Politique

Jean-David Ciot va exercer un "droit de retrait" si Benoît Hamon ne montre pas "des signes de rassemblement"

Par Charlotte Coutard, France Bleu Provence lundi 30 janvier 2017 à 11:16

Jean-David Ciot, député et premier secrétaire de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône.
Jean-David Ciot, député et premier secrétaire de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône. © Maxppp - Vincent Isore/IP3

Benoît Hamon sera donc le candidat du Parti socialiste à la présidentielle. Il a remporté la primaire de la gauche face à Manuel Valls. Une déception pour Jean-David Ciot, député et premier secrétaire de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône.

À la fin, il n’en reste plus qu’un, et c’est Benoît Hamon. Il a remporté ce dimanche la primaire de la gauche avec 59% des voix, contre 41% pour Manuel Valls. Un peu plus de 2 millions de personnes ont voté, c’est plus qu’au premier tour, avec 1,66 millions de votants.

Pour en parler, Jean-David Ciot, député et premier secrétaire de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône, était l’invité de France Bleu Provence ce lundi.

Interview

France Bleu Provence : Vous souteniez Manuel Valls. Ce résultat est donc une déception ?

Jean-David Ciot : Je suis déçu, parce que ce n’est pas ma ligne politique. Maintenant il faut que le candidat trouve les voix pour rassembler toute la gauche, et notamment celle qui n’a pas voté.

"À force de se radicaliser, le risque est de ne pas être au second tour de l’élection présidentielle."

FBP : La victoire de Benoît Hamon est indiscutable. Le Parti socialiste doit se rassembler et soutenir le frondeur Benoît Hamon ?

JDC : Je regarderai quand même ce que dit Benoît Hamon. Je n’ai pas voté pour un Parti socialiste qui court après l’extrême gauche et qui se radicalise. Nos électeurs sont partis un peu à droite et à gauche. Maintenant le vrai travail commence, et c’est le plus compliqué. Ça l'aurait été également pour Manuel Valls. C’est de rassembler à la fois les écologistes sur la question de la transition écologique et une partie de la gauche qui est partie autour d’Emmanuel Macron. Et de discuter avec Emmanuel Macron. À force de se radicaliser, le risque est de ne pas être au second tour de l’élection présidentielle.

FBP : Vous faites partie des députés qui ont évoqué un droit de retrait en cas de victoire de Benoît Hamon. Qu’allez-vous faire ? Lui nuire ? Faire campagne contre lui ?

JDC : Moi je ne ferai campagne contre personne, moi je fais campagne pour éviter que la gauche soit absente du deuxième tour. Avec ce droit de retrait, je me concentre sur ma campagne des élections législatives, pour faire en sorte qu’aux législatives, comme à la présidentielle, il ne puisse pas y avoir le choix entre la droite et l’extrême droite. J’ai vécu ça pendant les régionales : j’ai été obligé d’appeler à voter pour Christian Estrosi contre Marion Maréchal-Le Pen et je ne veux pas avoir à choisir entre François Fillon, une droite un peu décadente aujourd’hui, et une extrême droite qui est le déclin de la France.

"Il a extrêmement radicalisé son discours pendant la campagne : il y avait une primaire à gagner, mais maintenant il faut rassembler les Français et la gauche."

FBP : Vous n’allez pas faire campagne pour Benoît Hamon ?

JDC : Benoît Hamon est dans une situation où il faut qu’il arrive à montrer des signes pour rassembler tout le monde. Il a gagné, c’est à lui maintenant de savoir comment on fait qu’on puisse gagner la présidentielle, il doit donner des signes de rassemblement. Il a extrêmement radicalisé son discours pendant la campagne : il y avait une primaire à gagner, mais maintenant il faut rassembler les Français et la gauche. La partie est extrêmement difficile, mais elle aurait été difficile pour tous les candidats du Parti socialiste.

FBP : Benoît Hamon doit-il adapter son programme et inclure des propositions de Manuel Valls ?

JDC : Oui, on ne pourra pas y aller en se radicalisant complètement à gauche, sinon on ne sera pas crédible vis-à-vis des Français pour demain gérer ce pays.

"Le fait qu’il y ait trois candidats à gauche empêche la gauche d’être au deuxième tour. Il faudra en tirer toutes les leçons."

FBP : Le député-maire de Forcalquier et soutien d’Emmanuel Macron Christophe Castaner a appelé sur France Bleu Provence à un désistement du vainqueur de la primaire de la gauche au profit d'Emmanuel Macron. Ça vous fait rire ?

JDC : La question ce n’est pas de savoir s’il y aura des petits arrangements entre appareils politiques. La question sera de savoir quel est celui qui peut porter une aspiration à être au deuxième tour. La question se posera pour Emmanuel Macron, pour Jean-Luc Mélenchon aussi, elle pourra se poser pour nous. Celui qui est en capacité d’être au deuxième tour et de gagner la présidentielle devra rassembler, et les autres devront faire un geste. Le fait qu’il y ait trois candidats à gauche empêche la gauche d’être au deuxième tour. Il faudra en tirer toutes les leçons.

FBP : Vous pourriez rejoindre Emmanuel Macron ?

JDC : Moi je pourrai me mettre derrière celui qui est en capacité de gagner, sur une ligne qui permet à la France de se rassembler, et d’aller vers une victoire de la gauche. Si ça doit être Emmanuel Macron, je n’ai aucune difficulté avec Emmanuel Macron.

"Je ne souhaite pas que le candidat de la gauche soit quatrième ou cinquième. Je souhaite qu’il soit deuxième ou premier et qu’il gagne."

FBP : Mais vous avez signé une charte de l’unité pour la primaire de la gauche. Normalement c’est l’unité derrière le vainqueur ?

JDC : J’ai signé une charte de l’unité en votant, mais je ne souhaite pas que le candidat de la gauche soit quatrième ou cinquième, je souhaite qu’il soit deuxième ou premier et qu’il gagne la présidentielle.

FBP : Selon un sondage Kantar Sofres, François Fillon et Emmanuel Macron se disputeraient la deuxième place derrière Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle. Benoît Hamon serait quatrième. Emmanuel Macron vous fait peur ? C'est lui le principal adversaire du Parti Socialiste ?

JDC : Il faut quand même laisser le paysage politique s’installer. Il ne faut pas non plus que les électeurs de gauche fuient le rassemblement qui pourrait se produire soit derrière le candidat socialiste Benoît Hamon, soit derrière Emmanuel Macron. Il faut qu’on puisse rassembler. Et le discours de rassemblement doit se trouver sur une ligne politique claire, et portée par les Français.