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Gérald Darmanin et Eric Dupond-Moretti : pourquoi leurs nominations au gouvernement indignent

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Par , France Bleu

Leur nomination fait grincer des dents : Gérald Darmanin et Eric Dupond-Moretti, respectivement nouveaux ministres de l’Intérieur et de la Justice, ne sont pas particulièrement connus pour leur prise de position féministes. Un euphémisme.

Action de militantes Femen devant l'Elysée ce mardi, après la nomination de Gérald Darmanin et d'Eric Dupond-Moretti au gouvernement.
Action de militantes Femen devant l'Elysée ce mardi, après la nomination de Gérald Darmanin et d'Eric Dupond-Moretti au gouvernement. © Maxppp - Alexis Sciard

L’égalité entre les femmes et les hommes, déclarée grande cause du quinquennat d’Emmanuel Macron, aurait-elle du plomb dans l’aile ? Depuis ce lundi, de nombreuses voix s’insurgent contre la nomination de Gérald Darmanin comme nouveau ministre l’Intérieur et d’Eric Dupond-Moretti comme garde des Sceaux.

Selon Laurence Rossignol, ancienne ministre déléguée à la Famille, à l'enfance et aux droits des femmes, il s’agit même d’"une formidable claque qu'Emmanuel Macron lance au visage de toutes celles et ceux qui se sont mobilisés contre les violences sexuelles et sexistes". 

"Ce gouvernement est très inquiétant du point de vue de ce qui était supposé être la grande cause du quinquennat, la question des droits des femmes et de l'égalité", a estimé sur franceinfo l'ancienne ministre socialiste. Celle qui est désormais sénatrice socialiste de l’Oise et présidente de l'Assemblée des Femmes assure que ces nominations sont "un très gros problème, parce qu'a minima ces deux hommes n'ont aucun engagement sur ces sujets".

Le premier flic de France visé par une enquête pour viol

A minima, en effet. Le premier, ancien ministre de l’Action et des Comptes Publics, aujourd’hui premier flic de France en lieu et place de Christophe Castaner, est toujours visé par une enquête pour viol, harcèlement sexuel et abus de confiance. Sophie Patterson-Spatz accuse Gérald Darmanin de l'avoir violée en 2009, alors qu'il était chargé de mission au service des affaires juridiques de l'UMP. Elle avait accusé le ministre de lui avoir fait miroiter son aide en échange de faveurs sexuelles.

Les investigations sont toujours en cours. Et si un non-lieu a bien été prononcé en 2018 dans cette affaire, en 2019 la Cour de cassation avait finalement ordonné à la chambre d'instruction de la cour d'appel de Paris de réexaminer la validité de ce non-lieu. La cour d'appel de Paris a ordonné la reprise des investigations le 9 juin dernier. Lors d'une audition libre, Gérald Darmanin avait confirmé avoir eu une relation sexuelle avec Sophie Patterson-Spatz, mais selon lui librement consentie et à l'initiative de la plaignante. 

Si Laurence Rossignol assure ne pas "préjuger" "des affaires judiciaires de M. Darmanin", elle note que le nouveau ministre de l’Intérieur a par "deux fois" été "mis en cause" pour "un échange de faveurs sexuelles contre une intervention par un homme de pouvoir". Gérald Darmanin avait par en effet déjà été été accusé d'abus de faiblesse par une habitante de Tourcoing. Elle avait affirmé s’être "sentie obligée" d’avoir des relations sexuelles avec celui qui était à l’époque maire de la ville, en 2015, en échange d’un logement et d'un emploi. Ni l'absence de consentement de la plaignante, ni l'existence de violence ou de contrainte n’ont été établis. 

A ma connaissance, c’est du jamais vu en France

"Cette nomination, c’est un choc", a réagi ce mardi sur Europe 1 Me Elodie Tuaillon-Hibon, l’avocate de Sophie Patterson-Spatz. "A ma connaissance, c’est du jamais vu en France, déplore-t-elle. Nous nous demandons comment ça va se passer lorsque le premier flic de France [sera] interrogé dans le bureau d’un magistrat instructeur alors qu’il est en exercice." Techniquement, le nouveau ministre de l’Intérieur est effectivement désormais à la tête des services qui vont mener les investigations dans cette affaire. 

Sandrine Rousseau, ex-secrétaire nationale adjointe d'EELV, fondatrice de l’association "Parler", qui avait porté plainte en 2017 contre l'ex-député écologiste Denis Baupin pour agression sexuelle (des faits non poursuivis car prescrits), pointe des risques de "conflits d'intérêts" : "Il y a une enquête en cours, il n'est pas mis en examen, donc il y a la présomption d'innocence", mais "cette plainte pour viol va devoir être instruite par des policiers". Or, "le chef des policiers, c'est Gérald Darmanin", a souligné l'ancienne responsable EELV. "Il y a quand même un conflit d'intérêts qu'il s'agirait de lever pour rassurer tout le monde."

Interpellé sur la question, l'entourage du Président assure que la plainte pour viol visant Gérald Darmanin semble évoluer "dans le bon sens" et cette plainte "n'a pas fait obstacle" à la promotion d'un ministre qui "aspirait à plus".

Les prises de position anti-féministes du nouveau garde des Sceaux

Eric Dupond-Moretti, "n'a jamais caché son aversion pour tout ce qui est le mouvement MeToo, la loi sur le harcèlement de rue", souligne l'ancienne ministre déléguée aux Droits des femmes Laurence Rossignol. "Quel désaveu pour Marlène Schiappa, qui a fait voter la Loi sur le harcèlement de rue de que de voir un ministre de la Justice qui a clairement dit tout le mépris qu'il avait pour ce qui était une avancée", dénonce-t-elle. 

L’avocat pénaliste s’est en effet positionné contre le délit d'outrage sexiste. "A mon époque, quand une fille refusait vos avances, on appelait ça un râteau, de nos jours on appelle ça un délit", avait-il argumenté dans un entretien au magasine GQ en 2019. Que l’Etat s’en mêle, "on déconne complètement."

Le nouveau garde des sceaux a tenu d’autres propos qui lui ont valu des critiques. Si certains de ces propos visaient à défendre ses clients, d’autres ont été tenus loin des tribunaux. Il avait ainsi qualifié l’histoire du Carlton, en 2015, "d'une affaire de copains qui s'offrent du bon temps". En 2018, dans l’émission "C à vous", il prend la défense du chanteur Bertrand Cantat, qui a "purgé sa peine". En 2019, l’avocat s’exprime sur le mouvement #MeToo : s’il a permis selon lui de "libérer la parole et c’est très bien", il évoque aussi "des 'follasses' qui racontent des conneries".

Lors de sa prise de fonction, ce mardi, la désormais ex-ministre de la Justice, Nicole Belloubet, s’est permis une allusion discrète mais appuyée : "Il faut continuer" la lutte contre les violences faites aux femmes, "c'est un enjeu majeur de nos sociétés", a-t-elle demandé à son successeur en lui passant le pouvoir au ministère de la Justice.

Le "remaniement de la honte" ? 

Ces nominations ne manquent en tout cas pas de faire réagir. Une vingtaine de militantes féministes se sont rassemblées ce mardi non loin du ministère de l'Intérieur, scandant : "Un violeur à l'Intérieur, un complice à la Justice" pendant la passation de pouvoir entre Christophe Castaner et Gérald Darmanin. Des militantes rapidement stoppées par les forces de l’ordre."Ce remaniement montre bien que nous ne sommes pas entendues, pas crues. La promotion de Gérald Darmanin est une blague... Cela suscite tellement de colère, de désespoir que nous poursuivrons nos actions", a déclaré à l'AFP Tiphaine, une militante.

Ce remaniement montre bien que nous ne sommes pas entendues, pas crues

Trois militantes du mouvement FEMEN ont également mené une action devant l'Elysée quelques minutes avant le premier Conseil des ministres du nouveau gouvernement,  au cri de "remaniement sexiste, réponse extrémiste". Les trois femmes ont là aussi rapidement été interpellées par des policiers.

Eric Dupond-Moretti est "connu pour ses attaques contre les prises de paroles de femmes victimes de violences", dénonce le collectif Nous Toutes dans un communiqué. "Emmanuel Macron a sonné le glas de sa soi-disante grande cause du quinquennat", déplorent les féministes.

Pour Nous Toutes, Emmanuel Macron "adresse un message fort et violent à l'ensemble de la société et aux femmes victimes : il délégitime la parole de toutes celles qui ont eu la force et le courage de parler des violences subies, il s’inscrit dans la culture du viol, en nommant un homme accusé de viol à de hautes fonctions. Ce choix maintient la chape de silence et de honte qui pèse sur les victimes. Et ce faisant, il laisse perdurer les violences sexistes et sexuelles au sein de la société, et il renforce les messages de haine, de discrimination et de mépris à l’égard des personnes LGBT". Gérald Darmanin avait en effet défilé avec La Manif pour tous contre l'ouverture du mariage aux couples homosexuels.

Ce choix maintient la chape de silence et de honte qui pèse sur les victimes.

"La grande cause du quinquennat n'a jamais été plus insultée, méprisée et moquée", a réagi de son côté Osez le féminisme. L’association dénonce une "impunité totale" après la nomination de Gérald Darmanin. "Si les femmes ne peuvent avoir confiance ni en la police, ni en la justice, la société les renvoie au silence et les condamne à subir les violences masculines ! Cette société organise l'impunité des agresseurs", a-t-elle critiqué, exigeant la démission des deux nouveaux ministres. 

Selon l’association, "la culture du viol alimente la plaidoirie" du nouveau garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti. Il "accuse les victimes d'être consentantes", dénonce Osez le féminisme. "Que dire aux 225.000 femmes victimes de violence par an ?!", a abondé dans un tweet Eric Piolle, le maire écologiste de Grenoble.

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