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DOSSIER : Municipales : portraits de maires

MUNICIPALES - Portrait de maire : à Saint-Marcellin, il redevient professeur des écoles après quatre mandats

C'est la gorge serrée que Jean-Michel Revol nous accueille dans son bureau. Après quatre mandats, il va passer la main. Le maire de Saint-Marcellin (Isère), commune située entre Grenoble et Valence, va retrouver son premier métier : professeur des écoles, sans affectation précise dès la fin mars.

Jean-Michel Revol a décidé d'arrêter. Quatre mandats, c'est bien assez, il faut un peu de sang neuf. Il a été élu quatre fois maire de Saint-Marcellin (Isère), commune d'environ 8000 habitants entre Grenoble et Valence. Et maintenant, dès la décision prise il y a maintenant quelques mois, il faut penser à ces vingt-cinq années de mandats écoulées et surtout à la suite. Qu'est-ce qui a changé dans la vie d'un élu depuis 1995 ? Quelles sont ses marges de manœuvre ? Pourquoi ne pas continuer ? Et que faire après avoir consacré tout ce temps à sa ville et ses habitants ? Jean-Michel Revol le sait : son écharpe tricolore va lui manquer. Un autre défi l'attend : reprendre son métier qu'il a laissé à l'âge de 30 ans, celui de professeur des écoles.

La mairie de Saint-Marcellin (Isère)
La mairie de Saint-Marcellin (Isère) © Radio France - Denis Souilla

Pourquoi avez-vous décidé de ne pas rempiler pour un cinquième mandat ?

Il est temps pour la ville d'écrire une nouvelle page, pas forcément dans les projets mais dans le renouvellement de ses représentants, même si c'est aux électeurs d'en décider. Je crois que quatre mandats, c'est une belle vie, c'est vingt-cinq années me concernant. Il faut savoir tourne la page. Je crois profondément à la nécessité de renouveler le personnel politique, de permettre l’entrée de nouveaux élus, c'est bon pour la démocratie. 

"À un moment donné, il faut savoir partir"

À 55 ans, je ne m'estime pas "vieux", mais une telle charge de travail... Cela dépend de la manière dont vous l'exercez, mais je me me suis donné à fond, vingt-quatre heures sur vingt-quatre à cette ville. Elle m'a habité, j'y suis né, j'y ai mes attache familiales, j'ai été scolarisé ici, j'y ai grandi, j'ai été responsable associatif, donc c'est toute ma vie. J'aurais évidemment faire mieux ou beaucoup plus mais à un moment donné, il faut savoir partir. Je ne sais pas si je vais manquer aux Saint-Marcellinois mais eux vont me manquer, c'est viscéral.

-
- © Radio France

Vous êtes devenu maire alors que votre père était déjà très impliqué dans la vie municipale...

Chaque maire a un peu son histoire, oui. Il se trouve que mon père faisait partie de ses instituteurs qui ont été aussi secrétaire de mairie, quand il a démarré sa carrière, il a longtemps eu ce poste, jusqu'en 1994, dans la commune voisine, à Saint-Bonnet-de-Chavagne. Du coup, j'ai beaucoup baigné dans la vie associative. Il défendait toujours les logiques de l'intérêt général, s'investir pour les autres, donner du temps et de l'énergie, donc la chose publique m'a toujours intéressé. 

"Il défendait toujours les logiques de l'intérêt général, s'investir pour les autres"

Il a été élu en 1971 comme conseiller municipal de cette ville, après en 1977 il est devenu premier adjoint. En 1983, il a candidaté pour être maire de Saint-Marcellin. Il est battu pour sept voix, alors que le mode de scrutin avait changé (on est passé du panachage aux listes, ndlr). Il en a souffert. Sans doute est-ce une épreuve qui l'a marqué, qui m'a marqué. je ne suis jamais allé aux élections par revanche mais plutôt pour porter des projets pour les habitants. Donc il a connu, de 1983 à 1995, douze années dans l'opposition municipale. 

Et puis en 1995, je me suis dit "aller, je tente ma chance", à 30 ans, avec une équipe nouvelle. J'ai été élu dès le second tour. Mon père ne voulait pas j'y aille, c'est le regard paternel sur son fils, il ne voulait pas que je puisse être déçu, c'est l'incertitude électorale. Il me disait "il ne faut pas y retourner, tu vas être battu, c'est pas bon". Il avait un regard protecteur inévitablement.

Qu'est-ce qui vous a marqué le plus durant vos mandats ?

Ce que je retiens, c'est peut-être la détresse des gens parfois. Quand on vient voir son maire pour un problème d'emploi, pour des problèmes de fin de mois, inévitablement, cela vous ébranle dans vos certitudes. Vous découvrez un visage de votre ville vous pensez ignorer. Les choses vont à une telle vitesse que vous oubliez cette détresse là. 

"Vous découvrez un visage de votre ville vous pensez ignorer"

Quand ces habitants viennent vous voir, vous n'avez pas la solution parce qu'elle n'est pas en votre pouvoir, ce ne sont pas les maires qui créent des emplois, ce sont les entreprises, c'est l'activité économique. Vous faites en sorte d'accompagner les gens et les entreprises pour que le territoire soit attractif. Les gens le comprennent mais ils sont heureux d'avoir pu partager ce temps avec vous, que vous ayez pu les écouter, être attentifs à eux. Ce sont moments très riches dans une vie d'élu, émotionnellement très fort, c'est être proche des gens.

Une habitante avec le maire, sur la place de la mairie à Saint-Marcellin
Une habitante avec le maire, sur la place de la mairie à Saint-Marcellin © Radio France - Denis Souilla

Vous êtes-vous senti démuni dans cette fonction de maire ?

Des fois, vous n'avez pas la solution. Je crois qu'il ne faut pas d'histoires aux électeurs. Quelle que soit les communes, il y a des fois, on n'a pas de pouvoir sur les choses. Il faut arrêter de faire croire qu'on est omnipotent, qu'on peut apporter des solutions à chacune des situations, il ne faut pas prendre les électeurs pour des imbéciles. Après, on essaie d'accompagner avec les services municipaux, une famille qui passe une période difficile. Cela peut être des problèmes d'accès au numérique, une rédaction d'un courrier, ce sont des choses que chaque collectivité sait faire, avec un regard bienveillant. 

"Il y a des fois, on n'a pas de pouvoir sur les choses"

Je n'ai pas l'impression qu'on a tout fait parfaitement non plus. Il y a des choses qu'on a pas pu faire, d'autres qu'on a ratées. Par exemple, la collecte nouvelle des ordures ménagères. On a tenté de trouver des solutions qui répondent à l'intérêt général de nos concitoyens. L'exercice le plus difficile, il est sans doute là : répondre à l'intérêt général de nos concitoyens et pas aux intérêts particuliers, parce que la somme des intérêts particuliers ça n'est pas forcément l'intérêt général. 

Auriez-vous été capable de continuer pour un cinquième mandat ?

La décision je l'ai prise au début de l'été 2019, courant juin. Il y a de la fatigue, sept jours sur sept cette ville m'habite, ses habitants sont une préoccupations constante. Il y a une lassitude de voir quelques contradictions (la gratuité de services sans les financer, on est tous pour les énergies renouvelables mais on ne veut pas d'éoliennes, on crie à la mort du commerce en centre ville et on va faire ses courses en grande surface en périphérie).

Ce dernier mandat a été le plus éprouvant, le plus difficile, avec des contraintes financières considérables. Pour la ville de Saint-Marcellin, de 2013 à 2017, c'est 2,3 millions d'euros de baisse de dotations globales de fonctionnement, c'est à dire la disparition de contributions de l'État au budget municipal. Sans arrêt il faut s’adapter à ces contraintes.

La lettre envoyée par Jean-Michel Revol à ses adiministrés
La lettre envoyée par Jean-Michel Revol à ses adiministrés © Radio France - Denis Souilla

Comment avez-vous annoncé votre décision ?

J'ai envoyé une lettre à mes frais, au mois d'octobre. J'explique que "le moment est venu de passer le relais", que "c'est souhaitable pour la vie démocratique locale". J'ai remercié les habitants pendant ces vingt-cinq ans? J'ai remercié aussi les employés municipaux sans lesquels les choses n'auraient pas été possibles.

Qu'allez-vous faire désormais ?

Eh bien je vais retrouver mon premier métier. Je suis devenu instituteur en 1989 dans le nord-Isère puis dans des communes voisines, donc je suis professeur des écoles désormais. Fin mars, je vais retourner à l'enseignement à plein temps. Je redoute ce moment, il y a un peu une peur du vide. Je m'étais mis en disponibilité de l'Éducation nationale pour me consacrer à cette ville, à ses problématiques, à ses habitants. Du jour au lendemain, avoir moins à faire... 

Alors, je positive aussi et je me dis que je ne suis pas dans la peau d'un salarié qui malheureusement perd son emploi, qui n'a rien demandé. Je ne suis pas dans cette situation, là c'est moi qui arrête, ce ne sont pas les électeurs qui me mettent dehors. Il faut voir ça comme une chance, une vie nouvelle à écrire.

"Je redoute ce moment, il y a un peu une peur du vide"

Il faudra attendre l'élection du nouveau maire pour passer la main. Dès le mardi 30 mars, je devrais être dans une école à temps plein. J'attendrai le coup de fil de mon inspection académique pour qu'on me dise "monsieur Revol, vous allez remplacer un(e) collègue dans tel ou tel endroit". C'est une incertitude qui est déstabilisante mais être enseignant c'est le plus beau métier du monde !

Ce n'est pas le titre, ce n'est pas le pouvoir qui m'attirait, c'est le fait d'être utile pour mes concitoyens. Ça ça va me manquer tout autant que mes habitants. là, je suis dans une période pas simple du tout où je suis encore maire mais j'attends la date.

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