Politique

Élections en France : l'abstention est-elle en hausse ?

Par Laurine Benjebria, France Bleu samedi 10 septembre 2016 à 3:00

Isoloir d'un bureau de vote lors du deuxième tour des cantonales 2015
Isoloir d'un bureau de vote lors du deuxième tour des cantonales 2015 © Maxppp - Frédéric Chambert/Le Progrès

En France, l'abstention de vote connaît une hausse depuis une trentaine d'années. Un phénomène qui a reculé après le second tour de l'élection présidentielle de 2002, mais qui regagne du terrain ces dernières années.

Le taux de participation est la grande inconnue des élections. Depuis des années, les records d'abstention s'enchaînent.

L’intermittence du vote et la montée de l’abstention

Certains politologues, comme ceux du Cevipof, ont nommé ce phénomène, le "vote intermittent et sélectif". Un refus de participer à la vie politique ou une volonté de montrer son refus des candidats aux élections.

L'abstention connaît une hausse depuis une trentaine d'années. En 2002, l'abstention a reculé, mais depuis elle a retrouvé son ampleur d'antan.

Les taux d'abstention aux dernières élections en France - Radio France
Les taux d'abstention aux dernières élections en France © Radio France - Piktochart

Les conséquences de l'abstention : le souvenir de 2002

Les électeurs ont encore en tête les résultats du second tour de l'élection présidentielle 2002. Ce 21 avril 2002 a marqué les esprits. Ce soir-là, les deux visages apparaissant sur les écrans télévisés comme leaders des scrutins surprennent la France entière : Jacques Chirac obtient 19.9% des votes exprimés et Jean-Marie Le Pen recueille pas moins de 16.9%.

La multitude de candidats et le fort taux d'abstention (28.4%) peuvent expliquer cette poussée du Front national. Le week-end suivant, ils étaient des dizaines de milliers à descendre dans les rues pour exprimer leur stupeur. Ce premier tour a agit comme un électrochoc : au second tour de 2002, Jacques Chirac remporte la présidence avec 82.1%. Cinq ans plus tard, l'abstention diminue jusqu'à 16%, pour remonter en 2012 à 20%. Une abstention qui reste basse par rapport aux autres élections. Lors de l'élection législative de 2002, le taux d'abstention avait battu des records, se hissant à à 43% et 45%.

"A l'exception de l'élection présidentielle, qui mobilise toujours les électeurs, tous les autres scrutins, et particulièrement les scrutins locaux et européens, doivent faire face à un déficit de votants", Anne Muxel, La vague de l'abstention (avril 2014)

Les élections cantonales délaissées par les électeurs

Si en 2004, les élections cantonales et régionales ont connu une baisse des taux d'abstention, du fait du souvenir encore proche du 21 avril 2002, depuis l'abstention a de beaux jours.

Les élections cantonales sont largement boudées par les électeurs : au deuxième tour de 2008, 44.53% des électeurs ne se sont pas présentés aux bureaux de vote.

En 2011, plus de 55% des électeurs ont préféré s'abstenir. Un taux en forte hausse, particulièrement élevé par rapport aux autres élections.

Comment expliquer l'abstention électorale ?

L'indécision des électeurs entre les deux tours :

L'abstention est bien souvent plus importante au second tour qu'au premier tour des élections. Cela pourrait être attribué au phénomène de vote utile, par peur de voir certains candidats accéder au deuxième scrutin.

Au second tour, l'abstention s'apparente ainsi plus à une sanction, une manière de refuser les choix politiques qui s'offrent aux électeurs et faire entendre son refus, le vote blanc n'étant pas reconnu dans les suffrages exprimés.

Géographie d'un vote sanction :

En ce qui concerne la géographie de l'abstention, pour la politologue Anne Muxel, "l'abstention est traditionnellement plus importante dans le nord de la France, et, comparée aux élections municipales de 2008, elle gagne du terrain, tout particulièrement dans l'Ouest et le nord-Est" (La vague de l'abstention, 2014).