Politique DOSSIER : Décès d'Henri Emmanuelli

L'ancien ministre Henri Emmanuelli est mort

Par Marina Cabiten, France Bleu Béarn, France Bleu Gascogne, France Bleu Gironde, France Bleu Pays Basque, France Bleu Périgord et France Bleu mardi 21 mars 2017 à 10:29 Mis à jour le mardi 21 mars 2017 à 22:36

Henri Emmnauelli en 2015
Henri Emmnauelli en 2015 © Maxppp - Vincent Isore

L'ex-ministre et président PS de l'Assemblée nationale Henri Emmanuelli est mort, a annoncé sa famille mardi. Il avait 71 ans.

Henri Emmanuelli est mort à l'âge de 71 ans des suites d'une longue maladie, a annoncé mardi la famille de l'ancien ministre socialiste. Il était hospitalisé à Bayonne depuis vendredi dernier et avait raté lundi la session du budget du département des Landes qu'il présidait. Il occupait également toujours ses fonctions de député des Landes, malgré l'annonce en mars 2016 de sa maladie, une neuropathie.

Une figure du Parti socialiste

Henri Emmanuelli "était un homme droit", qui a exercé "les plus hautes fonctions sans jamais transiger avec ses idées, ni avec ses principes", a réagi ce mardi midi François Hollande dans un communiqué. Pour le président de la République, "la France perd un grand républicain, la gauche une belle figure morale, et les Landes un élu haut en couleurs, profondément dévoué à cette terre et à ses habitants".

Le candidat de gauche à la Présidentielle Benoît Hamon s'est montré très ému face à cette nouvelle. Soutenu officiellement par Henri Emmanuelli, il était très proche de lui. Il a perdu "un frère, une âme sœur", a-t-il déclaré à la presse.

Le premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, a réagi sur son compte Twitter. Henri Emmanuelli avait également dirigé le PS.

Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, a affirmé que les socialistes venaient de perdre "une grande figure, une personne engagée, droite". "Je viens de perdre un ami", a ajouté Stéphane Le Foll.

Président de l'Assemblée nationale (1992-1993), Premier secrétaire du PS (1994-1995), deux fois au gouvernement, ce Corse d'origine et Béarnais de naissance était né le 31 mai 1945 aux Eaux-Bonnes (Pyrénées-Atlantiques). En 1972, il adhère au PS, dirigé depuis 1971 par François Mitterrand. Elu député des Landes en 1978, il devient président du Conseil général en 1982.

Un socialisme ancré à gauche

Epais sourcils et voix profonde, Henri Emmanuelli fut un mitterrandiste historique. Pourfendeur des "dérives social-libérales" de la social-démocratie européenne et au sein même du PS, il n'a jamais varié dans son parcours politique. Banquier chez Rotschild dans sa jeunesse, pilier de la commission des Finances dont il avait été le rapporteur général et le président, il avait été candidat à l'investiture présidentielle en 1995 face à Lionel Jospin. C'est en 1992 qu'il était devenu président de l'Assemblée nationale.

En 1995, il est l'âme d'un pôle d'opposition au "social-libéralisme" au sein du PS dont il était alors Premier secrétaire. Pour la présidentielle en 1995, il se porte candidat à la candidature, mais Lionel Jospin l'emporte largement dans le vote militant. Deux ans plus tard, Henri Emmanuelli voit sa carrière brutalement mise entre parenthèses par sa condamnation dans l'affaire URBA de financement illégal du PS, en tant que trésorier du parti (1988-1993), condamnation à dix-huit mois de prison avec sursis et deux ans de privation de ses droits civiques. Ce purgatoire achevé, il retrouve tous ses mandats dans les Landes, dont il redevient député et président du Conseil général. Il sera réélu à ces deux postes sans discontinuer.

Plaidant sans relâche pour un PS clairement ancré à gauche, il devient compagnon de route de Jean-Luc Mélenchon, encore membre du PS, au sein du courant Nouveau Monde après l'échec de la gauche à la présidentielle de 2002. Il fait ensuite équipe avec Arnaud Montebourg, Vincent Peillon, et Benoît Hamon au sein du Nouveau Parti socialiste (NPS). En 2005, il se fait l'avocat du non au Traité constitutionnel européen, contre l'avis de la majorité des militants. S'il s'affirme européen, il précise: "Cela ne veut pas dire qu'on accepte n'importe quelle Europe".

Caractère entier

Pendant le quinquennat de François Hollande, il dénonce l'état de son parti, tombé, selon lui, "dans un coma profond" . En 2014, il s'abstient lors du vote de confiance au Premier ministre, Manuel Valls. En janvier, il avait apporté son soutien à Benoît Hamon dans la primaire du PS, tout en émettant des réserves sur son projet de revenu universel.

À la tête de son fief des Landes, où il fut réélu dès le premier tour en 2015 comme conseiller départemental, il batailla avec succès pour la réintégration des régies des eaux dans le secteur public. Il est aussi un des premiers à introduire l'informatique à l'école dans les années 1980, il mène plusieurs actions pour le "bien vieillir", rend les transports des collégiens gratuits. Il met en oeuvre le projet de "Village Alzheimer", premier du genre en France, pour maintenir au maximum les malades dans une vie sociale ordinaire.

  - Aucun(e)
-

Henri Emmanuelli était également connu pour sa personnalité forte et ses coups de gueule à l'Assemblée, comme par exemple en 1991 lorsqu'il a adressé un geste furtif mais sans ambiguïté à François Fillon, alors Premier ministre, en 2011.