Politique

Le pouvoir d'achat du maire fait débat au conseil municipal d'Orléans

Par Anne Oger, France Bleu Orléans mardi 20 juin 2017 à 12:02

Le conseil municipal d'Orléans (image d'archives)
Le conseil municipal d'Orléans (image d'archives) © Radio France - Stéphane Barbereau

Les élus orléanais ont voté une hausse de l'indemnité de leur maire, Olivier Carré, ce lundi. Elle passe de 958 à 4 120 euros par mois, et s'ajoutera à celle de président d'Orléans Métropole, pour atteindre environ 8 000 euros. C'est ce qu'il touchait avant de renoncer à son mandat de député.

"Ici c'est un des seuls endroits où l'on discute aussi librement de ce que va gagner le maire, où cette question est aussi transparente." On ne sait s'il le regrette ou s'il s'en félicite, mais c'est ainsi qu'Olivier Carré ouvre le débat sur la revalorisation de son indemnité, programmée dans les dernières délibérations du conseil municipal ce lundi 19 juin, au lendemain du deuxième tour des élections législatives. Lui qui a renoncé à son siège à l'Assemblée nationale, pour respecter la loi sur le non-cumul des mandats et se consacrer à ses mandats locaux, sollicite l'accord de sa majorité pour augmenter son indemnité de maire. Et ne cache pas un certain agacement à l'idée que cela fasse "polémique", comme il le dit avec un air un peu moqueur, même s'il assure "comprendre que les sommes peuvent paraître importantes".

Les règles changent avec la loi sur le non-cumul des mandats

L' indemnité du maire s'appuie sur des règles fixées par un article de loi, qui prévoit un plafonnement de la rémunération des élus, quand ils cumulent plusieurs mandats. Quand il était député, Olivier Carré touchait 5 600 euros (nets) par mois d'indemnité parlementaire, 958 euros comme maire d'Orléans, et 1 500 euros comme vice-président de l'Agglo. Il ne pouvait pas toucher plus car les indemnités liées à ses mandats locaux étaient "écrêtées" - c'est le terme juridique - afin que tout cumulé, le traitement de l'élu ne dépasse pas 8 000 euros. Mais maintenant la donne a changé : Olivier Carré n'est plus député, le principe de l'écrêtement disparaît. La nouvelle indemnité du maire est fixée à 4 120 euros (nets) par mois. À cela s'ajoutera son indemnité de président d'Orléans Métropole, puisqu'il devrait être élu à ce poste jeudi (ce sera à peu près la même somme). Olivier Carré conservera donc un "salaire" de 8 000 euros, comme lorsqu'il était député.

La délibération du 19 juin 2017 - Radio France
La délibération du 19 juin 2017 © Radio France - Anne Oger

Notre rôle, ça n'est pas d'assurer au maire le maintien de son pouvoir d'achat, et son indemnité ne peut pas être la variable d'ajustement en fonction de son parcours politique - Corinne Leveleux Texeira, conseillère municipale d'opposition

"Ce qui nous choque, ça n'est pas que le maire d'Orléans touche une indemnité pour son travail" explique Corinne Leveleux Texeira, conseillère municipale socialiste, dans l'opposition. "Mais c'est la manière dont il s'y prend. Notre rôle à nous, élus, ça n'est pas de fixer le niveau de vie du maire, d'assurer le maintien de son pouvoir d'achat en fonction de son parcours politique. Cette indemnité n'a cessé de changer pour correspondre aux besoins de Serge Grouard puis d'Olivier Carré. Nous, nous pensons qu'il faut la fixer une bonne fois pour toutes". Sa collègue Emmanuelle Matet renchérit devant les élus orléanais : "appliquons la même règle aux agents de la mairie d'Orléans, à tous les salariés qui perdent leur emploi ou qui changent de travail. Faisons en sorte que leur pouvoir d'achat ne change pas au cours de leur vie professionnelle. Ça n'est clairement pas le cas, alors pourquoi en serait-il autrement pour le maire d'Orléans ?"

"Cette indemnité du maire c'est la variable d'ajustement"

Philippe Rabier, ancien militant socialiste, s'est lui emparé de la question via les réseaux sociaux. Il a créé un groupe Facebook consacré à la moralisation de la vie politique à Orléans, et pose la question de "ce qu'est une rémunération décente pour ce qui est un engagement politique et citoyen, et pas un travail comme les autres. Pour moi, au-delà de 4 000 euros, on ne peut plus parler de décence".

Vous voulez quoi ? Que le maire gagne 2 000 euros par mois ?

"Il y aura toujours des gens qui penseront que le maire est trop payé, mais ceux-là ne sont pas prêts à travailler 70 heures par semaine" répond Olivier Carré. "Cette indemnité de 4 120 euros, c'est ce que touchent certains cadres supérieurs de la mairie qui ne comptent pas leurs heures. C'est vrai que c'est bien au-delà de ce que gagnent en moyenne les ménages français, mais ces sommes-là ne sont pas inhabituelles". Olivier Carré qui visiblement n'apprécie pas qu'on pense qu'il a d'abord fixé le montant du salaire dont il a besoin chaque mois pour assurer son niveau de vie, avant de déterminer le montant de ses indemnités. "Vous voulez quoi ? Que le maire d'Orléans gagne 2 000 euros par mois ? Ou qu'il soit millionnaire, pour ne pas avoir besoin de ces indemnités?" Olivier Carré précise qu'il ne demandera pas les indemnités de chômage auxquelles il pourrait prétendre avec la fin de son mandat de député.

La question posée, c'est celle du statut de l'élu, il faut bien vivre de ses mandats quand on arrête de travailler pour les exercer - Nathalie Kerrien élue En Marche dans la majorité

Dans son camp le soutien est total, y compris du côté des adhérents de la République en marche, le parti d'Emmanuel Macron, engagé dans une loi de moralisation de la politique. "La question posée, c'est celle du statut de l'élu local" explique Nathalie Kerrien. "De toute façon, avec cette règle de l'écrêtement, c'est l'Assemblée Nationale qui pendant des années a financé le traitement du maire d'Orléans. C'est normal qu'elle assume maintenant son salaire."

Quel avenir pour Serge Grouard qui lui non plus n'est plus député ?

La question posée également, au lendemain des élections législatives, concerne la situation de Serge Grouard, battu au second tour dimanche, qui n'est donc plus député. Il gagne environ 2 000 euros par mois en tant qu'adjoint au maire d'Orléans (indemnité qui dans la nouvelle grille augmente légèrement, au passage). Va-t-on lui proposer un poste de vice-président d'Orléans Métropole, pour assurer le maintien de son niveau de vie ? Selon nos informations la réponse est non. Même question pour Charles-Eric Lemaignen, l'ancien président de l'Agglo, qui a renoncé à ce poste en espérant entrer à l'Assemblée nationale et qui a perdu, dimanche, face à Stéphanie Rist (REM). Lui non plus ne sera verra pas proposer de poste de vice-président à l'Agglo pour assurer son pouvoir d'achat.