Politique

Affaire Penelope Fillon : ces parlementaires de Normandie qui travaillent en famille

Par Clémentine Vergnaud, France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure) mardi 31 janvier 2017 à 18:00

Affaire Penelope Fillon : ces parlementaires qui travaillent en famille.
Affaire Penelope Fillon : ces parlementaires qui travaillent en famille. © AFP - Joël Saget

Depuis une semaine, les projecteurs sont braqués sur les assistants parlementaires avec l'affaire Pénélope Fillon. En Seine-Maritime et dans l'Eure, les députés et sénateurs sont nombreux à employer leurs proches comme attachés. Malgré les réticences, certains s'expriment sur ce dossier sensible.

C'est depuis le mercredi 25 janvier et les révélations du Canard Enchaîné ce que tout le monde appelle "l'affaire Pénélope Fillon" ou "Pénélope gate" : la femme de François Fillon, candidat de la droite à la présidentielle, est soupçonnée d'avoir occupé un emploi fictif. Pendant huit ans, elle a perçu un salaire pour un travail d'attachée auprès de François Fillon, député de la Sarthe, et de son suppléant. Une pratique tout à fait légale. Sauf que la justice se demande si Pénélope Fillon a réalisé un travail justifiant ce salaire.

En Seine-Maritime et dans l'Eure, de nombreux parlementaires emploient certains de leurs proches dans le cadre de leurs mandat à l'Assemblée nationale et au Sénat. Face à la polémique, ils oscillent entre silence et défense de leur bon droit.

S'entourer de personnes de confiance

Il y a ceux qui assument. Comme Nicole Duranton, sénatrice Les Républicains dans l'Eure. Depuis huit mois, elle emploie la fille de son mari comme attachée parlementaire à ses côtés. Son travail ? Gérer le secrétariat et le courrier notamment, à temps partiel (80%) à Paris. Une fonction entièrement méritée selon la sénatrice. "Je l'ai sélectionnée pour ses compétences et ses diplômes. Elle correspondait tout à fait au profil que je recherchais !"

Au-delà des compétences, c'est aussi la relation de confiance qui a amené Nicole Duranton a choisir sa belle-fille. "Quand vous êtes parlementaire, vous partagez plus qu'une relation de travail avec vos attachés. Vous vous impliquez dans des dossiers parfois sensibles, vous travaillez tard et toute la semaine... C'est important de pouvoir collaborer avec quelqu'un qui vous connaît et en qui vous avez confiance."

Plus que la relation de confiance, l'enjeu est aussi de réussir à conserver une vie familiale quasiment normale selon Hervé Maurey, sénateur UDI de l'Eure. "Je travaille avec ma femme depuis 2004. En 2008, quand j'ai été élu sénateur, je l'ai logiquement recrutée comme assistante parlementaire. Ça me permet de passer plus de temps avec elle compte-tenu de mon emploi du temps chargé", se justifie-t-il.

Un argument confirmé par sa femme, Laurence Fané. "Si je n'étais pas son employée, je ne le verrai quasiment jamais ! Grâce à cette fonction, je peux me dégager du temps avec lui. Parce que vous savez, un parlementaire ça n'arrête pas..." Travailler aux côtés de son époux lui aurait aussi permis de mieux comprendre son engagement : "C'est en voyant ce qu'il fait, quelle implication il met dans chaque dossier que je peux comprendre le sacrifice qu'il fait sur le plan familial."

Je ne rentrerai pas dans ce genre de débat

Pour d'autres parlementaires, la question est plus dérangeante. Françoise Guégot, par exemple, est députée Les Républicains de Seine-Maritime. Sur le principe, elle assume. Dans le détail, c'est plus compliqué. Ainsi, lorsqu'on lui demande quel était le travail exact de sa fille et le salaire perçu pendant leur deux ans et demi de collaboration, elle s'offusque : "Oh écoutez je pense que si vous voulez aller fouiller jusque-là, y compris pour ma propre fille, vous devez pouvoir le trouver mais je pense que ça n'intéresse personne de savoir ça. Je vous dis que c'était un travail d'étudiante, je ne rentrerai pas dans ce genre de débat. Je pense que là vous allez un peu loin !"

Idem pour Luce Pane, députée PS de Seine-Maritime. Impossible de la joindre directement mais son chargé de mission François Duboc botte en touche : "Madame Pane ne souhaite pas s'exprimer sur le sujet mais précise que les proches qui travaillent avec elle ont le bagage nécessaire, du BTS au Master en politique publique." Un recrutement sérieux mais pas plus d'explication sur les motivations de la députée à employer ses proches.

Un médecin peut travailler avec sa femme sans problème ! Pourquoi pas nous ?

Pour beaucoup de parlementaires normands, la polémique du Pénélope gate est injuste. "Quand vous avez des proches qui sont compétents, pourquoi est-ce que vous leur fermeriez la porte ?", s'interroge Hervé Maurey. "Vous prenez un médecin, il travaille parfois avec sa femme pour l'administratif. Il y a des plombiers ou des menuisiers qui embauchent leurs enfants dans leur entreprise ! Pourquoi pas nous ?"

"Parce qu'il s'agit d'argent public et que c'est une question d'éthique", selon Thierry Foucaud. Le sénateur communiste de Seine-Maritime n'a jamais employé un de ses proches. "Et pourtant je pourrais ! Ma fille a une maîtrise de droit et elle est au chômage. Mais pour moi c'est hors de question. Au niveau des valeurs ce n'est pas très juste. Il suffit de regarder la situation du chômage en France pour s'en rendre compte ! Il ne s'agit pas de faire des privilégiés parce que leurs parents sont parlementaires."

Des parlementaires normands pas forcément d'accord sur la question mais tous s'accordent sur un point : au-delà de l'affaire Pénélope Fillon, c'est bien la représentation politique qui est en crise.

Qui travaille avec ses proches ?

Sénateurs :

  • Nicole Duranton (Les Républicains, Eure) : fait travailler sa belle-fille à 80% à Paris depuis huit mois.
  • Hervé Maurey (UDI, Eure) : emploie sa femme depuis 2008 pour environ 2 000€/mois.
  • Catherine Morin-Desailly (UDI, Seine-Maritime) : a embauché sa petite cousine pendant six mois pour lui apprendre le métier.
  • Charles Revet (Les Républicains, Seine-Maritime) : emploie sa fille à Paris et en région.
  • Ladislas Poniatowski (Les Républicains, Eure) : ne nous a pas répondu.
  • Nelly Tocqueville (Parti socialiste, Seine-Maritime) : ne nous a pas répondu.
  • Agnès Canayer : n'emploie pas de proche.
  • Thierry Foucaud (Communiste, Seine-Maritime) : se refuse à embaucher ses proches.
  • Didier Marie (Parti socialiste, Seine-Maritime) : n'emploie aucun de ses proches mais ça ne le choque pas.

Députés (selon les déclarations faites à la Haute autorité de transparence de la vie publique en 2014) :

  • Dominique Chauvel (sans étiquette, Seine-Maritime) : emploie sa fille.
  • Franck Gilard (Les Républicains, Eure) : a embauché son fils pour un CDD de 3 mois.
  • Estelle Grelier (Parti socialiste, Seine-Maritime) : a embauché sa cousine en CDI, interrompu en mars 2014.
  • Françoise Guégot (Les Républicains, Seine-Maritime) : emploie sa fille.
  • Luce Pane (Parti socialiste, Seine-Maritime) : emploie sa fille.
  • Bruno Le Maire (Les Républicains, Eure) : a employé sa femme entre 2013 et 2015.
  • Valérie Fourneyron (Parti socialiste, Seine-Maritime) : n'emploie pas de proche.
  • Guillaume Bachelay (Parti socialiste, Seine-Maritime) : n'emploie pas de proche.
  • Christophe Bouillon (Parti socialiste, Seine-Maritime) : n'emploie pas de proche.
  • Marie Le Vern (Parti socialiste, Seine-Maritime) : n'emploie pas de proche.
  • Edouard Philippe (Les Républicains, Seine-Maritime) : n'emploie pas de proche.
  • Catherine Troallic (Parti socialiste, Seine-Maritime) : n'emploie pas de proche.
  • Jean-Louis Destans (Parti socialiste, Eure) : n'emploie pas de proche.
  • Marc Vampa (Nouveau Centre, Eure) : n'emploie pas de proche.
  • François Loncle (Parti socialiste, Eure) : n'emploie pas de proche.