Politique

Des enregistrements de Nicolas Sarkozy par un de ses conseillers publiés dans la presse

France Bleu mercredi 5 mars 2014 à 8:05 Mis à jour le mercredi 5 mars 2014 à 11:40

Patrick Buisson
Patrick Buisson © TV5 Monde - - Capture d'écran

Le Canard Enchaîné et le site Atlantico publient ce mercredi des extraits des enregistrements de réunions à l'Elysée en 2011 entre Nicolas Sarkozy et ses conseillers. Des enregistrements réalisés par l'un des conseillers, Patrick Buisson, à l'insu du reste des participants. L'avocat de l'ex-conseiller du président confirme l'authenticité de ces documents "de travail".

"On n'a pas entendu ces connards de chiens qui aboyaient ? " demande Nicolas Sarkozy, alors président de la République. Réponse de son conseiller Patrick Buisson : "Tu parles des journalistes ? ". Voilà l'un des extraits publiés par le Canard Enchaîné , ce mercredi matin. L'hebdomadaire satirique a mis la main sur les enregistrements de réunions entre l'ancien président et ses conseillers , en 2011. Le site Atlantico a suivi, en publiant à son tour des extraits audio de ces conversations.

Des ministres "calamiteux " selon les enregistrements

Ces enregistrements ont été réalisés à l'insu de Nicolas Sarkozy par Patrick Buisson, l'un des proches conseillers du Président, aujourd'hui impliqué dans l'affaire des sondages commandés par l'Elysée. Dans ces bandes sonores qui datent pour la plupart de fin février 2011, il est notamment question d'un remaniement à venir .

Résultat : de nombreux ministres en prennent pour leur grade. Michel Mercier, alors ministre de la Justice, est "totalement calamiteux "  - selon Patrick Buisson dans cet enregistrement - et Roselyne Bachelot "plus calamiteuse encore ". 

En revanche, Alain Juppé semble avoir grâce aux yeux de Nicolas Sarkozy, qui envisage même de lui proposer de remplacer François Fillon :

"Remplacer Fillon par Borloo, c'est grotesque (...). Y'a qu'une seule personne qui pourrait remplacer Fillon aujourd'hui, c'est Juppé. Je m'entends très bien avec Alain..."

Une plainte contre l'hebdomadaire Le Point

Dans un communiqué transmis par son avocat, Patrick Buisson ne nie pas l'authenticité de ces enregistrements. Mais il explique qu'en tant "qu'intervenant essentiel de ces réunions, il ne pouvait prendre des notes écrites et utilisait ces enregistrements pour préparer la réunion suivante ". Ils étaient ensuite destinés à être détruits, "sauf manifestement quelques-uns qui lui ont été dérobés ".

Pointé du doigt comme celui qui a fait entrer dans le discours de Nicolas Sarkozy des thèses d'extrême-droite, Patrick Buisson, ancien journaliste à Minute , maintient sa plainte déposée le 21 février dernier contre Le Point . L'hebdomadaire avait été le premier à révéler l'existence de ces enregistrements, sans toutefois en divulguer des extraits. 

"C'est d'une extrême violence " selon Raffarin

L'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a réagi ce mercredi matin à cette publication sur le plateau du journal de France 2 : "Il y a de quoi tomber de sa chaise ", a-t-il lancé, expliquant que selon lui "écouter quelqu'un à son insu, c'est d'une extrême violence (...) Ca veut dire qu'il n'y a pas de relation de confiance , que vous vous préparez des mauvais coups ". 

Invité de France Info, Henri Guaino, lui aussi ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, explique : "Nous vivons tous cette situation comme une sorte de viol ". Il met également en cause la personne qui a transmis ces enregistrements à la presse : "Cela mérite une sanction très lourde ", a-t-il affirmé.

De son côté, le Parti Socialiste envisage de demander une commission d'enquête parlementaire sur ces enregistrements. "S'il n'y a pas de plainte de Nicolas Sarkozy, je m'interroge sur le fait de demander une commission d'enquête parlementiare sur ces enregistrements pour atteinte au respect de la fonction présidentielle ", a déclaré Bruno Le Roux, chef du groupe socialiste à l'Assemblée nationale.