Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour
Politique DOSSIER : Mouvement des "gilets jaunes"

INTERVIEW - François Ruffin à Dijon pour présenter "J'veux du soleil", son film sur les "gilets jaunes"

vendredi 29 mars 2019 à 6:00 Par Alexandre Berthaud, France Bleu Bourgogne et France Bleu

Le député de la France Insoumise, ancien rédacteur en chef de Fakir, déjà réalisateur de "Merci Patron !" a tourné un film en six jours, un tour de France des gilets jaunes qu'il a baptisé "J'veux du soleil". Interview complète !

François Ruffin prendra la parole avant son film, comme il l'avait fait ici à Perpignan
François Ruffin prendra la parole avant son film, comme il l'avait fait ici à Perpignan - PHOTOPQR/L'INDEPENDANT/MAXPPP

Dijon, France

Le député de la France Insoumise, ancien rédacteur en chef de Fakir, déjà réalisateur de "Merci Patron !" a tourné un film en six jours, un tour de France des "gilets jaunes" qu'il a baptisé "J'veux du soleil". Nous avons pu joindre le député de Picardie et lui poser nos questions. Pourquoi ce film ? Quel regard a-t-il sur la suite du mouvement ? Est-ce vraiment son rôle de député ? Est-ce que cela cache une ambition politique ? Il répond en longueur, c'est à écouter ci-dessous.

Interview de François Ruffin à propos de son film "j'veux du soleil", témoignages de gilets jaunes

Qu'est-ce qui vous fascine dans le mouvement des "gilets jaunes" ?

François Ruffin. "C'est un mouvement que j'attends depuis vingt ans. Mais c'est pas un film uniquement là-dessus, c'est un film sur des hommes et des femmes qui, à un moment, ont revêtu le gilet jaune. Je suis reporter à Amiens dans mon coin et ça fait vingt ans que ces personnes je les entends. Mais c'est en chuchotant. C'est dans le silence de leur appartement qu'elles me parlent de leur frigo trop vide, de leur difficulté à mettre les enfants au centre de vacances, ou à leur payer des marques pour ne pas qu'on se moque d'eux à l'école, mais c'est avec honte ! Parfois je dis, les pauvres se cachent pour souffrir.  Là, on est dans ce temps, le 17 novembre, où ceux qui étaient les plus invisibles, sont devenus les plus visibles, (...) ceux qui étaient muets sont devenus bavards, et surtout, ceux qui étaient les plus résignés, accablés par le fatalisme, se sont remis à espérer. L’espérance, c'est pas rien.... (...) Le 17 novembre a été un moment d’espérance." 

C'est un mouvement qui a eu du mal à se donner des leaders, est-ce que vous n'êtes pas accusé, par certains lorsque vous allez présenter votre film, de récupération ?

François Ruffin. "Pas du tout, pour l'instant pas. C'est parfois une bonne chose que des mouvements n'aient pas de leaders. Ce que ressentent les gilets jaunes qui assistent au film, c'est une fierté. Quand, constamment, on leur dit que c'est un mouvement de casseurs, de violents, d'extrémistes, de se voir beau à l'écran... C'est une sorte de beauté inversée ! Parce qu'honnêtement, il n'y a rien de plus moche qu'un gilet jaune. Mais simplement le fait qu'il soit décoré, qu'il y ait des licornes, ça transforme ce qui était quelque chose de pas très beau, en quelque chose de beau. (...) C'est aussi un film sur la beauté. (...) Je ne suis pas là comme député, mais comme artiste, je le revendique. Je viens apporter de l'émotion pour qu'ils ressortent du cinéma gonflés d'humanité. C'est un film d'amour finalement, d'amour de gens que je croise depuis vingt ans et je viens leur dire qu'ils sont beaux".

Vous dites que vous l'avez tourné comme artiste, mais vous l'avez quand même tourné et monté sur votre temps de député ce film

François Ruffin. "Député c'est un mandat, moi mon mandat c'est d'être représentant de la Nation et en particulier de représenter les plus invisibles d'entre eux. Qui on voit dans le film ? (...) Des gens que d'habitude on ne voit pas. Et le tournage a été extrêmement rapide puisqu'on a tourné en six jours. C'est un road movie, une traversée de la France à la mi-décembre".

Comment avez-vous choisi les gens à qui vous avez donné la parole ?

François Ruffin. "C'est des gens qui ont accepté de livrer une partie de leur intimité. On fait un film sur des existences. Des fois, il y a le contact, la relation qui s'établit, il y a même de l'émotion entre les personnes et puis nous. Dans ces instants, les gens nous voient débarquer et ils nous livrent quelque chose d'eux-mêmes. Et on reste pas sur les ronds-points puisqu'on va retrouver les personnes chez elles. Parce que les gens ne parlent pas de la même manière lorsqu'ils sont sur un rond-point, debout, dans le froid, à se réchauffer les mains, au milieu d'autres personnes; que lorsqu'on les retrouve dans leur cuisine, et là ils viennent livrer quelque chose sur leur famille, comment ils se nourrissent, comment ils font avec leurs enfants etc... . On est dans cette démarche là de se demander qu'est-ce qui fait sortir les gens de chez eux ? On a évité par exemple les porte-paroles, car ils ont un programme et ce n'est pas ça qu'on voulait. C'est peut-être très utile politiquement, mais cinématographiquement, artistiquement et émotionnellement, ce n'est pas bon".

Vous avez laissé de côté volontairement les manifestations et les débordements qu'elles ont parfois engendré ?

François Ruffin. "Oui ! Le 17 novembre, je fais le tour des ronds-points de ma circonscription (...), je suis en Harley-Davidson car les routes sont bloquées et c'est une journée extraordinaire !! Et quand je rentre le soir, j'écoute France Inter parce que c'est ma radio, et sur quoi je tombe ? Sur des heurts à la Concorde*, c'est-à-dire que même quand on a un mouvement périphérique dans toutes les provinces françaises, ce sur quoi se focalisent les médias, c'est ce qui se passe à Paris, Paris, Paris. Et donc c'est vrai qu'on fait un film sans Paris".

*[NDLR, pas exactement... Écoutez le journal de 19h00 du 17 novembre 2018 sur France Inter]

Mais il y a eu des débordements ailleurs qu'à Paris...

François Ruffin. "Oui... Enfin... centralement, c'est à Paris. Mais ce à quoi je suis attaché, ce qui m'a paru le plus original dans ce mouvement, c'est le phénomène rond-point. C'était la première fois que ça arrivait, et j'espère que ça va resurgir. (...) Le rond-point, c'est aussi le lieu où se retissait le lien social : où les gens viennent, pas seulement pour revendiquer, mais pour partager un café, donner des nouvelles des enfants... Et le gouvernement a fait le choix de venir avec des gendarmes, des matraques et des bulldozers détruire les cabanes des pauvres, le lieu où se retissait le lien. Donc, il y a des gens qui ont quitté le mouvement, mais il y en a plein d'autres qui sont aussi devenus plus déterminés et se sont mis à manifester".

Il y a de moins en moins de monde qui se mobilise, est-ce que ce n'est pas une douce illusion, comme a pu l'être le mouvement Nuit Debout ?

François Ruffin. "Non, ça n'est pas une douce illusion. Déjà, les gilets jaunes, ils ont remporté des victoires. Ils ont fait mettre un genou à terre au président, c'est pas tous les jours que ça arrive. Le budget 2019 a pris le mouvement des "gilets jaunes" en compte, il n'est pas le même (...). Et puis, ils ont semé, il n'est pas dit ce qui se passera ce printemps. Le grand débat s'enlise, le numéro d'enfumage, on voit bien que ça prend pas. On se demande si une décision va en sortir. La messe n'est pas dite (...). Les grandes grèves de 1995 ont donné l'élection de Jospin en 1997. Donc ça nourrit dans la durée."

François Ruffin, est-ce que se rapprocher des gens comme cela, c'est le début d'une ambition plus haute que celle d'un député ?

François Ruffin. "J'ai fait ça pendant sept ans, reporter à 'Là-bas si j'y suis' sur France Inter. Ce qui serait le plus navrant pour moi, ce serait rester enfermé à l'assemblée et dans l'hémicycle car je n'aurais plus rien à apporter à la vie démocratique française. Si jamais je ne ramène pas les visages des Katia, des Cindy, des Marie, je n'ai plus rien à apporter. Donc je suis là pour faire remonter les paroles, les visages, les envies, les espoirs, les tristesses des gens d'en bas quoi ! Ici [à l'Assemblée Nationale NDLR], c'est un microcosme qui vit dans une bulle éloignée de tout ça. Donc s'il n'y a pas des gens qui, comme moi, font le va-et-vient entre le haut et le bas, entre la Province et la capitale économique, il n'y a personne. Voilà ma mission au présent."

Vous n'avez pas envie de la porter plus haut cette parole des gens d'en bas ?

François Ruffin. "J'ai envie de la porter plus haut, mais pas forcément en m'enfermant à l'Élysée, c'est pas un truc qui me fait kiffer. J'ai envie qu'il y ait des progressistes qui arrivent au pouvoir et qui mènent une politique en faveur des gens plutôt que de l'argent, ça c'est sûr et certain ! Maintenant, je pense que je suis bien plus tuile à réveiller les cœurs, à encourager à Dijon ce soir, mais sinon à Clermont-Ferrand et ainsi de suite et à donner envie aux gens. J'espère que, par ce que je fais à l'assemblée Nationale ou à l'extérieur, je produis une phénomène de contagion et qu'il y a des tas de gens qui se disent 'mais bon sang, si lui le fait -ça paraît un type normal- pourquoi on ne le ferait pas?'."

Infos pratiques

  • François Ruffin présente son film "J'veux du soleil" ce vendredi, à 20 heures, au cinéma Eldorado de Dijon, 21 Rue Alfred de Musset.
  • La présentation sera précédée d'une prise de parole à la bourse du travail, 17 Rue du Transvaal.