Politique

Jean-Paul Alduy : "L'agglo n'est pas le navire amiral d'un parti"

Par Elisabeth Badinier, France Bleu Roussillon jeudi 3 avril 2014 à 11:54

Jean-Paul Alduy en 2011
Jean-Paul Alduy en 2011 © MaxPPP

Jean-Paul Alduy ne cache pas sa colère et sa déception après l'annonce de la candidature de Jean-Marc Pujol à la présidence de l'agglomération Perpignan-Méditerranée. Celui qui va laisser son siège dans quelques jours à l'agglo dénonce les manœuvres de l'UMP "à la Bourquin" et considère que Jean-Marc Pujol fait une erreur politique.

France Bleu roussillon : Jean-Marc Pujol tenté par l'agglo, ça vous étonne ?

"Ce n'est pas à l'insu de son plein gré"

Jean-Paul Alduy : Moi je veux m'adresser à l'ensemble des maires UMP de l'agglo puisqu'il semble que ce soit une décision collective, Perpignan Méditerranée ce n'est pas un simple budget, un pot de confiture qu'on s'approprie, le navire amiral d'un parti politique. Le "tout UMP" à l'agglo est aussi exécrable sur le" tout PS" au conseil général, c'est du "bourquinisme", c'est l'ordre ancien, partisan, sectaire qui explique une grande partie de notre retard. Perpignan Méditerranée, c'est 36 maires élus au suffrage universel direct, ils ont une très forte légitimité, et donc il faut les respecter, bâtir une gouvernance qui respecte les différentes sensibilités. C'est un projet de territoire, un projet collectif pour l'avenir de nos enfants. Et donc je regrette que Jean-Marc Pujol soit candidat à la présidence de l'agglomération Perpignan-Méditerranée. On ne peut pas dire qu'on a été forcé, ce n'est pas à l'insu de son plein gré.FBR : Jean-Marc Pujol dit qu'il n'avait pas prévu, vous le croyez ?

JPA : Sans doute, il n'y a aucune raison que je le mette en doute mais je veux l'alerter sur une chose simple : on ne peut pas faire toute une campagne en s'engageant sur le non cumul, avec des paroles fortes, et cinq minutes après changer, c'est jeter le discrédit sur la classe politique. La démocratie française aujourd'hui est en panne précisément à cause de ça : le cumul, et un jour ou l'autre il faudra faire une vraie réforme : un homme, un mandat, deux mandats successifs point. J'ai essayé de me l'appliquer en 2009, mais je crois avoir été un des rares en France à le faire, mais il y a un deuxième message, le soir du premier tour, 30 % des électeurs seulement se sont portés sur le maire sortant et si on rajoute les abstentions ça fait moins d'un électeur sur cinq, c'est un énorme message de colère pour dire "nous voulons un maire à temps complet et pas un demi maire", il faut entendre ce message. Il faut un président qui soit arbitre, certes il faut qu'il fasse partie de l’exécutif perpignanais car les budgets de Perpignan et de PMCA sont très imbriqués, mais il faut qu'il soit un arbitre, pour bâtir un consensus avec les 36 maires, de sensibilité différentes, des communes très diverses, et c'est donc une erreur de cumuler président et maire de Perpignan. FBR : Pourtant, pendant plusieurs années vous avez cumulé mairie et agglo ?

"Les Perpignanais veulent un maire à temps plein "

JPA : J'ai cumulé dans une période où PMCA était toute petite, en construction et dès que c'est devenu plus important j'ai demandé à Jean-marc Pujol, mon premier adjoint de devenir maire pour me consacrer à l'agglo car les deux missions étaient non pas incompatibles, mais que cela posait problème et le message du premier tour m'a confirmé "on veut un maire à temps complet"FBR : Vous en voulez à l'UMP qui a voulu sortir votre poulain Romain GrauJPA : Je suis descendu de l'estrade et on ne m'a pas demandé mon avis. Je pense que cela aurait été utile de me demander mon avis. Je crois avoir une certaine expérience de ce qu'est Perpignan Méditerranée. On a construit pendant 6 ans une gouvernance de consensus qui respectait chacun des maires et je pensais que cet héritage méritait d'être protégé, il ne l'ai pas et je trouve cela dommage. Personnellement je suis un homme libre de parole, de dire ce que je pense des décisions qui sont prises. On ne peut pas dire "c'est à l'insu de mon plein gré" , on ne peut pas dire que président de l'agglo c'est une fonction et pas un mandat, c'est faux, les conseillers communautaires sont élus au suffrage universel comme les conseillers municipaux, c'est donc bien un mandat et la loi qui vient d'être votée comptabilise la présidence des agglo dans le cumul des mandats. Donc je regrette il y a là un manquement aux engagements et une erreure dans la gouvernance de nos territoires.FBR : Exclure la candidature de Romain Grau, est ce que c'est la volonté des maires de l'agglo d'en finir avec l'Alduysme ?

"Romain Grau a l'expérience et la fougue de la jeunesse"

JPA : Je ne pense pas que ce soit le raisonnement, si c'était ça ce serait triste. Entre les deux tours, tout le monde a été content de voir que Romain Grau se mobilisait pour aller vers les électeurs du centre gauche pour que les forces républicaines soient majoritaires. Romain Grau pourquoi ? Ce n'est pas un problème de personne, c'est un raisonnement : il faut quelqu'un de la ville de Perpignan qui a un peu d'expérience, Romain Grau ça fait 4 ans qu'il est vice-président en charge de l'économie, la première des compétences de l'agglo et en plus il a la fougue de la jeunesse. FBR : Jean-Marc Pujol vous a t-il consulté ?JPA : Non il a mon numéro, il peut m'appeler, il n'a pas jugé utile de m'appeler et de me demander mon avis. Je ne lui en veux nullement, mais il faut qu'il admette que je suis aujourd'hui un homme libre de ses paroles et de ses messages. FBR : il fait une erreur politique aujourd'hui en se présentant à l'agglo ?JPA : Je pense que oui.

Jean-Paul Alduyr, invité de France Bleu Roussillon