Politique

Fonctionnaires, la nouvelle "provocation" d'Emmanuel Macron

Par Camille Magnard, France Bleu samedi 19 septembre 2015 à 16:55

Le ministre de l'Economie Emmanuel Macron s'attaque au statut des fonctionnaires
Le ministre de l'Economie Emmanuel Macron s'attaque au statut des fonctionnaires © Max PPP - Vincent Isore

Face à des journalistes, le ministre de l'Economie s'en est pris au statut des fonctionnaires en France, dont il juge qu'il n'est "plus justifiable" aujourd'hui. Ces déclarations, publiées dans la presse, déclenchent depuis un tollé à gauche, et forcent François Hollande à recadrer son ministre.

Une "provocation" qui mériterait qu'Emmanuel Macron démissionne du gouvernement. voilà comment on réagit, à la gauche du PS, aux saillies du ministre contre le statu des agents de la fonction publique. Ce statut de fonctionnaire, Emmanuel Macron juge qu'il n'est "plus adapté au monde tel qu'il va, plus justifiable compte tenu des missions de l'Etat". Il l'a dit, tel quel, à des des journalistes qui l'interviewaient en "off". Les propos devaient donc rester confidentiels, mais Les Echos les ont publiées.

"On va progressivement entrer dans une zone - on y est déjà d'ailleurs - où la justification d'avoir un emploi à vie garanti sur des missions qui ne le justifient plus, sera de moins en moins défendable." Emmanuel Macron

 Et depuis, la gauche s'est retrouvée plongée dans une polémique telle que François Hollande en personne a du intervenir pour dire à quel point il est "attaché" à ce statut.

"Etre fonctionnaire, ce n'est pas être dans une position figée, ce n'est pas refuser la modernité, être fonctionnaire, c'est, au contraire, être toujours capable d'anticiper, de prévoir et de servir." François Hollande

Un ministre habitué à lancer des ballons d'essai à gauche

C'est la deuxième fois en quelques semaines que l'homme de Bercy doit ainsi être recadré par sa hiérarchie. Lors de l'université d'été du MEDEF, il s'en était pris aux 35h, "fausse bonne idée de la gauche", selon lui. Déjà, Matignon avait du prendre le contre-pied et remettre Emmanuel Macron à sa place. Mais cette attitude de franc-tireur du ministre, ancien banquier d'affaires  chez Rotschild et pas franchement encarté à gauche, énèrve de plus en plus l'aile gauche du Parti Socialiste. "Emmanuel Macrons'est un peu spécialisé dans des provocations consistant finalement à utiliser la rhétorique et des mots de la droite et les endosser comme un ministre supposé de gauche", résume le député PS Laurent Baumel. Pour le syndicat CFE-CGC, les propos sur le statut des fonctionnaires sont "indignes d'un ministre", c'est "de la provocation gratuite". A l'UNSA, on s'interroge: "Y a-t-il deux discours au gouvernement?", celui "officiel" de la ministre Marylise Lebranchu et celui du ministre de l'Economie? "On ne s'y prendrait pasautrement pour torpiller" les négociations en cours sur les carrières des fonctionnaires, selon le syndicaliste Guy Barbier.

A droite enfin, on est circonspect face aux propos d'Emmanuel Macron, accusé par le porte-parole LR Sébastien Huyghe de "braconner des idées à droite avant de toujours rétropédaler". Ce que ce dernier a bien fait, pour tenter d'éteindre la polémique: "_A aucun moment je n'ai parlé d'une réforme du statut de la fonction _publique que le gouvernement envisagerait", déclare-t'il à l'AFP, accusant les journalistes qui l'ont cité d'avoir donné "une vision déformée" de ses propos.