Politique

Législatives : pourquoi la défaite annoncée est synonyme de déroute financière pour le PS et Les Républicains

Par Géraldine Houdayer, France Bleu vendredi 16 juin 2017 à 3:30 Mis à jour le vendredi 16 juin 2017 à 22:00

Le Parti socialiste et Les Républicains vont perdre plusieurs millions d'euros de subventions publiques après les législatives.
Le Parti socialiste et Les Républicains vont perdre plusieurs millions d'euros de subventions publiques après les législatives. © Maxppp -

Le revers annoncé des Républicains et surtout du Parti socialiste aux législatives va coûter très cher aux partis traditionnels. Les subventions publiques accordées aux partis dépendent en effet du nombre de voix récoltées aux législatives et du nombre de parlementaires siégeant à l'Assemblée.

La défaite subie par Les Républicains et le Parti socialiste aux législatives va coûter très cher aux deux partis. S'ils vont perdre un grand nombre de députés, ils vont aussi perdre plusieurs millions d'euros de subventions publiques, et devront donc réduire leurs dépenses de manière drastique. A l'inverse, La République en marche devrait s'assurer plusieurs millions d'euros de financement public grâce à ses bons résultats.

Les législatives, élection-clé pour le financement des partis

Les subventions publiques accordées aux partis politiques sont calquées sur le résultat qu'elles obtiennent aux législatives. Une loi qui date de 1988 : "Cette loi sur le financement des partis a considéré que les législatives étaient les élections nationales principales", explique le chercheur Abel François, auteur du livre "le Financement de la vie politique". Chaque voix rapporte 1,42 euros au parti, à condition d'avoir présenté au moins 50 candidats dans 50 circonscriptions, qui ont obtenu au moins 1 % des voix. Chaque parlementaire rattaché à un parti rapporte également une subvention d'un peu plus de 37.000 euros par an à son mouvement. Mais en cas de non-respect de la parité, des sanctions financières sont appliquées et ces subventions publiques sont rognées.

  - Visactu
© Visactu

Le PS pourrait perdre entre 18 et 20 millions d'euros

C'est pour le Parti socialiste, majoritaire lors de la précédente législature avec 280 députés, que le coup est le plus rude. Au premier tour, le parti a perdu près de six millions de voix, explique franceinfo. Et au second tour, seulement 12 candidats étiquetés PS seraient en mesure de l'emporter. "Sur les 25 millions d'euros de subventions touchés par le PS chaque année, le parti pourrait en perdre entre 18 et 20 millions", explique Abel François. "C'est beaucoup, sachant que le financement public représente 40 à 50 % du budget du parti," poursuit le chercheur.

Pour Abel François, "le Parti socialiste va du coup devoir réduire ses dépenses de manière drastique". Le parti, propriétaire de son siège rue de Solférino à Paris, n'exclut pas de le vendre ou de l'hypothéquer. La direction du parti pourrait également mettre sur pied un plan de départ de ses salariés. "Ce qui coûte cher aux partis, ce sont les forces humaines, renchérit Abel François. Et les partis emploient beaucoup de gens, pour réfléchir à leur programme ou à leur stratégie. Ils devront peut-être mener des réductions de personnel". Le Parti socialiste a jusqu'à décembre pour réfléchir à sa stratégie financière, les subventions étant distribuées sur une année civile.

Une perte de cinq à huit millions d'euros pour Les Républicains

Les Républicains n'étaient pas majoritaires à l'Assemblée avant les législatives de cette année. Le coup financier est donc moins violent, mais il est tout de même brutal : le parti a perdu près de 3,5 millions de voix et une centaine de députés, explique franceinfo. "Les Républicains pourraient perdre entre cinq et huit millions d'euros par an, sur les 18 millions de subventions publiques touchés jusqu'ici", explique Abel François. De plus, le parti n'a présenté que 39% de candidates aux législatives, indique franceinfo. Il est donc frappé par une sanction financière pour ne pas avoir respecté la parité fixée par la loi.

La recomposition politique pourrait alourdir la note

Chaque année, les 37.000 euros de subventions publiques accordées pour chaque parlementaire sont versées au mouvement politique auquel adhère le député. Problème : l'émergence de La République en marche et de La France insoumise sèment la discorde au sein des partis traditionnels. "Si des parlementaires décident de créer des partis satellites de leur parti principal, la subvention sera accordée au petit parti et non au principal", explique Abel François. Une tradition très ancrée à droite et au centre, mais beaucoup moins répandue à gauche.

Dans ce cycle de recomposition, les perdants n'attirent plus autant : moins de militants, donc moins de cotisations, et moins de dons de particuliers en général, explique Abel François. Sans compter les cotisations obligatoires versées par les élus qui, avec le nombre de parlementaires en baisse, vont automatiquement diminuer.