Politique

Ces maires qui raccrochent dans les Pyrénées-Orientales

Par Elisabeth Badinier, France Bleu Roussillon mardi 11 mars 2014 à 12:11

Quand les maires raccrochent leur écharpe...
Quand les maires raccrochent leur écharpe... © MaxPPP

Dans les Pyrénées-Orientales, une cinquantaine de maires ont décidé de ne pas se représenter. Pourquoi ? France Bleu Roussillon tente de comprendre avec les maires de Prats de Mollo, Alenya et Saint-Paul-de-Fenouillet.

Rempiler ? Très peu pour eux. Alors que de nombreux maires sont en campagne électorale pour tenter de se faire réélire, pour un troisième, quatrième parfois pour un cinquième mandat, d'autres ont décidé de raccrocher l'écharpe. Pas question de rempiler pour eux.

Il sont une bonne cinquantaine à ne pas se représenter dans les Pyrénées-Orientales (sur 226 communes) Les raisons sont multiples : âge, lassitude, pression trop importante... Quelques exemples : Louis Carles à Toreilles , Christian Blanc aux Angles, Claire Sarda Vergès à Compome, Raymond Trilles à Matemale (maire depuis 1975) Paul Chram à Calce (maire depuis 1995), Jacqueline Armengou à la Cabanasse.

France Bleu Roussillon a rencontré trois maires qui ont pris la décision de ne pas se représenter.

"Mon plus grand regret c'est d'avoir perdu des amis"

Bernard Foulquier,maire de Saint-Paul-de-Fenouillet depuis 1995, jette l'éponge après trois mandats

"On ne réalise pas toujours ce qu'on voudrait faire, par manque de temps, par manque de moyen, par manque d'ambition, la prétention que j'aurai c'est de l'avoir fait avec coeur et  humilité. Nul n'est parfait, chacun a ses faiblesses, on commet des erreures. Mon plus grand  regret c'est davoir perdu des amis, de par la fonction car on doi tprendre des décisions dans l'intérêt général qui ne vont pas toujours dans l'intérêt des amis. Notamment en matière d'urbanisme"

"Aujourd'hui j'arrête parce que le temps est venu, l'âge arrive, on devient un peu égoiste, j'ai envie de penser à moi et aux miens. le mandat de maire pèse beaucoup sur la vie de famille et la vie professionnelle. J'étais à temps partiel pour pouvoir me consacrer à la commune. Il faut avoir la foi pour être maire, avoir le punch et quand il n'y a plus tout ça, il faut être honnête il faut savoir s'arrêter."

Bernard Foulquier, maire de Saint-Paul de Fenouillet


"Il faut savoir partir avant que les électeurs ne vous mettent à la porte"

Jacques Pumareda, maire d'Alénya depuis 2001 n'a aucun regret : être maire c'est passionnant, mais fatiguant

"Je suis partisan du mandat unique renouvelable une fois . Deux mandats ça me parait bien, j'ai réalisé la plupart des objectifs que je m'étais fixés. Je n'ai aucune addiction au pouvoir . J'ai pris beaucoup de plaisir pendant ces 13 ans de maire, j'aurai pu faire un mandat de plus mais quand les conditions sont réunies d'une transition préparée, réfléchie, préparée, il faut le faire. Il faut savoir partir avant que les électeurs vous mettent à la porte."

"J'ai pas à me plaindre, j'ai été le maire d'une population que j'ai rassemblée quelque soit les opinions politiques. Tout le monde a pu parler avec moi , j'ai pu parler avec tout le monde. Après c'est vrai on fait ses choix. Le contact avec la population restera mon meilleur souvenir.Quand je vais chercher le pain, il me faut au moins demi heure parce que je suis interpellé par les uns et les autres. On est maire 24h sur 24. Les gens peuvent contacter le maire directement et facilement et ils ne s'en privent pas et ils ont bien raison."

"Le maire devient le confident, je porte quelques secrets de famille"

Bernard Remédi, maire de Prats de Mollo depuis 1995 et conseiller municipal depuis 1989 estime qu'il est temps de laisser la place aux jeunes

"Je pense sincèrement que 25 ans c'est un temps importan tpour bâtir des projets mais si on ne l'a pas fait pendant ce temps là... c'est plus d'une génération, il faut laisser la place à une génération nouvelle . Moi je pense qu'il faut limiter à trois mandats tout ce qu'on fait. y a un moment il faut qu'il y ait un autre regard, un regard neuf."

"Je ne dirai pas qu'il y a de la lassitude car y a toujours la passion , mais au bout de trois mandats il est temps de passer la main. Je ne suis pas fatigué ni usé, mais j'ai toujours voulu ne pas dépendre de la politique et j'ai conservé une activité professionnelle, je suis hôtelier et intervenant à l'université . Ce qu'on fait à 40 ou 50 ans, c'est à dire 14 à 16 h par jour, quand on en a 60 c'est plus difficile à réaliser. Alors on fait des choix. Pour arrêter un mandat, il suffit de ne plus être candidat pour transmettre une entreprise c'est beaucoup plus compliqué. "

"Des souvenirs extraordinaires, y en a beaucoup comme la méridienne le 14 juillet 2000 avec l'incroyable pique nique et plus de 10 000 personnes à Prats de Mollo et puis les 2 titres de champion de France de rugby pour un village de 1 000 habitants c'est important . Mais y a de merveilleux souvenirs aussi parce que parfois on a aidé une personne à trouver du travail, à résoudre un problème et les remerciements et le sourire de  ces personnes sont une énorme satisfaction."

  "Il y aussi de douloureux souvenirs, quand on annonce la mort d'un enfant à des parents. C'est terrible. Et puis il y a aussi la tempête Klaus de 2 009 qui restera un souvenir terrible. Une catastrophe qu'on a mis un an à effacer."

"Je n'ai pas de conseils à donner à mon successeur. Sinon la tolérance. Ne pas écouter qu'un seul son de cloche, prendre du recul avant de prendre une décision. Maire ce n'est pas un métier mais plus un sacerdoce . Quelque fois dans certaines commune où le curé a disparu, le maire devient le confident, je porte quelques secrets de famille qui montre la confiance dont m'ont témoigné les gens, ça me marquera pour le restant de ma vie. "

Invité Bernard Remédi