Politique

Municipales 2014 : zoom sur Dijon

Par Denis Souilla, France Bleu Bourgogne jeudi 20 mars 2014 à 17:48

François Rebsamen, sénateur et maire PS de Dijon
François Rebsamen, sénateur et maire PS de Dijon © Maxppp

François Rebsamen brigue un troisième mandat. Le maire socialiste a su fédérer une mouvance de centre-gauche. Face à lui, Alain Houpert, le sénateur côte-d'orien se présente sous l'étiquette UMP-UDI. Édouard Cavin représente le FN, Isabelle de Almeida le Front de gauche et Claire Rocher Lutte ouvrière. David Lanaud du Gray, sans étiquette, est sans doute le candidat surprise d'avant premier tour.

  1. Les candidats (par ordre alphabétique)

Édouard Cavin : il a 24 ans et mène la liste "Dijon Bleu Marine". Son père, Charles Cavin, s'était présenté aux municipales à Dijon en 2001 et avait recueilli 5,71% des suffrages. Le candidat articule son programme selon quatre axes : "fiscalité", "insécurité", "injustice et pouvoir d’achat", "immigration et communautarisme", "mieux vivre ensemble à Dijon". S'il "espère parvenir à une baisse des impôts locaux de 25% en six ans" , il promet "l’extension d’un système de vidéo surveillance à toute la ville et notamment dans les lieux dits sensibles" . Le FN propose de "faire preuve de discernement dans l’attribution de ses aides et de ses logements, qui doivent aller aux Dijonnais qui en ont le plus besoin" . Comme pour tous ses candidats dans tout le pays, le parti refuse aussi le financement d'"associations communautaristes" . Dans son programme culturel, Édouard Cavin souhaite créer un festival du rire à Dijon.

Isabelle de Almeida : déjà candidate en 2008, elle a 49 ans et mène la liste Front de gauche "Pour Dijon, l'humain d'abord". Elle est membre du Parti communiste mais ses colistiers sont membres du Parti de gauche ou du collectif alternatif "Ensemble". Le programme insiste sur la démocratie participative, via un forum sur son site où les internautes peuvent voter pour des propositions. La liste veut "réhabiliter la puissance publique" et s'attaquer au "capitalisme financier" , et notamment au recul de l'État. Isabelle de Almeida propose de "remplacer la video-surveillance par une présence humaine" et prévoir de "développer la gratuité des transports en commun" et celle du "service de restauration scolaire" . Elle veut aussi "restreindre la publicité sur l’espace public" .

Alain Houpert : il a 57 ans, radiologue, sénateur et maire de Salives (Nord Côte-d'Or) ety vice-président du Conseil général. Il mène la iste "Dijon 2014, Changeons d'ère", une "liste d'union de la droite et du centre" soutenue par l'UMP et l'UDI. Le programme est décliné en six points pour une ville "plus sûre" , "plus fluide" , "une ville moins bétonnée" , "une ville créatrice d'emplois" , "une ville qui rayonne" et "qui soutient les familles" . Alain Houpert considère que "la ville n'est pas reconnue pour son attractivité économique" , il veut donc créer des "pépinières d'entreprises" . Selon le candidat, Dijon a connu une hausse des cambriolages, agressions et trafics de stupéfiants, il propose donc de "recruter des policiers municipaux mieux équipés, présents 24h/24" . Il entend aussi "arrêter le bétonnage des quartiers" ou "modifier dès septembre l'application de la réforme des rythmes scolaires" .

David Lanaud du Gray :*** sa candidature est sans doute celle qui interpelle le plus à Dijon. Le candidat a 41 ans et évolue dans le monde de la communication, très présent sur les réseaux sociaux. Chapeau sur la tête, chèche autour du coup, un brin dandy et mégalo, il mène la liste "Dijonnons ensemble" sans se prendre au sérieux, où certains le considéreront fantasque. Il avait retiré sa liste au dernier moment en 2008, cette fois, il se lance. Sans étiquette, sur l'échiquier politique, il n'est nulle part. Il compte sur le mécénat et financement participatif pour boucler le budget communal. Parmi ses projets phares : la construction d'une Tour Eiffel rouge surplombant le Square Darcy avec un téléphérique jusqu'à la Tour Philippe Le Bon. Il promet de faire de Dijon une "Principauté de la fête" . Déjà vu à Gaston-Gérard, il veut hisser le DFCO en Ligue des Champions et créer un club de curling. Il a un argument pour arriver à ses fins : "Si on a réellement marché sur la Lune, alors il n'y aucune raison que David Lanaud du Gray ne soit pas élu Maire de Dijon."*

François Rebsamen : le maire socialiste brigue un troisième mandat. Sénateur, il est président du groupe PS à la chambre basse. Il est aussi président de la Communauté d'agglomération du Grand-Dijon et mène la liste "Dijon avec vous", une liste d'union de centre-gauche soutenue par le PS, le MoDem, Europe Écologie-Les Verts, le MUP, le PRG et Cap21. Le candidat a 62 ans et insiste sur son bilan : tram, piscine olympique, écoquartiers, rénovations et pétonisation, "finances saines" , caméras de "vidéoprotection" , réforme des rythmes scolaires, capitale de la gastronomie, concert de rentrée... Dans son programme, il souhaite "poursuivre le travail accompli pour Dijon" . Le maire s'engage à "ne pas augmenter le taux des impôts locaux et la taxe des ordures ménagères plus que l'inflation" . Il souhaite maintenir le ticket Divia à 1,20 euros avec de nouvelles lianes de bus et des voies réservées. Il annonce la "rénovation du Centre commercial Dauphine" , plus de pistes cyclables, de nouveaux éco-quartiers ("Jardin des maraîchers, Arsenal" ) et la "poursuite de la piétonisation du centre-ville" . Enfin, on connaît la Nuit des Musées ; François Rebsamen veut lancer une "Nuit de la culture" .

Claire Rocher : elle représentait déjà Lutte ouvrière aux élections européennes en 2009, aux régionales en 2010 et aux législatives de 2012. A l'extrême-gauche, elle mène la liste “Dijon, faire entendre le camp des travailleurs”. Elle compte représenter les "oubliés" , comme les salariés d'Amora ou TRW. Le programme de LO ne propose pas de mesures locales et s'oppose "à la bourgeoisie et à ses serviteurs politiques" . Le parti s'inquiète de "cette période de crise et d’attaques de la grande bourgeoisie contre les conditions d’existence de la classe ouvrière" . Voter pour Claire Rocher semble donc "un vote d’opposition (...) au gouvernement en place" . Une des principales mesures défendues est l'interdiction des licenciements. Lors des dernières municipales, LO avait recueilli 1,04% des suffrages.

L'hôtel de Ville de Dijon, le Palais des Ducs de Bourgogne.

  1. Les points chauds dans la campagne

La dette. Elle a passionné le conseils municipaux, elle a attisé la campagne. Fin 2012, la dette de la commune s'élévait à 215 millions d'euros, chiffre que le maire reconnaît et qui ajoute que le maire dit avoir baissé pendant son mandat. Ses opposants, dont l'UMP Alain Houpert, ne sont pas de cet avis. Avec 1.144 euros par habitant, le niveau d'endettement des Dijonnais reste supérieur à la moyenne nationale.

Les rythmes scolaires. Dijon a fait partie dès septembre 2013 des treize grandes villes françaises qui ont mis en place la réforme des rythmes scolaires à l'école primaire. Cette organisation sur quatre jours et demi a suscité des manifestations, des oppositions soutenues par certains candidats aux municipales. Le sujet est désormais un argument de campagne et un possible levier pour les parents ...électeurs.

  1. Les enjeux

L'attractivité démographique. La population de la première ville et préfecture de Côte-d'Or continue de croître selon l'INSEE : 145.357 en 1968, 151.212 en 1999 et 151.672 en 2011.

La gauche part-elle pour un triplé ? Depuis le départ de Robert Poujade en 2001, la droite n'arrive pas à se reconstruire. Il y a six ans, François-Xavier Dugourd recueillait 36,44% des suffrages. Cette année, l'UMP a eu du mal à dépasser ses dissidences, mais Alain Houppert, le sénateur côte-d'orien peu connu des Dijonnais, devra combler son déficit de notoriété. Comme en 2008, la gauche dijonnaise –social-démocrate– a su fédérer large, de la gauche au centre. En 2011, les cantonales ont confirmé l'ancrage à gauche de certains cantons (Dijon  IV, Dijon V). En 2012, à la présidentielle, Dijon choisit François Hollande à 53,64%. La même année aux législatives, la première circonscription de Côte-d'or, dont une partie est dijonnaise, bascule clairement vers le PS (56,20%). Y-aura-t-il un effet négatif lié à l'impopularité actuelle de François Hollande et Jean-Marc Ayrault ?

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