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Municipales à Perpignan : l'incroyable bidonnage d'un sondage sème le trouble

- Mis à jour le -
Par , France Bleu Roussillon, France Bleu

Une "étude" d'un prestigieux institut de recherche américain prévoit une large victoire de Louis Aliot lors du second tour des municipales à Perpignan. Sauf que tout est faux... L'institut américain a été inventé de toutes pièces par la fachosphère.

Illustration : Perpignan, le Castillet
Illustration : Perpignan, le Castillet © Radio France - Sébastien Giraud

Mardi 16 juin, Louis Aliot partage sur Twitter "les analyses du site américain sciencesPoll" concernant le second tour des élections municipales à Perpignan. Cet institut, soi-disant dirigé par un professeur d'Harvard, prévoirait une large victoire du candidat RN avec "54% des voix".  

Ce jeudi, la publication de Louis Aliot avait déjà été retweetée à 135 reprises et alimente nombre de conversations en ville. Même le maire sortant Jean-Marc Pujol s'est senti obligé de réagir dans un communiqué : "Il s'agit là de prédictions qui ne correspondent en rien aux sondages réalisés en France par de vrais instituts de sondage et dont on ne connaît pas les références".

Dans le tweet du candidat RN, le lien renvoie vers un article en ligne du site ouillade.eu, se présentant comme "le premier site d'information local indépendant des Pyrénées-Orientales". Les lecteurs peuvent y prendre connaissance des "prédictions" de SciencesPoll et de l'analyse "du Dr John Thomas, d'Harvard" : "Pujol ne bénéficie pas du Front-Républicain du fait de son action très controversée comme maire. Aliot gagne des voix au centre droit et son avance au premier tour était énorme ».

Une étude totalement bidon

Sur son site Internet, entièrement en anglais, le prétendu institut américain se présente comme un spécialiste des "prédictions" politiques, et se targue d'avoir été "le seul à prévoir le score exact" des dernières élections européennes en France. 

Il cite parmi ses clients, entre autres, la télévision française, le quotidien belge L'Echo ou encore la République de Moldavie.  Or, bizarrement, aucun media dans le monde n'a jamais fait référence à la moindre étude de SciencesPoll. Et pour cause...

Capture d'écran sur le site internet de SciencesPoll
Capture d'écran sur le site internet de SciencesPoll

En réalité, l'institut américain n'existe pas. Et son site internet a été fabriqué de toutes pièces, dans le seul but de diffuser cette fausse étude et d'influer sur le second tour des municipales à Perpignan. 

Une création de la fachosphère

À première vue, le site de SciencesPoll pourrait faire illusion. Mais de nombreux indices trahissent le coup monté. Par exemple, la photographie censée représenter l'équipe du professeur d'Harvard est issue d'une banque d'images, et est déjà utilisée par de multiples sites à travers le monde. L'institut cite aussi parmi ses clients des médias totalement imaginaires ou disparus, comme le quotidien français "Paris-Soir", interdit en 1944 pour avoir collaboré...

Mais c'est surtout le formulaire de contact proposé par le site qui trahit les faussaires : l'adresse mail du prétendu institut américain contact@paris-soir.info renvoie directement vers un site appartenant à la fachosphère

Capture d'écran sur le site internet de SciencesPoll
Capture d'écran sur le site internet de SciencesPoll -

"C'est la première fois que je vois un bidonnage aussi élaboré en France", explique Delphine-Marion Boulle, journaliste spécialisée dans la fachosphère et auteure d'un mémoire sur l'utilisation des réseaux sociaux par l'extrême-droite pendant la présidentielle de 2017. "Ce site internet a été monté de toutes pièces pour un seul sondage, avec un niveau d'anglais plus que correct. Cela ne peut pas être l'oeuvre d'un militant local de 50 ans..."

Delphine-Marion Boulle

Derrière le bidonnage, un français exilé aux États-Unis ?

Mais qui se cache donc derrière John Thomas, ce prétendu professeur d'Harvard ? On ne trouve aucune trace de lui dans l'organigramme de la prestigieuse université américaine. Mais selon le site d'information Rue89, "John Thomas est en fait le pseudonyme utilisé par un Français devenu Américain" : un certain Christian Prade, qui se fait aussi appeler Jean-Noël Prade.

Son nom apparaît à l'occasion d'un procès devant le tribunal correction de Poitiers, dans la Vienne. Selon La Nouvelle République, John Thomas alias Christian Prade a été condamné en 2011 à une lourde amende en tant que directeur de l'école Robert-de-Sorbon, une coquille vide qui monnayait de faux diplômes à des étudiants étrangers.  Âgé de 67 ans, l'homme réside actuellement à Sarasota aux Etats-Unis.

Détail amusant : la page web du faux institut américain de sondage SciencesPoll est hébergé sur le même site qu'une université parisienne totalement imaginaire, l'Institut Universitaire Paris XVI. Le numéro de téléphone du standard aboutit sur un répondeur : "Bonjour, vous êtes en contact avec l'école supérieure Robert-de-Sorbon..."

Un ancien du GUD

Selon nos informations, Christian Prade est loin d'être un inconnu dans les milieux d'extrême-droite. Membre fondateur du mouvement étudiant GUD, ancien membre du groupuscule Occident, il a été victime de violences lourdes lors d'affrontements avec des militants d'extrême gauche à la fac de Nanterre dans les années 70.

Pourquoi cet homme exilé aux Etats-Unis, sans lien apparent avec Perpignan, tenterait-il d'interférer sur les élections municipales ? Agit-il de sa propre initiative ou pour rendre service ? Selon la journaliste Delphine-Marion Boulle, l'objectif de ce faux sondage pronostiquant une large victoire de Louis Aliot "pourrait être de démobiliser le camp du maire sortant, en lui faisant comprendre que la bataille est perdu d'avance". 

Contacté par France Bleu Roussillon, Louis Aliot estime qu'une telle publication peut aussi être à double tranchant, et "avoir l'effet inverse, en démobilisant son propre électorat". Et il affirme l'avoir relayé "en toute bonne foi", pensant qu'il s'agissait d'une étude sérieuse. Son adversaire, le maire sortant Jean-Marc Pujol, n'a pas répondu à nos sollicitations. 

Précisons que depuis le premier tour des municipales, aucun institut de sondage n'a publié d'enquête sur le second tour à Perpignan.

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