et ça, ça m’a réveillé". Et ce que Linda qualifie de "signal d’alarme" l'a poussé à s’inscrire sur les listes électorales françaises et elle est plus que jamais décidée à voter en mai prochain, pour la toute première fois, à l’élection française.