Politique

"La force d'Aliot c'est la faiblesse des autres" (Nicolas Lebourg, historien)

Par Elisabeth Badinier, France Bleu Roussillon vendredi 28 mars 2014 à 17:54

Louis Aliot
Louis Aliot © Frédéric Liénard / Radio France

Louis Aliot peut-il l'emporter dimanche à Perpignan ? L'analyse de Nicolas Lebourg, historien perpignanais et spécialiste du Front national.

Nicolas Lebourg est historien à l'université de Perpignan, maître de conférence, et grand observateur du Front national sur la ville.

Il était l'invité de France Bleu Roussillon ce vendredi matin, pour analyser la progression du parti de Marine Lepen sur Perpignan et évaluer les chances de Louis Aliot de l'emporter dimanche soir face au maire sortant UMP Jean-Marc Pujol

"Pour l'électeur de gauche, Jean-Marc Pujol, c'est pas François Bayrou"

"Il est certain qu'il y a une réserve confortable de voix pour Jean-Marc Pujol avec le désistement de la liste socialiste entre autre, mais on sait aujourd'hui que pour le second tour, il y a souvent plus de mobilisation pour le front national que pour le premier tour, des gens qui considèrent qu'il y a une opportunité quand le FN est qualifié et que le vote est normalisé. Donc il y a une réserve pour Louis Aliot. Il y a aussi une réserve dans une partie des autres candidats meme s'il ont appelé à voter pour Pujol. II est possible que Clotilde Ripoull ait rassemblé sur son nom des votes protestataires qui vont se reporter sur Louis Aliot au second tour.Il y a aussi un électorat de gauche qui, entre un membre de la droite forte qui va rendre hommage à l'OAS et le chef de file des modérés du Fn estime que tout est assez poreux au niveau idéologique, de même que c'est assez poreux dans la composition des listes, on sait que certains qui ont failli partir avec Pujol sont partis avec Aliot. Pour les électeurs de gauche, Jean-Marc Pujol c'est pas François Bayrou.

"Quand on abandonne des villes économiquement et socialement, les électeurs votent FN"

Le front national a su, assez habilement mener cette stratégie de dé-diabolisation, Louis Aliot en a été un des acteurs majeurs dans les années 90. Et puis la ville de Perpignan c'est une ville qui tombe comme ses immeubles. Perpignan, c'est comme Hennin-Beaumont ou Béziers, c'est un revenu moyen très faible, ce sont des inégalités de revenus extrêmement  fortes.Quand on abandonne des villes économiquement, politiquement, socialement, culturellement, une partie de ces citoyens va voter front national.

"On est dans l'après-Alduy et l'après-Bourquin"

Ce qui a fait la force de la dynamique Aliot c'est la faiblesse des autres : on est dans l'après Alduy, on est entré dans le questionnement de l'après Bourquin qui s'est éloigné à Montpellier, même s'il continue de tenir le PS local, et ce vide a été propice. Tous ceux qui se sentaient exclu des systèmes clientélistes, "on réparti le gâteau mais moi j'en ai jamais"  se sont dit  "il faut renverser la table pour que ça change" et ça fait beaucoup de gens.Y a un vrai mélange social dans l'élecorat du front national. Y a un vrai interclassisme, on trouve toutes les classes sociales .On savait que la bourgeoisie avait les idées du Fn à Perpignan mais elle se tenait éloigné des réunions car la mairie était bien tenue, mais dimanche soir on a vu dans la soirée électorale du FN, arriver des membres de la bourgeoisie en force qui venaient dire, "on est là et on a toujours été avec vous et si vous gagnez ce sera bien grace à nous"On voit donc que cette bourgeoisie qui vit de la rente, qui n'a pas de capacité d'innovation économique, pas de capacité d'innovation culturelle, c'est une bourgeoisie totalement enkysté politiquement, elle est venue se placer comme elle l'a toujours fait, comme elle  l'aurait fait auprès d'un candidat PS.

"Chez Louis Aliot tout est mezzo vocce"

Quand Louis Aliot était étudiant déjà il donnait des interview où il expliquait qu'il fallait parler de politique de sociale, de république de lutte contre les communautarisme. Lui il porte cette ligne depuis toujours Aujourd'hui cette ligne correspond à la sociologie du front national, il n'a pas de raison d'en changer. Et on l'a vu hier dans le débat que vous avez organisé sur France Bleu Roussillon , tout était mezzo vocce, quelque chose de très doux. L'électeur de gauche a eu du mal départager Aliot et Pujol et ne pas avoir le sentiment d'avoir une extrême droite face à une droite radicalisée.Le front national joue en deux temps : lors du meeting de Marine Lepen il y a d'abord eu le discours de Louis Aliot très soft sur les problématiques de la ville puis le discours très violent de Marine Lepen sur l'immigration. Elle mobilise l'électorat de Perpignan pour les élections européennes sur les fondamentaux, l'immigration et le rejet du libéralisme économique et culturelle, c'est important car 2017 se joue sur ces deux élections.

"Le Front national est un parti d'extrême droite, ce n'est pas une injure"

Le front national est toujours un parti d'extrême droite, ce n'est pas une injure, cela existe dans notre vie politique depuis les années 1880, le mot s'impose après 1917, c'est une longue tradition française et on n'a pas d'autre mot pour la désigner. Fondamentalement le front national demeure un parti d'extrême droite national populiste. "

Invité, Nicolas Lebourg