Politique

Hamon / Valls : quel programme pour quel candidat ?

Par Marina Cabiten, France Bleu lundi 23 janvier 2017 à 17:33 Mis à jour le mercredi 25 janvier 2017 à 14:22

Benoît Hamon et Manuel Valls s'affronteront dimanche 29 janvier au second tour de la primaire de gauche
Benoît Hamon et Manuel Valls s'affronteront dimanche 29 janvier au second tour de la primaire de gauche © AFP - Joël Saget

Benoît Hamon ou Manuel Valls ? Les deux hommes s'affronteront dimanche au second tour de la primaire de la gauche. Ils incarnent deux visions au sein du PS, avec des programmes nettement différents.

Benoît Hamon et Manuel Valls, représentant chacun un courant du parti socialiste, ont entamé lundi leur semaine de campagne d'entre-deux-tours. "Il y a un message assez clair qui a été passé hier, à la fois parce que les électeurs m'ont placé en tête (...) et parce qu'ils ont donné aussi un score important à Arnaud Montebourg : cela veut dire que la volonté de tourner la page est claire", a estimé Benoît Hamon lundi sur France inter. A l'inverse, Manuel Valls a estimé que Benoît Hamon représente les "promesses irréalisables" et lui "la gauche crédible".

Voici les nombreux sujets sur lesquels les deux hommes s'opposent dans leurs programmes de candidats à la Présidentielle.

Économie et social

La mesure emblématique de Benoît Hamon est le revenu universel d'existence, avec dans un premier temps une augmentation de 10% du RSA en 2017. Il atteindrait ainsi 600€ et serait versé à tous les ayants droit et tous les jeunes de 18 à 25 ans. Puis il serait étendu à terme à toute la population, à hauteur de 750 euros. Irréalisable et surtout trop cher pour Manuel Valls, qui qualifie Benoît Hamon d'utopiste. L'ancien Premier ministre souhaite lui créer un revenu décent en fusionnant les minima sociaux, et l'ouvrir aux 18-25 ans.

Benoît Hamon veut abroger la loi Travail contre laquelle il s'était opposé. Pas question pour Manuel Valls, qui avait fait passer cette loi à coups de 49-3 lorsqu'il était Premier ministre. Benoît Hamon veut réduire le temps de travail et créer un droit inconditionnel au temps partiel, Manuel Valls veut défiscaliser les heures supplémentaires. Benoît Hamon promet de revaloriser le SMIC de 10%, Manuel Valls préférerait revaloriser les petites retraites.

Côté entreprises, les visions sont aussi nettement différentes. Benoît Hamon est plutôt dans une logique d'encadrement des entreprises (modulation de l'impôt sur les sociétés en fonction de la part de bénéfices réinvestis, conditionner les baisses de charges à des embauches ou des investissements, encadrer les salaires des dirigeants, renforcer la lutte contre l'évasion fiscale). Il propose également la création d'une taxe sur les robots "intelligents", qui remplacent certains salariés. Manuel Valls propose plutôt d'aider les entrepreneurs (réserver aux PME une part significative de la commande publique, accompagner les créateurs d'entreprise ou faciliter l'accès au crédit).

Société, famille, éducation

Les deux candidats sont en faveur de la création d'un service public de la petite enfance, et d'une réforme de la formation continue des enseignants. Mais alors que Benoît Hamon promet de recruter 40.000 enseignants s'il est élu, Manuel Valls propose uniquement de revaloriser les salaires (ce que propose aussi Benoit Hamon). L'ancien Premier ministre aimerait rendre le service civique obligatoire, Benoît Hamon envisage seulement de l'étendre aux collégiens. En revanche, l'ancien ministre de l'Éducation nationale propose de rendre obligatoire la scolarité dès 3 ans, et d'instaurer aussi un service public de l'aide aux devoirs.

Benoît Hamon est favorable à l'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes, Manuel Valls commencerait par lancer un débat sur ce sujet. Les deux candidats sont d'ailleurs en faveur de davantage de recours au référendum.

Santé, environnement

À chacun sa proposition pour lutter contre les déserts médicaux : retirer le conventionnement à certains médecins dans les zones où ils sont trop nombreux pour Benoît Hamon, limiter la liberté d'installation pour Manuel Valls. Sur l'euthanasie, Benoît Hamon veut autoriser l'aide médicale à mourir pour les malades incurables. Manuel Valls souhaite pour sa part aller plus loin que la loi actuelle, sans autre précision.

Leur plus gros point de discorde est le cannabis : Benoît Hamon propose de le légaliser, il n'en est pas question pour Manuel Valls.

Concernant l'environnement, Benoît Hamon est contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, Manuel Valls est pour. Ce dernier est contre la fiscalité écologique que défend Benoît Hamon. Mais les deux hommes sont d'accord pour maintenir l'interdiction de l'exploitation des gaz de schistes. Idem pour la volonté partagée de réduire la dépendance au nucléaire (en passant de 75% aujourd'hui à 50% d'ici 2025), même si pour Manuel Valls ce n'est pas une priorité.

Sécurité, immigration

Sur ces deux points encore, des divergences symboliquement fortes. Manuel Valls veut plus de places de prison là où Benoît Hamon préfère chercher d'autres solutions que l'incarcération, même si tous deux entendent recruter policiers et gendarmes. Ils sont aussi au diapason sur l'augmentation du budget de la Défense.

Il faut accueillir davantage de réfugiés pour Benoît Hamon mais pas pour Manuel Valls, qui contrairement à son concurrent n'accorderait pas le droit de vote aux étrangers pour les élections locales.

Institutions

Sur la réforme des institutions, Benoît Hamon souhaite revenir au septennat pour le Président de la République, mais n'autorise qu'un mandat. Il promet d'introduireune dose de proportionnelle à l'Assemblée. L'ancien Premier ministre axe son programme sur la réduction du nombre de députés et sénateurs, et sur l'inscription de la laïcité dans la Constitution.

Europe

Sur le plan européen encore, les philosophies s'opposent. Alors que Benoît Hamon remet en cause les règles budgétaires de l'UE et souhaite un moratoire, Manuel Valls entend seulement respecter ces règles et notamment le fameux "moins de 3% de déficit". Benoît Hamon est opposé à la ratification du CETA, un accord de libre-échange controversé entre l'Europe et le Canada. Manuel Valls y est favorable.

Les programmes des deux candidats comparés. - Visactu
Les programmes des deux candidats comparés. © Visactu -