Politique

Jean-Pierre Raffarin : "mon père a secouru François Mitterrand"

Par Typhaine Morin et Delphine Garnault, France Bleu La Rochelle et France Bleu Poitou jeudi 7 janvier 2016 à 17:31

Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre
Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre © Maxppp

Le 8 janvier 1996 disparaissait le premier président socialiste de la Ve République, François Mitterrand, originaire du Poitou-Charentes. L'ancien président de région et Premier ministre Jean-Pierre Raffarin se souvient des liens cordiaux qu'il a entretenu avec le président défunt.

Né en 1916 et enterré à Jarnac, en Charente, l'ancien président François Mitterrand est mort il y a tout juste 20 ans, le 8 janvier 1996. Le premier président socialiste de la Ve République a effectué une partie de sa scolarité à Angoulême, en Charente, avant de poursuivre ses études en lettres et en droit à Paris et, plus tard, d'exercer des mandats politique dans le Nièvre, en Bourgogne. 

Lorsqu'il était président de la République, François Mitterrand se tenait au courant de l'actualité sociale et culturelle de la région. L'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, en tant que président de région (1998-2002), rendait visite tous les ans au chef de l'Etat. Et, malgré leurs différences politiques, ils entretenaient des liens cordiaux.  

Jean-Pierre Raffarin : Ces entretiens étaient toujours très intéressants et assez profonds, mais j'avais du mal à l'intéresser à des projets d'avenir. Il voulait surtout que je lui parle des vieilles familles qu'il avait connues quand il était étudiant en droit. Il me demandait combien de temps il fallait de temps pour aller d'Angoulême à Poitiers,  est-ce qu'il y avait encore beaucoup de gens qui venaient passer le Bac à Poitiers... On sentait que cette histoire, qui avait été son histoire personnelle, l'avait beaucoup marqué. Et donc, il était très attentif à ce que je lui parle de la région, des sensibilités, des traces culturelles, des spectacles qui marchaient, des affluences aux festivals... Beaucoup de patte humaine, beaucoup de patte culturelle. 

Contacts d'estime réciproque

Mais naturellement, on avait quand même des discussions sur les dossiers. Et c'est là un jour qu'il m'avait annoncé que pour l'inauguration du TGV [en septembre 1990, ndlr] il souhaitait venir parler au le conseil régional et non pas à la mairie de Poitiers, ce qui avait marri beaucoup la municipalité de Poitiers, mais il avait choisi le conseil régional pour venir s'exprimer, et c'était un moment assez fort. 

Il faut dire que mon père [Jean Raffarin, ndlr] avait été au gouvernement de Pierre Mendès France secrétaire d'État à l'Agriculture, dans le même gouvernement que François Mitterrand. Et il y avait entre mon père et François Mitterrand des contacts d'estime réciproque et je crois que j'en ai profité. 

Mitterrand s'est effondré dans son bureau, mon père l'a secouru" - Jean-Pierre Raffarin

Delphine Garnault : Il vous l'avait dit ? 

Jean-Pierre Raffarin : À plusieurs reprises il m'a parlé de mon père. Je ne pense pas que c'était la raison principale [pour laquelle il entretenait ces liens avec Jean-Pierre Raffarin]. Il voulait un peu envoyer un message d'ouverture et un jeune représentant du centre droit l'intéressait dans son spectre politique.

Une fois mon père a rendu un grand service à François Mitterrand. Mitterrand était ministre de la Justice et il devait répondre à une question à l'Assemblée nationale, et il a eu un empêchement. Mon père était ce jour-là de permanence à l'Assemblée nationale et c'est mon père qui devait répondre à la question. Alors il est allé voir Mitterrand, et Mitterrand lui explique ce qu'il voulait qu'on dise. Et là, Mitterrand s'est effondré dans le bureau, il a eu un malaise, et mon père a desserré la cravate de Mitterrand et il a quelque peu secouru Mitterrand. Donc j'imagine, sans la vigilance de mon père, ce qu'aurait pu être l'histoire de mon pays... 

Delphine Garnault : Vous souvenez-vous de cette séance à la Région ? 

Jean-Pierre Raffarin : Oui, c'était très fort puisqu'il y avait tout le gouvernement, et puis j'avais au premier rang le maire de Poitiers de l'époque Jacques Santrot (1977-2008) qui faisait grise mine, j'avais Ségolène Royal qui faisait grosse mine... Je les avais tous sous les yeux et c'est à moi que le président parlait, donc c'était assez malicieux de ma part mais en même temps extrêmement stressant, puisque tous les médias étaient là, j'en étais à mon premier grand discours public et dans ces cas-là il ne fait pas déraper, il ne faut pas être dans l'erreur, et cette concentration-là était assez stressante. J'en garde un excellent souvenir. 

L'esprit de polémique est apparu plus tard

J'avais eu avec l'équipe de Mitterrand des relations républicaines satisfaisantes. Il était de la région, et après d'ailleurs avec Édith Cresson j'ai continué, quand elle était Premier ministre, à faire en sorte qu'il n'y ait pas de tensions excessives entre une personnalité issue de la région qui avait des responsabilités nationales et le président du conseil régional. 

C'est un peu plus tard que l'esprit de polémique est venu, avec Ségolène Royal qui elle n'était pas tout à fait dans cet état d'esprit qu'avaient Michel Crépeau [Garde des Sceaux dans le gouvernement de Laurent Fabius], Édith Cresson, où il y avait une sorte de respect. Des désaccords vifs, mais une coopération entre ceux qui étaient chargés de représenter la région au niveau national pour essayer de défendre nos projets collectivement. 

Delphine Garnault : Lors de cette visite en septembre 1990, François Mitterrand avait été bousculé en se promenant dans les rues de Poitiers. 

Jean-Pierre Raffarin : Oui, il y avait pas mal de manifestations [des agriculteurs], le train avait été bloqué, et Mitterrand n'était pas très à l'aise dans le contact populaire. Mais il faisait toujours bonne figure et il avait tenu à aller de la place Leclerc jusqu'au Conseil régional à pieds. 

Partager sur :