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Régionales : la fusion des régions a-t-elle changé la Bourgogne-Franche Comté?

Les élections régionales auront lieu les 20 et 27 juin 2021, à l'issue d'un premier mandat pour les élus de la grande région née de la fusion de la Bourgogne et de la Franche-Comté. Bilan de ce mariage qui a vu Dijon devenir capitale régionale au détriment de Besançon.

Les conseillers régionaux de Bourgogne-Franche-Comté en session à Dijon
Les conseillers régionaux de Bourgogne-Franche-Comté en session à Dijon © Maxppp - J.C. Tardivon

Entré en vigueur le premier janvier 2016, le nouveau découpage des régions voulu par François Hollande a porté leur nombre de 22 à 13 en France métropolitaine, avec pour conséquence le mariage de la Bourgogne et de la Franche-Comté. Le premier mandat des élus de la grande région s'achève,  et les électeurs bourguignons et franc-comtois doivent désigner leurs successeurs lors du scrutin des 20 et 27 juin.  Cinq ans après, mariage forcé ou de raison? On dresse le bilan de cette fusion.

Pas d'économies de fonctionnement

L’un des principaux objectifs de cette réforme c’était de faire des économies de fonctionnement. Mais ça n’a pas été le cas pour ces premières années de la fusion, comme le montrait en 2019 un rapport de la Cour des Comptes. « Tout le monde s’est un peu laissé berner par cette annonce à l’époque, mais les experts n’étaient pas dupes », explique Pascal Chauchefoin. Ce maître de conférence en économie à l’université de Poitiers, a dirigé le travail d’une quinzaine de chercheurs de différentes disciplines  pour dresser un bilan de la fusion des régions françaises. «Mécaniquement, on a eu une augmentation de la masse salariale,  il y avait un traitement des salaires des fonctionnaires très différencié selon les régions, et la plupart des nouvelles régions se sont alignées sur le régime le plus favorable ».  

Le siège du conseil régional à Dijon.
Le siège du conseil régional à Dijon. © AFP - CULTURA CREATIVE

Pour Pascal Chauchefoin, les régions se sont aussi  trouvées face à un dilemme : « réaliser des économies d’échelle, ça veut dire concentrer des services, voire réduire la superficie de l’administration, mais il fallait aussi maintenir dans les anciennes capitales des services administratifs, pour éviter un déséquilibre territorial et quelque chose de trop traumatisant ». Et c’est ce qui s’est passé en Bourgogne Franche Comté : finalement le nombre de fonctionnaires régionaux dans chaque capitale n’a pas beaucoup évolué depuis 2015.

Fonctionnaires régionaux: moins de 10% sont partis de Besançon vers Dijon

Dominique Aubry-Frelin, secrétaire CFDT des agents du conseil régional, estime à  moins de 10% le glissement d’effectif de Besançon vers Dijon. Actuellement, sur un peu plus de 4000 fonctionnaires régionaux, environ 650 travaillent à Dijon et 510 à Besançon, les autres sont disséminés sur tout le territoire, dans les lycées essentiellement. « Il y a des choses qui sont plus de l’ordre du ressenti que de la réalité », analyse la syndicaliste. «  Par exemple quand il y a une liste de postes ouverts au recrutement à Dijon, les bisontins disent que tout part à Dijon, mais quand on ouvre des postes à Besançon c’est l’inverse ! Chaque identité, qu'elle soit bourguignonne ou franc-comtoise, se sent diluée dans la grande région ». 

Besançon a-t-elle définitivement perdu la bataille des capitales ?

Le sujet de la rivalité des deux capitales régionales a fait couler beaucoup d’encre et de salive depuis l’annonce de la fusion. Pour Vincent Petit, historien spécialiste du régionalisme franc-comtois, le sort de Besançon était scellé dès le départ, Dijon avait une longueur d’avance. « Six ans après, le match est plié, Dijon a su user de ses avantages en terme de localisation et de nombres d’habitants, et Besançon a perdu son rôle de capitale,  en terme de commandement elle est en train de devenir une métropole secondaire ».  Pour Vincent Petit, le territoire d’influence de la capitale comtoise s’est aujourd’hui réduit à une partie du Doubs et une partie de la Haute-Saône. 

D’autant que la fusion des régions a créé structurellement des super-métropoles, échelon intermédiaire entre Paris et les anciennes capitales régionales qui se retrouvent déclassées selon l’économiste Pascal Chauchefoin, il nuance toutefois ce constat : « Les élus régionaux ont bien pris conscience qu’ils allaient être très critiqués sur ce point, et que le système n’allait pas fonctionner, très vite ils se sont tournés vers les territoires pour enclencher des politiques autour de projets territoriaux.

Le drapeau de la région Bourgogne-Franche-Comté
Le drapeau de la région Bourgogne-Franche-Comté © Maxppp - Lionel Vadam

Vue depuis les territoires ruraux de Franche-Comté, cette rivalité entre les deux villes a-t-elle d’ailleurs encore un sens ? Elément de réponse avec le vice-président de l’Association des Maires Ruraux de France, Jean-Paul Carteret, maire de Lavoncourt en Haute Saône. Pour lui, l’important n’est pas de savoir où se prennent les décisions, mais ce qui se passe au plus près des habitants. "Aujourd’hui, quand on a des dossiers à monter, on ne voit plus personne, c’est toujours sur une plate-forme numérique", explique-t-il, « que ce soit à Besançon ou à Dijon, on peut très bien porter des projets avec la région, Franche-Comté ou Bourgogne-Franche Comté, peu importe ».

Le long travail d’harmonisation des politiques : l’exemple des transports

Dans tous les domaines de l’action régionale, les politiques menées avant 2015 étaient différentes en Bourgogne et en Franche-Comté, le gros du travail de ces premières années de fusion a été de tout remettre au même diapason. Exemple avec la mobilité, les transports, c’est le plus gros poste budgétaire de la Bourgogne-Franche-Comté: près de 699 millions d’euros en 2021, soit un tiers du budget régional. Au moment de la fusion, les enjeux n’étaient pas les mêmes en Bourgogne et en Franche-Comté, il a fallu procéder à une harmonisation. 

Un TER Régiolis aux couleurs de la région Bourgogne-Franche-Comté.
Un TER Régiolis aux couleurs de la région Bourgogne-Franche-Comté. © Maxppp - J.C. Tardivon

Patrick Noblet, le vice-président régional de la Fédération des Usagers des Transports, rappelle une réalité préexistante : les gros flux des utilisateurs des TER se trouvent en Bourgogne. « Entre La Roche-Migenne et Paris se concentrent plus de la moitié des usagers de Bourgogne-Franche-Comté, rien à voir avec par exemple le Nord-Franche Comté ».  La région a donc dû veiller à l’équilibre sur tout le territoire et selon le militant des transports, ce travail de rééquilibrage n’est pas encore abouti. « L’axe Dijon-Besançon-Belfort a été bien restructuré, le nombre de liaisons a été augmenté, on a du nouveau matériel, mais il y a des inquiétudes notamment sur la ligne des horlogers Besançon Morteau actuellement en travaux, et plus encore sur la ligne des Hirondelles Dole St Claude ».   

Encore du pain sur la planche donc, d’autant que des compétences supplémentaires se sont ajoutées au fil de ce premier mandat. Dernière en date : les bus départementaux, désormais gérés par le Conseil régional. Or, il y a 30 lignes de bus en Côte d’Or, et  5 dans le Doubs,  et encore des déserts dans toute la grande région en matière de mobilité.

Un processus de fusion toujours en cours

Un mandat de 6 ans n'a pas suffi pour achever complètement la fusion pour ce qui est des actions concrètes, mais aussi dans les esprits. "On subit encore des deux côtés cette perte de repères créée par la fusion, on l'entend dans la rue comme on l'entends partout ailleurs" constate Dominique Aubry-Frelin, la représentante syndicale CFDT des fonctionnaires régionaux. "Bourgogne et Franche-Comté, ce n'est pas la même chose, ca n'a rien de choquant, c'est simplement qu'il faut du temps. On voudrait faire la région en un jour et elle se fera plutôt sur des années". Rendez-vous peut être dans six ans, à la fin de ce nouveau mandat pour lequel nous allons choisir nos élus les 20 et 27 juin?
 

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