Politique

Le vote des Sarthois reflète presque toujours celui du pays

Par Ruddy Guilmin, France Bleu Maine samedi 18 mars 2017 à 8:29

Le livre de Bernard Garreau
Le livre de Bernard Garreau © Radio France

L'historien amateur manceau Bernard Garreau a compilé tous les résultats du vote sarthois aux présidentielles depuis la mise en place du suffrage universel direct en 1965. Un coup d'oeil dans le rétro susceptible aussi de donner quelques indices pour l'année électorale qui s'ouvre.

Que ce soit par sa taille, par son organisation géographique très centralisée ou même ses statistiques, on dit souvent que la Sarthe est une petite France à l'échelle 1/100e. En analysant les données et les résultats des neuf présidentielles qui se sont déroulées depuis 1965, Bernard Garreau a pu le confirmer : "Qu'il s'agisse de la participation, des bulletins blancs et nuls ou des résultats par grands courants politiques, tous les graphiques que j'ai pu établir montrent un parallélisme parfait et quasi systématique entre le vote sarthois et le vote national." Rien d'étonnant à cela selon l'auteur, qui avance une analyse géographique : "La Sarthe est un département frontière au sein duquel se font ressentir différentes sensibilités : anjou, normandie, bretagne, région parisienne même. Donc la Sarthe est un mélange, une sorte de melting-pot, assez à l'image de la France en quelque sorte."

Le score du FN multiplié par quarante

Notre département suit-il le mouvement ? Ou bien donne-t-il le ton ? À chacun sa version... Toujours est-il que plusieurs tendances se dégagent sur 50 ans : la droite gaulliste et républicaine recule de moitié (de 62 % en 1965 à 38 % en 2012), tout en restant majoritaire ; la gauche demeure plus ou moins stable, mais au sein de celle-ci les communistes s'effondrent (de 25 % à 2 %) ; et surtout le Front National progresse de manière exponentielle : "En 2012, Marine Le Pen fait 19 % des voix en Sarthe, un peu plus qu'en France d'ailleurs. Alors qu'en 1974, pour sa première candidature, Jean-Marie Le Pen obtenait 0,57 %. C'est à dire que le score a été multiplié par quarante."

Le clivage entre "les deux Sarthes"

À gauche, le clivage du début du 20e siècle, à droite celui du début du 21e siècle - Radio France
À gauche, le clivage du début du 20e siècle, à droite celui du début du 21e siècle © Radio France

Ce travail sur l'histoire explore aussi l'espace. Ce qui permet de remettre un peu à jour les constations du pionnier de la géographie électorale, André Siegfried, qui distinguait "deux Sarthes" au début du 20e siècle : l'une à droite (conservatrice et catholique), dans la moitié ouest-nord ouest du département ; l'autre à gauche (républicaine et laïque) dans la moitié est-sud est. "Pendant longtemps, on a constaté l'existence des ces deux pôles au cours des élections, explique Bernard Garreau. Mais ce n'était pas une opposition entre marxistes et libéraux. C'était la continuité de ce qu'on a appelé la guerre des deux France entre les partisans de la république laïque et ceux de la monarchie catholique." Un vieux clivage aujourd'hui dépassé, remplacé par un nouveau, qui voit s'opposer dans les urnes le centre urbain et la périphérie rurale : "Aujourd'hui, on a une Sarthe de gauche au centre du département, sur l'agglomération mancelle et les quatres cantons de Ballon, La Suze, Ecommoy, et Pontvallain. Et à l'inverse, on a toute la périphérie, dont d'anciens cantons de gauche, qui émettent des votes majoritairement conservateurs."

Le livre de Bernard Garreau, Le vote des sarthois aux élections présidentielles de 1965 à 2012 est en vente dans toutes les bonnes librairies sarthoises, au prix de 18 euros !