Politique

"Emmanuel Macron l'a fait,alors que c'était du jamais vu, de l'impensable " l'analyse de notre consultant Daniel Juliard

Par Marie-Audrey Lavaud, France Bleu Berry dimanche 18 juin 2017 à 22:52

Daniel Juliard, ancien directeur de l'Echo du Berry
Daniel Juliard, ancien directeur de l'Echo du Berry © Radio France

Le parti du président de la République Emmanuel Macron obtient une victoire écrasante et réalise l'impensable : une assemblée En Marche! avec une majorité plus qu’absolue.

On nous annonçait de 400 à 450 députés République en Marche (REM) et MoDem, ils seront finalement autour de 360, dont 315 pour les seuls REM alors même que la majorité absolue à l’Assemblée nationale se situe à 289 députés. Les Français ont donc corrigé les résultats du 1er tour par crainte, peut-être, d’un éventuel absolutisme du parti du président et de ses possibles excès. Il reste que faire élire 315 députés d’un parti qui n’existait pas il y a quinze mois, c’est du jamais vu. Impensable, irréalisable, impossible… Et pourtant, Emmanuel Macron l’a fait ! Comme l’écrivait Tristan Bernard : "L'inexpérience est ce qui permet à la jeunesse d'accomplir ce que la vieillesse sait impossible."

Un taux d'abstention record

Le taux d’abstention historique du premier tour, plus de 51 %, pouvait laisser penser à certains qu’une remobilisation allait se faire jour. Il n’en a rien été, bien au contraire, puisque seuls 43 % des électeurs (contre 48,7 % il y a une semaine) se sont déplacés pour ce second tour. Si un seul chiffre devait caractériser ce scrutin, ce serait celui de ce taux d’abstention incroyablement élevé à près de 57%. Mais cette abstention et ces résultats traduisent aussi le rejet des partis traditionnels.

Du côté des perdants, peu de partis échapperont aux remises en cause des programmes, des stratégies et des hommes. Ainsi, les prochains jours s’annoncent mouvementés et violents du côté de LR et du PS.

La droite républicaine vient de subir une défaite impensable au vu des apparents rapports de force : des 199 élus LR et 27 UDI sortants, on en compte désormais seulement 130 !

La gauche voit quasiment disparaître le vieux PS qu’on croyait insubmersible : 284 députés socialistes sortants, ils sont 32 dans la nouvelle assemblée.

Le FN apparaît comme l’un des vainqueurs de ce scrutin au vu de son nombre de députés qui passent de 2 à 8.

La France Insoumise en est un autre puisque le parti de Jean-Luc Mélenchon pourra former un groupe à l’Assemblée avec ses 17 élus.

Cette Chambre ‘‘introuvable’’ donne au Président et au gouvernement l’obligation de réussir. Après les échecs patents de la droite et de la gauche, les Français ont joué tapis sur Macron qui leur a promis de réunir l’une et l’autre et de gouverner autrement. S’il venait à échouer lui aussi, on voit bien quelles forces se mettraient alors en marche ! C’est dire la responsabilité qui est celle de cette nouvelle majorité…

Quatre députés REM pour le Berry

Dans le Berry, petit chelem pour le parti du président qui envoie quatre députés à l’Assemblée nationale. Seul Nicolas Forissier, quatre mandats de député, maire de La Châtre, LR, est élu dans la 2e de l’Indre. Exit les sortants Yann Galut, socialiste, dans la 3ème du Cher ou Nicolas Sansu, communiste dans la 2e du Cher. Les quatre députés élus sont des novices, jamais élus à la députation. Comme un symbole, ces nouveaux députés ont gagné face à des adversaires représentant presque tout le spectre du paysage politique français : un FN (1ère de l’Indre), un communiste (2e du Cher), un socialiste (3e du Cher) et un LR (1ère du Cher).

Cette nouvelle Assemblée nationale va porter aussi la marque de profonds changements. Ainsi va-t-on se rapprocher de la parité : ce sont plus de 200 femmes qui devraient arriver contre seulement 145 lors de la législature précédente. Côté moyenne d’âge, sacré changement là aussi : les candidats de REM affichent une moyenne de 47 ans quand les députés sortants dépassent les 60 ans. Nouvelle assemblée va rimer aussi avec nouveaux profils socio-économiques : beaucoup de jeunes entrepreneurs et d’hommes d’entreprises rompus à la nouvelle économie 2.0. Mais si la nouvelle Assemblée sera donc plus féminisée et rajeunie, elle sera aussi plus élitiste : on notera ainsi la faible représentation des classes populaires, ouvriers, petits paysans, employés.

Reste aussi à tirer les enseignements trans-partisans de ces élections.

Ainsi, ne doit-on pas réformer un système de candidature à la députation qui a permis en moyenne à près de 15 candidats par circonscription de se présenter ? Probablement.

Ainsi encore, la faible représentation en nombre de députés issus de partis comme La France Insoumise ou le FN est-elle juste ? (alors même que ces deux mouvements ont recueilli respectivement près de 2,5 et 3 millions de voix au 1er tour). Probablement pas, une dose de proportionnelle serait bienvenue.

Ainsi enfin, une vraie réflexion de tous les responsables politiques – et au-delà - s’impose pour répondre au désintérêt inquiétant des Français pour les élections symbolisé par ces taux d’abstention record.

Daniel Juliard, ancien directeur du journal " l'écho du Berry"