Politique DOSSIER : Travail / Emploi : un enjeu électoral 2017

La Présidentielle vue de Capécure à Boulogne-sur-Mer

Par Matthieu Darriet, France Bleu Nord vendredi 21 avril 2017 à 6:00

La brasserie Le Châtillon, le coeur du port de pêche de Boulogne-sur-Mer
La brasserie Le Châtillon, le coeur du port de pêche de Boulogne-sur-Mer © Radio France - Matthieu Darriet

Avant le premier tour de la présidentielle, France Bleu Nord vous propose une série de reportages politiques. Parole est donnée aux citoyens. Prise de pouls à Capécure, le quartier du poisson, sur le port de Boulogne-sur-mer. Pêcheurs, mareyeurs ou poissonniers, comment vivent-ils cette élection ?

Le mieux, pour comprendre les attentes du monde de la pêche, c’est d’aller prendre un petit-déjeuner à la brasserie Le Châtillon, très tôt le matin. C'est là que bat le cœur du port de Boulogne. Lampes tempête, drapeaux de marine, hublots et boiseries, dans cette décoration soignée, c’est le moment d’une pause bien méritée pour les lève-tôt, alors beaucoup refusent de parler politique. Mais ceux qui se lancent ont des choses à dire

Julie, future patronne de pêche

Julie a 18 ans. Dans sa famille, elle est la sixième génération de pêcheur. Et elle va voter pour la première fois, mais elle ne sait toujours pas pour qui. Aucun candidat ne parle de pêche. Le métier n'est pas valorisé au niveau de l'Etat. Il y aurait pourtant des choses à dire, et à faire, notamment sur les aides pour les jeunes, comme elle, qui veulent s'installer et investir dans un bateau.

"Quand on est jeune, on nous demande d'avoir déjà 500 000 euros sur notre compte, dès le démarrage ! "

Julie a tous ses diplômes et elle "patronne" déjà occasionnellement sur le navire de son père. Elle parle de passion et de fierté de suivre les pas de son père.

Georges, mareyeur, dénonce une campagne populiste

La passion du métier, c’est aussi ce qui anime les autres acteurs de la filière. Dès 4 heures du matin, ils défilent au Châtillon, pour avaler un café, un sandwich ou une assiette boulonnaise avec ses poissons fumés. Georges est mareyeur, il emploie 8 personnes. Il se définit comme une espèce en voie de disparition.

"On achète du poisson, on le revend. Et la majorité s'en va à l'export. Ils se rendent comptent, les gens qui veulent le repli sur soi, qu'on fait beaucoup de business avec l'étranger ? C'est vraiment une campagne populiste"

Au Châtillon, au fil des heures, pêcheurs, mareyeurs et poissonniers se succèdent - Radio France
Au Châtillon, au fil des heures, pêcheurs, mareyeurs et poissonniers se succèdent © Radio France - Matthieu Darriet

Le frère est écoreur, la soeur poissonnière

Après la criée, les poissonniers prennent le relais. Ainsi, Isabelle vient à Boulogne trois fois par semaine, depuis Bailleul, pour s'approvisionner. Elle constate que les affaires sont plutôt calmes en ce moment... à cause des élections. L'incertitude freine les ventes.

"Quand on regarde bien, on ne s'occupe pas des commerçants, des gens qui travaillent. Ce sont toujours les mêmes que l'on taxe à mort."

Pour Isabelle, la pause au Châtillon, c’est l’occasion de passer du temps avec son frère, Gérard ; lui est écoreur. Son job, c’est le vendre la pêche de plusieurs navires. Il s’inquiète pour ses ouvriers.

"On ne connait pas à l'avance nos quantités de pêche et quand on avait les heures supplémentaires défiscalisées, on pouvait faire travailler un petit peu plus les ouvriers, qui se sentaient valorisés sur leur salaire. Aujourd'hui, ça nous bloque un peu."

Ouvrier, Kévin, boycotte l'élection

Pour valoriser ces métiers manuels, Georges affirme qu'il faudrait investir sur Boulogne, comme les Hollandais ou les Britanniques l’ont déjà fait chez eux. Mais cela suppose une vision à long terme, que les politiques n’ont pas. Alors cette fois, Kévin a boudé les listes électorales.

"Les politiques ne s'occupent pas assez des bateaux, des apports de poisson. Ils ramènent toujours tout à leur argent."

Pris dans les discussions politiques, la montre tourne. Dehors le jour se lève, il est temps de quitter Boulogne pour des centaines de camions. De l’autre côté du port, face à la ville, les aubettes de vente directe des pêcheurs sont désormais ouvertes. Il est 7h.

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