Politique

Noël Mamère : "Je ne pars pas comme un voleur"

Par Thomas Coignac, France Bleu Gironde vendredi 13 janvier 2017 à 20:04

Noël Mamère a été très sollicité après son annone de jeudi.
Noël Mamère a été très sollicité après son annone de jeudi. © Radio France - Thomas Coignac

Il l'a annoncé jeudi dernier, Noël Mamère quitte son mandat de maire de Bègles, deux ans et demi avant qu'il ne s'achève. Alors qu'il avait déjà annoncé ne pas de représenter aux législatives 2017, il n'aura donc plus aucun mandat électif au mois de juin, après 28 ans comme maire. Il s'explique.

"Bien sûr que c'est un moment émouvant. La politique est une drogue dure, on s'y habitue. Cela fait 48 ans que je vis sous le regard des autres, il va falloir que je m'habitue à un certain anonymat, mais c'est un luxe de riche. Il y a un moment dans la vie politique où il faut savoir transmettre, et c'est ce à quoi je m'astreins. Je le fais avec plaisir, parce que je pense que le moment est venu. Cela avait commencé avec Naïma Charaï pour les législatives. Je le fais à présent à la mairie. La transmission est quelque chose de noble, qui apporte une certaine gratification. La politique, il faut en faire en ayant de l'empathie, en les aimant, en se faisant plaisir. Et je me fais plaisir en transmettant.

Quand j'ai annoncé mon départ au personnel municipal, pas mal de mouchoirs sont sortis. Certains membres du personnel sont venus me faire part de leur affection, leur reconnaissance. Je serai sans doute regretté, mais la politique n'est pas une monarchie, on est pas là jusqu’à sa mort. Il faut partir quand on en a encore envie, et qu'on ait encore bien. Nous avons vu pas mal d'hommes politiques être pathétiques, tellement ils s’accrochaient au pouvoir. Je n'ai pas envie d'offrir ce triste spectacle. Je suis très bien dans ma peau, je ne suis pas malade, je n'ai pas de problème"

Sa succession

"Pour me succéder, j'ai proposé au conseil municipal un jeune quadragénaire, Clément Rossignol-Puech, papa de deux enfants. Il représente, les quadragénaires, jeunes pères de famille, très présents sur la commune. J’espère que ces deux ans et demi vont lui permettre de mieux se faire connaître des Béglais, et de préparer un projet pour remporter la mairie de Bègles en 2020.

J'ai été élu sur un projet avec une équipe. Donc je ne pars pas comme un voleur, je pars en demandant à un membre de l'équipe de me succéder. Cela me semble respectueux envers les Béglais. Le programme pour lequel ils ont voté sera appliqué jusqu’en 2020.

Le choix de Clément Rossignol-Puech n'est pas une question de personnes. Je l'ai préféré à ma première adjointe Isabelle Boudineau. Elle a toujours été d'une grande loyauté, nous avons toujours très bien travaillé ensemble. Elle est socialiste, elle comprend les choses. Les socialistes ne peuvent pas exiger d’être les seuls représentants du canton au département, d'avoir la circonscription et d'exiger la mairie. On ne peut pas dire, en Gironde et au delà, que les écologistes soient surreprésentés. Ainsi, en rendant la troisième circonscription de Bègles au PS, via Naïma Charaï, mais pas sans contrepartie. J'ai proposé que la douzième circonscription de Gironde, celle de Créon, soit réservée à une écologiste, Anne-Laure Fabre-Nadler.

Moi, je suis un maire écologiste, et je passe la main à un écologiste. Je ne vais pas organiser une élection municipale partielle qui coûterait beaucoup d'argent aux Béglais en terme d’organisation".

Ses futures activités

"Je sais la nécessité de reconstruite la gauche et l'écologie. Je n'en serais pas absent. Je ne pense pas, comme Manuel Valls, qu'il y a deux gauches irréconciliables, donc je vais travailler à les réconcilier sur un projet commun.
Sur un plan plus personnel, cela fait 28 ans que je fais deux fois par semaine le trajet Paris-Bègles Paris. J'ai une maison à Bègles, des amis. Je suis attaché à cette ville. Je n'ai pas donné plus d'un quart de siècle à ma ville, avec tant d''énergie et de passion pour l'abandonner du jour au lendemain. Lorsque ma femme aura terminé son boulot de maître de conférence à la Sorbonne, nous viendrons plus souvent à Bègles.

Comme je le dis souvent en tant qu'ancien journaliste, on peut continuer le journalisme sans présenter les journaux, on peut continuer à être actif politiquement sans avoir
de mandats électifs.
Il y a beaucoup d’initiatives qui vont être prises après les présidentielles. Tout d'abord, je vais être suppléant de Naïma Charaï, pour les législatives. Je vais me mettre de nouveau les mains dans le cambouis. Je trouve que l'Assemblée Nationale ne représente pas assez la société. Je milite donc pour qu'il y ait plus de femmes à l'Assemblée, et plus de femmes issues de la diversité".

Son héritage

"Ce n'est pas à moi de dire quelle trace je laisserais. J'ai l'habitude de dire, que le plus important, c'est ce qui ne voit pas. J’espère avoir contribué à rendre les esprits libres à ce que chacun se sente responsable, autonome. Je crois avoir contribué à avoir changé le visage de la ville, en respectant son histoire. Bègles est une ville singulière grâce à son histoire ouvrière, ses contraintes sociales acquises durement. Les Béglais sont généreux et capables d’accueillir les autres avec tolérance et ouverture. Cet esprit ne disparaîtra pas tant que mes amis poursuivront ce travail.

Mais de quoi se souviendra-t-on ? On se souviendra du mariage de Bègles, le 5 juin 2004. C'est peut-être la seule chose qui restera. Je ne vais pas me plaindre, il y en a tellement qui restent dans les oubliettes de l'histoire.... Oui, j'ai été un peu en avance, j'ai été lm'objet d'humiliations. Je suis fier qu'il y ait une loi pour ouvrir ce genre de droits. Mais il s'est passé des choses beaucoup plus importantes dans la ville..."

Noël Mamère s'explique sur les raisons de son départ