Politique

Le premier magistrat de France dénonce une "humiliation" au sujet des propos de François Hollande dans un livre

Par Marina Cabiten, France Bleu jeudi 13 octobre 2016 à 11:45 Mis à jour le jeudi 13 octobre 2016 à 15:07

Le premier président et le procureur général de la Cour de cassation, Bertrand Louvel
Le premier président et le procureur général de la Cour de cassation, Bertrand Louvel © AFP - FRED DUFOUR

Le plus haut magistrat de France a dénoncé jeudi les "outrances" de François Hollande à l'encontre du corps judiciaire, après la publication de propos du Président selon lesquels la magistrature serait une "institution de lâcheté.

Le premier président et procureur général de la Cour de cassation, Bertrand Louvel, a déclaré lors d'une audience solennelle que les commentaires de François Hollande sur la magistrature posaient "un problème institutionnel". Le premier magistrat de France reproche à François Hollande de "diffuser parmi les Français une vision (...) dégradante de leur justice". Ces propos ont été recueillis dans le livre publié cette semaine, "Un président ne devrait pas dire ça".

Après les "petit pois sans saveur", une "institution de lâcheté"

Parmi les confidences récoltées par deux journalistes, François Hollande décrit la magistrature comme une "institution de lâcheté." "Le président de la République en exercice a laissé publier, sans les démentir, des propos où il qualifie l'institution judiciaire, institution de lâcheté", a déclaré Bertrand Louvel, rappelant dans la foulée que son prédécesseur Nicolas Sarkozy avait qualifié les magistrats de "petits pois sans saveur."

"Ces outrances renouvelées à l'encontre du corps judiciaire (...) posent un problème institutionnel", a-t-il déclaré. "Il n'est pas concevable que la charge de président de la République (...) puisse être utilisée par son titulaire pour contribuer à diffuser parmi les Français une vision aussi dégradante de leur justice."

Un peu plus tard, les présidents de tribunaux et procureurs de France ont emboîté le pas à Bertrand Louvel dans un communiqué. Les conférences réunissant les premiers présidents et procureurs généraux de cours d'appel ainsi que les présidents de tribunaux de grande instance et procureurs de la République "déplorent vivement ces propos" qui "n'ont pas été démentis à ce jour". Ils rappellent que la Constitution "confie au président de la République la mission de garant de l'institution judiciaire".

Le ministre de la Justice défend le Président

Bertrand Louvel et le procureur général de la Cour de cassation, Jean-Claude Marin, ont été reçus mercredi soir pendant une vingtaine de minutes à l'Elysée par le président de la République, à leur demande. "Notre entretien d'hier avec le président de la République n'a pas atténué" le sentiment de la magistrature, a déclaré jeudi Jean-Claude Marin, qui a évoqué une "nouvelle humiliation" et une "atteinte" "injuste" à l'institution judiciaire, et à ceux qui la servent.

Le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas a assuré jeudi à l'Assemblée que François Hollande n'avait pas eu "un mot", "un acte", contre l'indépendance de la justice depuis 2012, en réponse à un député LR l'interpellant sur ces propos. "Pas un mot, encore moins une insulte, pas un acte, pas une demande d'intervention pour interférer dans une procédure", a lancé le garde des Sceaux à l'ex-magistrat Georges Fenech (LR), qui avait dénoncé une "offense terrible".

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