Politique

L' "Appel de Pontivy" pour une candidature de Le Drian

Par Tudi Crequer, France Bleu Armorique et France Bleu Breizh Izel samedi 12 septembre 2015 à 19:10

Une partie des signataires de cette lettre pro-Le Drian
Une partie des signataires de cette lettre pro-Le Drian © Radio France - Tudi Crequer

Il n'est toujours pas officiellement candidat mais Jean-Yves Le Drian est plus que jamais attendu en Bretagne. Une partie de la gauche bretonne a demandé au Lorientais de prendre la tête de la liste socialiste. Un appel lancé par des élus et militants PS, UDB ou encore EELV.

 17 députés, conseillers régionaux, municipaux ou départementaux de diverses tendances de gauche mais aussi des membres de la société civile ont signé une tribune demandant une réponse de la part du Ministre mais pour lui montrer aussi "qu'on l'attend et qu'il a des soutiens" , lance Lena Louarn, vice-présidente de la Région.


"Nous souhaitons sa candidature, au vu de son expérience, de son tissu relationnel, de son poids" , complète Jean-Michel Le Boulanger, vice-président de la Région en charge de culture bretonne. Tout au long de la réunion, les éloges envers l'actuel ministre de la Défense se sont multipliés : "le seul capable de maintenir la région à gauche", "aime les gens", "dimension d'homme d'Etat", "une aura capable d'entraîner la Région".

Jean-Yves Le Drian, le messie ? "Pas du tout, il est trop humble pour ça, simplement c'est le plus compétent et le mieux placé" , répond Paul Molac, député proche de l'UDB, du Morbihan.

Cet appel sonne en tout cas comme un début de campagne pour la majorité régionale. Elle souhaite défendre son "bon bilan depuis 2004" et s'assurer de garder la Région. Mais le but de cette réunion était aussi de tenter d'effacer l'image négative de François Hollande associée au Lorientais. "Il faut différencier le bilan régional dont nous sommes fier et celui du gouvernement" , précise d'ailleurs Jean-Michel Le Boulanger.


"Le Drian a continué à œuvrer pour la Bretagne depuis son entrée au gouvernement, rajoute Paul Molac. Je rappelle par exemple qu'il a mis sa démission dans la balance lors du vote des nouvelles régions pour éviter une région Grand Ouest". "Ce n'est pas le messie, c'est simplement le plus compétent ", complète Paul Molac.

Appel de Pontivy - Paul Molac, député UDB explique la démarche

Six point défendus

Les 17 signataires demandent à "rencontrer prochainement" Jean-Yves Le Drian, pour lui soumettre des éléments de programmes "avec l'espoir qu'il les intègre à son projet pour la Bretagne. Si tel est le cas, nous pourrons continuer à bâtir ensemble la Bretagne de demain."  Six éléments seront donc soumis au possible futur candidat (liste complète ci-dessous).

Des signataires étonnants

Parmi les personnes signataires de cet appel pro-Le Drian on trouve les noms de six membres influents de l'Union démocratique bretonne. Il y a notamment Herri Gourmelen, porte-parole pendant 15 ans, et Mona Bras, elle aussi porte-parole pendant 10 ans.

Le parti régionaliste a pourtant décidé de faire alliance avec le Parti breton et Christian Troadec pour les élections de fin d'année. Le maire de Carhaix a été désigné tête de liste, et cela n'a pas franchement plu à tous les membres, 70% du parti aurait voté pour cette alliance et 30% contre.

Ce désaccord, Mona Bras l'assume : "Je ne suis pas démissionnaire de l'UDB, je reste fidèle à mes valeurs. J'ai été durant ma carrière politiques dans l'opposition et dans la majorité et j'en tire la conclusion qu'il vaut mieux être dans la majorité. Dans l'opposition, vous êtes dans un discours protestataire. Dans une majorité , vous pouvez faire avancer vos idées politiques."

Appel de Pontivy - Mona Bras UDB

Autre surprise, la présence de l'écologiste Yannik Bigouin, conseiller régional EELV et adjoint au maire de Plouguerneau. Son parti a lui aussi monté sa propre liste. Signer cet appel est stratégique selon lui car "au premier tour, le rapport de force s'établit, et au second tour, les alliances se font. Moi ,je vise le second tour. Et au second tour, il faudra un homme fort qui rassemble toute la gauche, et si ce n'est pas Jean-Yves Le Drian, je pense que, malheureusement, la droite risque de l'emporter. Mais je crois à l'intelligence du PS de s'ouvrir au second tour aux forces écologistes."  Pourtant, en février dernier, le ministre de la Défense avait lancé : "Si je vais aux régionales ce sera sans les écologistes".

Appel de Pontivy - Yannik Bigouin

Le texte complet : 

"La situation politique à gauche en Bretagne est marquée par un paradoxe. D’une part, il est largement reconnu que la Bretagne a connu depuis 2004 une progression qualitative de l’action publique dans de nombreux domaines avec l’arrivée de la gauche aux responsabilités, au Conseil régional. D’autre part, la réforme territoriale engagée par le gouvernement s'avère être un échec et une déception pour de nombreux Bretons. La Région Bretagne avait pourtant proposé, avec plusieurs parlementaires, d'ambitieuses évolutions institutionnelles ... Le paradoxe est donc que la gauche bretonne a su démontrer sa capacité d’agir – en Bretagne - pour le bien des Bretons, mais dans un périmètre institutionnel qui reste trop limité. Ce constat amène certains régionalistes ou autonomistes à choisir des chemins différents lors des prochaines élections régionales.

Certains régionalistes et autonomistes privilégient la protestation face aux décideurs centraux. D’autres souhaitent privilégier la poursuite des actions engagées ; nous en sommes !

Ces actions ne seront possibles qu'avec une gauche riche d'un pôle de sensibilité régionaliste pour : 

1. Renforcer la régionalisation de la France, et obtenir, pour la Bretagne, des expérimentations ambitieuses dans de nombreux domaines : culture, langues, politiques de l'eau...  2. Construire, par le dialogue, l'Assemblée de Bretagne pour créer les conditions d'une meilleure efficacité de l'action publique. 3. Poursuivre les discussions afin d'obtenir la réunification administrative de la Bretagne (à 5 départements), périmètre le plus pertinent du développement économique, social et culturel de notre péninsule, dans le respect des vœux votés par le Conseil régional. 4. Mener une politique linguistique à même d’assurer l’avenir du breton et du gallo 5. Poursuivre et amplifier les politiques de soutien aux cultures de Bretagne dans toutes leurs diversités. 6. Préserver et améliorer l'équilibre territorial de la Bretagne, dans les logiques du développement durable**Nous ne souhaitons ni un régionalisme de la protestation ni un régionalisme du commentaire. Nous souhaitons un régionalisme de l'action, un régionalisme de la construction, enrichissant la gauche bretonne, poursuivant et développant les chantiers engagés et permettant à la Bretagne de franchir de nouvelles étapes.

__**A terme nous souhaitons la création d’un lieu d’échange et de discussion entre les composantes régionalistes et autonomistes se retrouvant dans les valeurs de la gauche.

__**En attendant, et dans le cadre des élections régionales, nous demandons à rencontrer prochainement Jean-Yves Le Drian, dont nous espérons la candidature aux prochaines élections régionales. Nous connaissons son attachement à la Bretagne et aux combats de la régionalisation. Nous lui soumettrons nos éléments de programme avec l'espoir qu'il les intègre à son projet pour la Bretagne. Si tel est le cas, nous pourrons continuer à bâtir ensemble la Bretagne de demain.

Paul Molac, député du Morbihan ; Jean-Luc Bleunven, député du Finistère ; Jean-Michel Le Boulanger et Léna Louarn, vice-présidents du conseil régional ; Herri Gourmelen, Mona Bras, Kaourintine Hulaud, et Yannik Bigouin, conseillers régionaux ; Christophe Marchand ; Laurence Chevrel, élue municipale de Lorient ; Pierre Mouellic ; Renan Mollo, élu municipal de Riantec ; Philippe Coulau, vice-président de la communauté de communes de Paimpol ; Alain Noblanc ; Florence Prunet, conseillère départementale du Morbihan ; Michel Hado ; Yann- Fanch Kemener, artiste."**