Politique

Oui, les Suisses s'intéressent à l'élection présidentielle française !

Par Véronique Narboux, France Bleu Besançon vendredi 21 avril 2017 à 12:01

La vieille ville de Neuchâtel
La vieille ville de Neuchâtel © Maxppp - Johanna Hoelzl

Nos voisins suisses s'intéressent de près à la campagne présidentielle française. Ils la jugent agitée mais plus intéressante que leur propre vie politique, dans un pays où domine le consensus. Néanmoins, certains thèmes de campagne protectionnistes ou anti européens les inquiètent.

"Les suisses ont une relation haine / amour avec les français" explique d'emblée Nicolas Willemin, l'ancien rédacteur en chef de L'Express et de l'Impartial - les deux journaux de Neuchâtel. Le journaliste précise sa pensée : en Suisse, on n'aime pas beaucoup les frontaliers français mais on a besoin de cette main d'oeuvre. Et on regarde beaucoup ce qui se passe en France, notamment à travers les chaînes de télévision françaises qui sont très suivies dans le pays. Un exemple ? Le 20 mars dernier, lors du débat télévisé qui a réuni cinq des onze candidats, un quart des suisses romands qui regardaient la télévision ce soir-là étaient devant TF1 ! "Ca nous intéresse d'autant plus, dit Nicolas Willemin, qu'on n'a pas une vie politique très animée, on est basé sur le consensus ; c'est un peu mou parfois, pas très excitant. Alors pour les suisses, les élections en France, c'est le show, il se passe des choses donc c'est intéressant."

Les Suisses pensent que le président français est un monarque" - Nicolas Willemin

Au-delà de leur intérêt pour une campagne plus musclée que chez eux, les Suisses observent la France comme une sorte de "monarchie présidentielle" assez exotique. "Les suisses pensent que le président français est un monarque, explique Nicolas Willemin. Ils sont assez attirés par quelqu'un qui veut démonarchiser la fonction présidentielle et par exemple, quelqu'un comme Jean-Luc Mélenchon qui dit [vouloir] faire une sixième république, parle un peu aux suisses mais seulement sur cet aspect-là."

Nicolas Willemin, journaliste à l'Express et l'Impartial, les deux journaux de Neuchâtel - Radio France
Nicolas Willemin, journaliste à l'Express et l'Impartial, les deux journaux de Neuchâtel © Radio France - Véronique Narboux

Autre point qui renforce l'intérêt de nos voisins helvètes : le suspense lié à cette élection dont l'issue est très incertaine. A ce stade, si l'on en croit les plus récents sondages, on peut envisager quatre finalistes possibles : Fillon, Le Pen, Macron et Mélenchon. Mais pour gouverner, le (ou la) vainqueur(e) de la présidentielle doit obtenir une majorité lors des législatives de juin prochain. Ce qui, selon Nicolas Willemin, est très incertain, hormis pour Fillon. Et c'est précisément ce qui intéresse ses compatriotes, habitués à voir gouverner tous les partis, ensemble, que ce soit au niveau comunal, cantonal ou fédéral. "Même si c'est Marine Le Pen qui gagne - ce qui fait un peu peur car on n'aime pas les extrêmes - ils se disent qu'elle n'arrivera pas à gouverner, qu'elle n'aura pas de majorité au niveau de l'Assemblée Nationale et qu'elle devra donc arriver à cette culture du consensus."

Des tentations protectionnistes qui inquiètent

A défaut de s'inquiéter de l'arrivée de l'extrême-droite au pouvoir en France, les suisses en redoutent les effets. Plus largement, ils craignent tout(e) président(e) dont l'arrivée à l'Elysée déstabiliserait la zone euro et donc la monnaie européenne. Nicolas Willemin résume ainsi l'enjeu : "Si l'euro baisse, le franc suisse va renchérir et s'il est trop fort, nos produits comme les montres, les machines, vont coûter trop cher." Ce qui est évidemment pénalisant pour une économie où l'exportation joue un rôle majeur. Analyse partagée par Fabio Buongiovanni, le président du conseil communal de la ville de Neuchâtel. Il est membre du PLR (Parti des Libéraux Radicaux), l'équivalent des Républicains en France. "Le canton de Neuchâtel, explique le tout jeune président, exporte un franc sur deux en Europe, dans ce qui est produit. Nous sommes dans une zone fortement exportatrice donc le repli sur soi, les limites aux frontières, c’est quelque chose qui peut être inquiétant à notre niveau, pour les contacts que nous avons avec l’Europe mais aussi pour la France, avec les contacts qu’elle a avec tous les autres partenaires européens avec qui elle discute et traite".