Politique

EuropaCity : un rapport du gouvernement pointe des risques

Par Rémi Brancato, France Bleu Paris Région jeudi 15 décembre 2016 à 21:23

Une vue du projet EuropaCity
Une vue du projet EuropaCity - (cc) EuropaCity

C'est la première fois qu'une expertise commandée par l'Etat est rendue au sujet du gigantesque centre commercial et de loisirs EuropaCity, que le groupe Auchan veut implanter entre les aéroports de Roissy et du Bourget, au Nord de Paris, en 2024. Un rapport qui pointe de nombreux risques.

Pour la première fois, un rapport du CGEDD, le conseil général de l'environnement et du développement durable, commandé par l'Etat se penche sur le projet EuropaCity et c'est la ministre du Logement qui l'a souhaité. Ce vendredi matin, Emmanuelle Cosse vient en détailler les contours et donner son point de vue sur ce projet. Elle est l'invitée de France Bleu.

EuropaCity est un projet hors norme et très controversé, porté par Immochan, la filiale du groupe Auchan sur 80 hectares, l'équivalent d'une centaine de terrains de football, qui conjugue 230 000 m² de commerces, 150 000 m² d'espaces de loisirs, des chambres d'hôtels, des restaurants et des parcs dans des espaces publics, dans le triangle de Gonesse, cette zone, inhabitable pour cause de bruits, située entre l'aéroport du Bourget et celui de Roissy, à la frontière entre le Val d'Oise et la Seine-Saint-Denis.

Des risques pour les transports, les commerces et l'économie locale

Le rapport commandé par la ministre du Logement, et qui a été rendu public la semaine dernière, imagine plusieurs hypothèses. Dans le cas où EuropaCity fonctionnerait, le risque est de voir s'ériger une "ville privée" pas totalement accessible au public selon le rapport. Il imagine aussi une saturation des transports routiers, déjà très encombrée, qui dessert la zone et une concurrence rude pour les commerces alentours et les autres parcs d'attraction d’île-de-France.

"Le rapport souligne le risque de bloquer totalement l'autoroute A1" insiste Bernard Loup, président du CPTG, le collectif pour le triangle de Gonesse, qui réclame l'abandon du projet. "Tous les projets du secteur ne pourront être soutenables que si la ligne 17 du Grand Paris Express se fait" répond pour sa part Damien Robert, directeur général de l'Etablissement public Plaine de France en charge de l’aménagement de la zone, qui assure veiller à ce que les infrastructures de transport soit en place pour accompagner son arrivée.

Les autres risques pointés par ce rapport interviennent dans le cas où EuropaCity fonctionnerait peu, mal voire serait gelé. Les auteurs estiment notamment que le site pourrait se transformer en une nouvelle "friche", avec une économie locale qui en pâtirait et d'autres projets freinés à proximité.

Le rapport pointe plusieurs risques liés au projet EuropaCity. Rémi Brancato

"Avec ce rapport, j'ai le sentiment qu'on s'arrête au milieu du gué, on pointe du doigt les risques en matière de transport, d'écologie, d'urbanisme et d'emploi, mais il faut maintenant aller plus loin" demande pour sa part Didier Mignot, ancien maire du Blanc Mesnil et conseiller régional (PCF) opposé au projet, qui en demande toujours l'abandon.

Pour Didier Mignot, l'Etat doit se prononcer contre le projet

Pour Damien Robert (EPA Plaine de France), le porteur du projet apporte des garanties

EuropaCity prêt à abandonner les pistes de ski, jugées défavorables à l'environnement

Pour le porteur du projet, il n'en est pas question. La semaine dernière, il a fait part de sa décision dans un communiqué, pour faire suite au débat public, qui s'est achevé en septembre. Il dit vouloir "répondre aux attentes et observations formulées par les habitants, associations, experts et élus", proposant une "structure dédiée (...) pour orienter et former les habitants" afin qu'ils puissent bénéficier des emplois créés par le projet.

Le porteur propose aussi d'examiner un éventuel abandon du "parc des neiges", cette fameuse piste de ski en intérieur, qui a cristallisé l'opposition des écologistes notamment. Enfin, il propose "des partenariats avec les commerces de proximité" et de nommer "un garant" pour veiller à ce que les mesures soient mises en place.