Politique

Cité de la gastronomie de Dijon : le choix de la ville en question

Par Arnaud Racapé, France Bleu Bourgogne mardi 29 septembre 2015 à 20:26

La maquette de la cité de la gastronomie a été dévoilée en décembre dernier
La maquette de la cité de la gastronomie a été dévoilée en décembre dernier © Radio France - Stéphanie Pérenon

La mairie de Dijon a-t-elle des choses à cacher dans la revente du site de l'ancien hôpital général, théâtre de la future Cité de la gastronomie ? Selon l'intersyndicale du CHU, le choix du groupe Eiffage s'est fait dans une opacité totale. La ville de Dijon ne voit pas où est le problème.

 L'ancien site de l'hôpital général doit accueillir prochainement la désormais fameuse Cité internationale de la gastronomie de Dijon. Or, selon les élus du personnel du CHU, réunis en intersyndicale (CGT, CFE-CGC, CFDT, FO et UNSA), le choix de la ville s'est fait au mépris du bon sens.

"L'impression que le groupe Eiffage a été privilégié"

En optant pour l'offre de 12 millions d'euros du groupe Eiffage, réévaluée depuis à 14,2 millions d'euros par France Domaine, la mairie de Dijon - qui possède un droit de préemption sur le site - a privé le CHU d'une importante manne financière, puisque l'autre candidat au rachat, le groupe immobilier SEGER, avait mis 20 millions sur la table. Frédérique Meunier déléguée CGT s'interroge : _"q_uand on vend notre appartement, si on a deux offres, on prend il me semble l'offre la plus élevée, et dans le cadre de l'hôpital général, ç'a été le contraire. On a l'impression que les deux acheteurs potentiels n'ont pas eu le même cahier des charges, et ça nous interroge d'autant plus. De l'extérieur, ça donne l'impression que le groupe Eiffage a été privilégié."

Une impression dans le fond renforcée par l'attitude de la mairie dans la forme. Les syndicats l'affirment, la décision de revendre à Eiffage, ils l'ont apprise presque fortuitement, à la fin 2014, au moment de l'annonce de la future Cité de la gastronomie. Et puis, il n'y a pas eu d'appel d'offres. Gabriel Febvay responsable CFE-CGC résume : _"l_es deux projets répondaient à la demande de la mairie, c'est à dire une Cité de la gastronomie offerte par les deux constructeurs à la ville de Dijon. Globalement, ils étaient différents, mais les deux projets n'ont pas été jugés semble-t-il de la même façon sur le fond. Et ce que SEGER dit, c'est que ce qu'ils ont présenté, c'est ce qui leur avait été demandé, et ce qui devait précéder un appel d'offres. Or ça s'est arrêté là. D'où le fait que SEGER ait déposé un recours devant le tribunal administratif contre cette décision."

Appel à manifestation d'intérêt

Autant d'arguments balayés par François Rebsamen. Désireux de clarifier la situation, le maire précise d'abord sur la forme que tous les éléments du dossier ont été présenté et détaillés de manière totalement transparente le 15 septembre dernier, lors d'une rencontre avec les syndicats du CHU et le Directeur Général de l'Agence Régionale de Santé. Il ajoute "qu'on ne fait pas d'appel d'offres sur ce genre de projets, on fait ce qu'on appelle un appel à manifestation d'intérêt, c'est une procédure tout à fait légale et classique, vous pensez bien que sur un projet de cette importance, la Cité de la gastronomie, on n'allait pas prendre de risques juridiques donc tout cela a été validé par le conseil municipal, par le contrôle de l'égalité, je ne comprends pas ce qui peut animer la CGT sinon faire parler d'elle."

Quant au fond du problème, le choix du candidat ne s'est pas fait sur les millions, mais sur le contenu du projet. Or Eiffage a présenté un projet plus complet, alors que celui de SEGER tenait en quelques feuillets. _"_Pourquoi c'est Eiffage et pourquoi c'est pas SEGER ?" poursuit François Rebsamen. "Parce que c'est un projet sur la cité de la gastronomie pas de construction de bâtiment luxueux. le plan local d'urbanisme de la ville de Dijon, c'est de faire de la mixité sociale . Alors évidemment, si on faisait du grand luxe, ça vaudrait sûrement plus que 14,2 millions d'euros. Mais le prix fixé par France Domaine est incontestable."

Globalement, c'est une "chance" pour le CHU que les choses se déroulent ainsi estime l'élu, car en vertu de son droit de préemption, la mairie va débourser directement et en totalité les 14,2 millions d'euros. Autant d'argent dont le nouvel établissement François Mittérand pourra disposer rapidement.

Une question en suspens : le coût du désamiantage

Malgré les interrogations soulevées par l'intersyndicale, l'affaire semble donc être acquise : Eiffage construira la future Cité de la gastronomie, ainsi qu'un éco-quartier, sur le site de l'ancien hôpital. Reste à connaître le coût du désamiantage du site, et qui de l'acheteur ou du vendeur (le CHU) devra le payer : une étude est en cours pour le déterminer.

Enfin, il n'est pas dans l'intérêt de la direction du CHU que les choses traînent, car en attendant le rachat effectif ,  elle doit prendre à sa charge les frais de gardiennage du terrain, soit plusieurs centaines de milliers d'euros par an.