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Le maire de Caen Joël Bruneau votera "sans conviction" pour Emmanuel Macron au second tour

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Par , France Bleu Normandie (Calvados - Orne)
Caen, France

Au lendemain du premier tour de l'élection présidentielle, Joël Bruneau revient sur les résultats à Caen, marqués par l'arrivée en tête de deux candidats issus de la gauche : E. Macron et J.-L. Mélenchon. Le maire de Caen votera pour le fondateur d'En Marche au second tour, "sans conviction".

Le maire de Caen Joël Bruneau votera "sans conviction" pour Emmanuel Macron au second tour.
Le maire de Caen Joël Bruneau votera "sans conviction" pour Emmanuel Macron au second tour. © Maxppp - Jean Yves Desfoux

A l'issue de ce premier tour de la présidentielle à Caen, Emmanuel Macron obtient 29,55% (13472 voix) des suffrages, devant Jean-Luc Mélenchon (23,11%, 10534 voix). François Fillon est à 20,61% (9365 voix) et Marine Le Pen à 10,33% (4709 voix). Comment analysez-vous ces résultats ?

Très clairement, on a une France très fragmentée et ça se retrouve au plan local, avec l'émergence des extrêmes. Émergence moindre à Caen pour ce qui est de l'extrême-droite, mais une extrême-gauche à un niveau très élevé avec Jean-Luc Mélenchon. Les partis de gouvernement ont du mal, que ce soit Les Républicains ou le Parti socialiste. Côté François Fillon, on sait bien que les affaires ont pesé dans tout ça. Et puis il y a l'émergence d'un vote Macron qui est aujourd'hui ni gauche ni droite, dont on sait très bien qu'il y a des électeurs de la droite traditionnelle et du Parti socialiste. Des électeurs qui se sont reportés sur ce qui peut apparaître comme une nouveauté.

La négation du clivage politique en démocratie, c'est ouvrir des boulevards au vote extrême

Deux candidats de gauche en tête dans votre ville. Vous qui êtes un maire de droite. Comment réagissez-vous ?

Traditionnellement, la gauche a toujours été très majoritaire à Caen : en 2012, François Hollande avait obtenu 60% des suffrages au second tour. Depuis 1981, sur les scrutins nationaux, Caen est une ville de gauche, c'est incontestable. Je remarque simplement que lorsque l'on prend les scores des candidats de la gauche affichée (Mélenchon, Hamon), ils sont inférieurs à celui de François Hollande à lui tout seul en 2012. Mais la comparaison est difficile car quelle est la part d'électeurs de droite et de gauche dans l'électorat d'Emmanuel Macron ? Lui revendique le "Ni droite ni gauche" - ce dont à quoi je crois pas, à titre personnel. La négation du clivage politique en démocratie, c'est ouvrir des boulevards au vote extrême. J'espère me tromper mais ce genre de confrontation qui lamine les partis de gouvernement, on en arrive dans une situation où les extrêmes progressent.

La situation d'aujourd'hui arrive après 30 ans d'impuissance ou de reculade face à des situations compliquées

Jean-Luc Mélenchon arrive en tête dans certains quartiers à Caen, comme le Chemin-Vert ou la Grâce-de-Dieu. C'est le témoin de quoi ?

C'est le témoin de l'effondrement de la gauche plus traditionnelle. D'habitude, c'est le candidat socialiste qui est en tête. Là, il est supplanté par un candidat extrême. On n'a pas le même phénomène à droite. Le meilleur service qu'on peut donner au extrêmes, c'est d'abandonner des positions claires sur plein de sujets. Je suis un élu de la droite modérée, et je n'ai pas l'intention de changer de camp ni d'idée en fonction du vent du moment.

A Caen, le FN est très nettement plus bas (10,23%) que la moyenne nationale (21,4%)...

C'est rassurant de voir que les extrêmes ne prennent pas plus de place. J'entends bien qu'il y a aussi des gens qui témoignent un ras-le-bol, un désespoir...

Evidemment, au second tour, je voterai Macron, sans conviction. Le risque est que nous ayons une politique d'immobilisme qui ne soit pas à la hauteur de la situation du pays

François Fillon a appelé à voter Macron. Allez-vous le suivre ?

Evidemment, au second tour, je voterai Macron, sans conviction. Mais ce que je crains, c'est qu'une politique d'immobilisme dans la continuité de ce qu'a fait François Hollande dans la seconde moitié de son mandat conduise à ce qu'on ait deux pôles extrêmes encore plus forts la prochaine fois. Ce qui mine les partis traditionnels, c'est l'impuissance à régler les problèmes du quotidien. La situation d'aujourd'hui arrive après 30 ans d'impuissance ou de reculade face à des situations compliquées. Des problèmes qu'on renonce à traiter au nom soit de la bien bien-pensance, des bons sentiments, du manque de courage politique... Quand les problèmes durent, et qu'ils ne sont pas résolus, la tentation naturelle, c'est d'aller voir ailleurs. Mais, je mets tout le monde en garde : mieux vaut parfois l'insuffisance comme celui d'Emmanuel Macron, qu'un programme nuisible comme celui de Marine Le Pen.

Ce premier tour, c'est aussi l'effondrement des partis dits de gouvernement.

Il y a incontestablement une aspiration au changement. Après, le renouveau, il faut qu'il soit clair. Ce que je reprocherais à Emmanuel Macron, c'est que son programme n'est pas très clair. A vouloir faire plaisir à tout le monde, ça devient très vite compliqué. Le risque est que nous ayons une politique d'immobilisme qui ne soit pas à la hauteur de la situation du pays. Tout comme j'ai trouvé déplacé qu'il fête sa victoire au premier tour alors même qu'on se retrouve dans une situation très inquiétante avec une extrême-droite au second tour. Et puis, quand on additionne Mélenchon et Le Pen - car pour moi, c'est un peu la peste et le choléra - ça représente 45% de l'électorat. il y a quand même des questions à se poser. Et il y a mieux à faire que de se rassembler pour fêter la victoire. D'ailleurs, victoire pas encore totalement acquise car jusqu'à preuve du contraire, il y a un second tour.

Mieux vaut parfois l'insuffisance comme celui d'Emmanuel Macron, qu'un programme nuisible comme celui de Marine Le Pen

Deux candidats (François Fillon et Benoît Hamon) issus des primaires ont été sortis au premier tour. Ce scrutin montre-t-il les limites de ce processus ?

Il y a des avantages et des inconvénients. L'avantage, c'est que c'est les militants qui tranchent. Mais, on exacerbe les différences plus ou moins justifiées entre les uns et les autres. Le risque, c'est qu'on ait du mal à sortir de ces différences. On l'a bien vu avant même la séquence sur les affaires qui ont concerné François Fillon, on a entendu un certain nombre de voix discordantes dès début janvier, et qui ont nui à la dynamique qu'on doit mettre en oeuvre. François Fillon est donc resté sur son socle qui est en gros celui qu'avait Jacques Chirac en 2002. Les primaires, on a cru à un moment que c'était la panacée. Non, ce ne l'est pas. Moi, je suis un peu partagé : faut-il les abandonner définitivement ou non ? Dans une situation où vous avez un candidat naturel, elle ne s'imposent pas : d'ailleurs, on ne comprend pas pourquoi le Parti socialiste en a fait alors qu'il avait un candidat sortant avec François Hollande qui aurait du assumer son bilan. Moi j'ai toujours pensé que la candidature Macron était une formule de substitution et une manière d'éliminer Valls et les frondeurs. Ce qui a réussi sans doute au-delà même des espérances de François Hollande. En tous les cas, il faut être conscient de la limite de l'exercice et des inconvénients que ça peut apporter.

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