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Politique

Guy Deballe, itinéraire d'un militant, du PS au Front national

dimanche 8 novembre 2015 à 16:45 Par Sylvain Tronchet, France Bleu Paris

Un ancien militant socialiste bien connu dans le 20e arrondissement de Paris sera numéro 3 sur la liste FN aux régionales dans la capitale. Guy Deballe, 42 ans, est un de ces "transfuges" qui choisissent le parti de Marine Le Pen. Choix de convictions ou opportunisme ? Nous l'avons rencontré.

Guy Deballe est en 3e position sur la liste FN aux régionales à Paris
Guy Deballe est en 3e position sur la liste FN aux régionales à Paris © Radio France - Sylvain Tronchet

Paris, France

En mars dernier, il était encore membre de la section du parti socialiste du 20e arrondissement. En décembre, il sera peut être conseiller régional Front National d'Île-de-France. La troisième place qu'il occupe sur la liste parisienne est potentiellement éligible. Guy Deballe sait qu'il vient de jeter une nouvelle passerelle entre le FN et les autres partis politiques. Les "transferts" d'anciens encartés UMP vers le parti frontiste (Sébastien Chenu, Philippe Martel...) n'étonnent plus personne. Il y a même eu des précédents en provenance de l'extrême gauche et du milieu syndical. Aurélien Legrand (ex-militant NPA) le directeur de campagne de Wallerand de Saint-Just, et Dominique Bourse-Provence (ex-CFDT), tête de liste dans le Val-de-Marne, sont engagés dans cette campagne aux côtés de Guy Deballe. Mais les passages du PS vers le FN restent rarissimes, et encore peu visibles.

"L'enjeu des années à venir, c'est la souveraineté"

Guy Deballe : "il y a un véritable réveil d'un très grand nombre de Français"

Ce Parisien de 42 ans, cadre dans une grande entreprise du secteur privé, raconte qu'il a commencé à se rapprocher du Parti socialiste en 2002, "choqué, comme d'autres Français par la présence de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de la présidentielle." C'est en 2005 qu'il prend sa carte. A l'époque, il milite pour le "non" au référendum sur la constitution européenne. C'est précisément la question du positionnement du PS vis à vis de l'Europe qui le pousse à claquer la porte aujourd'hui. "Pour moi, l'enjeu des années à venir est la question de la souveraineté et de l'indépendance", raconte-t-il pour justifier son divorce avec un "PS devenu totalement fédéraliste". Pour lui, "seule Marine Le Pen a la dimension pour mener ce difficile combat contre la perte d'indépendance de la France". Ce catholique raconte aussi qu'il s'est senti mal à l'aise au moment du débat sur la mariage pour tous. "Au sein du PS, le débat était impossible. On avait le choix entre être pour et être homophobe."

Contrairement à d'autres militants qui racontent que le FN les a approché pour les débaucher, Guy Deballe affirme qu'il a pris contact directement avec Wallerand de Saint-Just, leader du parti à Paris, reconnaissant lui même que ce n'était pas a priori évident. "C'était quand même le parti que j'avais combattu pendant des années, mais je voyais aussi que, sous la houlette de Marine Le Pen et Florian Philippot il y avait une vraie volonté de changement." Huit mois après ce premier contact, le voilà en position éligible sur la liste parisienne du parti aux régionales. "Je n'ai rien sollicité", affirme-t-il. "J'ai juste envoyé des notes stratégiques, raconte ce diplômé en sciences politiques, et mon travail a été apprécié".

"Il a fait un calcul de rentabilité" Frédérique Calandra, maire PS du 20e arrondissement de Paris

Pas carriériste Guy Deballe ? Ce n'est pas vraiment l'avis de Frédérique Calandra, la maire PS du 20e arrondissement de Paris. Guy Deballe était sur sa liste en 2007. Mais plus en 2012 suite au processus de désignation interne du parti. Pour elle, Guy Deballe a fait "un calcul de rentabilité". Frédérique Calandra n'est "pas étonnée de le retrouver là" explique-t-elle. "Il est à l'opposé de ce qu'il prône. Il n'avait qu'une seule obsession, c'est d'être élu, et n'y est jamais parvenu. Lorsqu'il est arrivé chez nous, il se disait fabiusien et il a fini sur la motion B (la plus à gauche) lors du dernier congrès, avant de partir vers le Front National". A la section PS du 20e arrondissement on suggère aussi que le militant Guy Deballe n'était pas vraiment "de ceux qui mouillaient la chemise".

"Il m'a répondu, vous êtes Français, le reste on s'en fout"

Guy Deballe : "je suis noir un homme comme moi a-t-il sa place parmi vous ?"

De ses rapports avec ses anciens camarades, Guy Deballe n'aime pas parler. Tout juste concède-t-il que le dernier tractage de campagne sur un marché du 20e arrondissement a été "tendu" lorsque les militants FN ont croisé leurs homologues du PS. Des deux côtés, on confirme qu'on n'est pas passé loin de l'affrontement physique. On aurait bien aimé savoir aussi comment ses proches, sa famille, son père, immigré centrafricain, ont réagi quand ils ont appris qu'il faisait campagne sous la bannière du FN. On ne le saura pas. Mais on lui a quand même demandé -comme beaucoup- s'il n'avait pas l'impression d'être la "caution black" d'un parti qui tente actuellement de se rapprocher des Français d'origine étrangère, en témoigne son dernier tract à destination des musulmans. "Quand j'ai vu Wallerand de Saint-Just, je lui ai dit, voilà, je suis noir, est-ce qu'un homme comme moi à sa place dans votre parti ? raconte-t-il. Il m'a répondu : vous êtes Français, le reste on s'en fout."

Guy Deballe serait donc l'un de ces nouveaux visages d'un FN en pleine mutation. En pleine crise de croissance aussi, les "errances"sur les réseaux sociaux maintes fois dénoncées de ses candidats aux dernières élections en témoignent. Si certains ont été exclus du mouvement, d'autres, comme François Helie en Essonne y militent toujours. Mais Guy Deballe en est persuadé. Il "a sa place" au sein du mouvement. Sur les listes FN pour les élections régionales, publiées ce lundi, c'est incontestable. Elle est même éligible.

Retrouvez le parcours de Guy Deballe et toute l'actualité des élections régionales en Ile de France dans "Carnet de campagne", du lundi au vendredi jusqu'au 11 décembre à 7h50 et 9h00 sur France Bleu 107.1.