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Politique

Loi asile et immigration : "mauvaise et inutile" pour Véronique Fayet, présidente du Secours Catholique

lundi 16 avril 2018 à 18:58 Par Stéphanie Brossard, France Bleu Gironde

Les députés examinent toute la semaine le controversé projet de loi "asile et immigration". Une loi "qui fait semblant de dire aux Français qu'elle va tout régler alors qu'elle ne réglera rien du tout" selon la Bordelaise présidente du Secours Catholique, Véronique Fayet. Entretien.

La Bordelaise Véronique Fayet présidente du Secours Catholique - Caritas France
La Bordelaise Véronique Fayet présidente du Secours Catholique - Caritas France © AFP -

Véronique Fayet, la Bordelaise présidente du Secours Catholique avait écrit en fin d'année dernière au ministre de l’intérieur Gérard Collomb. Lettre laissée dit-elle, sans réponse. Dans la foulée, en décembre et janvier, elle a également publié plusieurs tribunes, pour dénoncer ce texte synonyme de "renoncement sans précédent aux valeurs et aux traditions humanistes de la République", puis elle a invité les députés à venir rencontrer des migrants. 150 élus principalement LREM et Modem ont répondu à l'appel. Mais elle affirme ne se faire aucune illusion sur les modifications qui pourraient être apportées au texte. Elle juge cette loi « mauvaise et inutile ».

France Bleu Gironde : l’un des objectifs de la loi est de réduire de 14 à 6 mois la durée de traitement du droit d’asile. Sur ce point, vous êtes d’accord, l’intention est louable ?

Véronique Fayet : Oui mais ça a déjà été promis par les gouvernements précédents. Et malheureusement, le projet de loi n'évoque pas et ne résout donc pas le problème qui se pose en amont du dépôt de la demande d’asile : des gens arrivent sans rien, traumatisés et qui passent deux, trois ou même quatre mois avant d’avoir un rendez-vous à la préfecture. C'est ce délai-là qui est le plus violent, parce que la personne n’a droit à rien (ni aide ni hébergement), et le projet de loi n’en parle pas. Si on ne traite pas ce problème, ce sera une loi pour rien.

"Il faut une politique d'asile européenne ambitieuse"

Vous dites en clair, que cette loi ne servira à rien ?

Parce qu’elle n’évoque pas ce point et qu’elle n’évoque pas non plus le sujet des « Dublin » qui fait aussi, que certains attendent des mois en se cachant plus ou moins (pour éviter d’être pris et renvoyés dans le pays d’entrée en Europe : Italie ou Grèce etc..) et qui, au bout de 6 mois et un jour, peuvent redemander l’asile en France. On a beaucoup de gens dans nos permanences du Secours Catholique qui sont dans ce cas, et ce projet de loi n’en parle pas non plus. Il faut avoir une politique européenne de l'asile, ambitieuse et rediscuter avec les 10 ou 12 pays qui seraient volontaires (parce qu’à 27, c’est impossible, on y serait encore dans 15 ans).

Doubler la durée de rétention à 90 jours est aussi un point de crispation pour vous, comme pour la CIMADE ?

Oui, c’est absurde et inhumain de vouloir par exemple, mettre des femmes et des enfants dans des centres de rétention. Ce sont quand même des prisons, il faut dire le mot. En plus, l’expérience prouve que la reconduite aux frontières se fait dans les vingt premiers jours. 

"J'aurais aimé un vrai débat avec politiques, philosophes, démographes pour avoir les vrais chiffres"

Emmanuel Macron a prononcé cette phrase dimanche soir : « la France ne peut prendre toute la misère du monde ».

Et c’est un peu facile. Ce qui me désole dans ce débat sur les migrations, c’est que justement, il n’y a pas de débat. Le président a adopté les certitudes de son ministre de l’intérieur. Gérard Collomb parle de « centaines de milliers de personnes qui arriveraient chaque année ». On emploie des mots qui font peur, et on ne dit pas la vérité ! On n’a pas un débat avec les vrais chiffres. J’aurais aimé ce grand débat avec  des politiques, philosophes, chercheurs, démographes, responsables d’associations etc.. C’est un sujet tellement complexe que si on fait semblant de dire aux Français que cette loi va tout régler (alors qu'elle réglera rien du tout), nous allons au-delà de grandes difficultés.