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Présidentielle 2017 : qu'est-ce que le temps de parole ?

Par Laurine Benjebria, France Bleu samedi 24 septembre 2016 à 6:00

Le débat présidentiel du second tour de l'élection présidentielle 2012, entre Nicolas Sarkozy et François Hollande
Le débat présidentiel du second tour de l'élection présidentielle 2012, entre Nicolas Sarkozy et François Hollande © Maxppp - Pool Chesnot

Les règles du temps de parole ont été modifiées pour l'élection présidentielle de 2017. Ce ne sera plus le "principe d'égalité", mais celui "d'équité" qui sera appliqué par les médias cinq semaines avant le début de la campagne officielle. Une mesure qui a attisé la colère des petits candidats.

Chaque élection présidentielle donne lieu à une période de campagne électorale, où s'affrontent les candidats et leurs formations politiques. Les médias en profitent alors pour relayer l'information. Une instance surveille ce traitement médiatique et s'assure que les médias traitent de tous les candidats sur le même plan : le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA). Pour 2017, le Conseil a décidé de changer les règles du jeu.

Temps de parole, temps d'antenne

Le CSA calcule d'abord deux indices : le temps de parole et le temps d'antenne à la radio et à la télévision. La presse écrite et les sites internets ne sont pas concernés par ces calculs. Le temps de parole et le temps d'antenne ne sont pas les mêmes outils :

  • Le temps de parole comptabilise les interventions directes du candidat et de ses soutiens à la radio et à la télévision.
  • Le temps d'antenne enregistre tous les sujets qui sont faits à la radio et à la télévision sur le candidat et ses soutiens.

Les règles du temps de parole jusque-là admises

Le CSA divise le temps de la campagne électorale en trois parties :

  • la période préliminaire : trois semaines, du 1er février au 19 mars.
  • la période intermédiaire : entre le dépôt des listes et le début de la campagne officielle.
  • la campagne officielle : quinze jours avant le premier tour, période officielle de la campagne électorale.

Jusque-là, tous les candidats, quelle que soit leur formation politique, obtiennent le même temps de parole médiatique durant les cinq semaines précédant le premier tour. Neuf directeurs de rédaction de chaînes de télévision et de radio (France Bleu, Europe 1, RTL, France Inter, France Info, France Culture, RMC, BFM TV et BFM Business) ont adressé en 2012 une lettre ouverte au président du Conseil constitutionnel demandant à réduire cette égalité aux deux dernières semaines.

Les propositions du Conseil supérieur de l'audiovisuel

Le 22 novembre 2012, le Conseil supérieur de l'audiovisuel a rendu son rapport sur l'élection présidentielle et du traitement médiatique de la campagne. Le CSA a estimé que le principe d'égalité appliqué durant les cinq semaines précédant le premier scrutin avait eu des "conséquences négatives".

"Devant la difficulté de garantir l'égalité entre les dix candidats, les chaînes généralistes ont préféré réduire très sensiblement la retransmission de leurs interventions. ", CSA

Ce rapport a donné lieu à quatre propositions de la part du Conseil :

  • Supprimer la période intermédiaire
  • Fixer une heure unique pour la fermeture des bureaux de vote en métropole
  • Rendre la campagne officielle plus attrayante
  • Engager une réflexion sur le traitement médiatique des élections primaires organisées par les partis politiques en vue de désigner leurs candidats

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Les nouvelles règles : la fin de l'égalité stricte de temps de parole

En novembre 2015, Bruno Le Roux et Jean-jacques Urvoas ont déposé à l'Assemblée nationale une proposition de loi visant à modifier la prise en compte du temps de parole des candidats à la prochaine élection présidentielle. La loi organique du 26 avril 2016 de "modernisation des règles de l'élection présidentielle" assouplit donc les règles du temps de parole, mais uniquement durant la période dite "intermédiaire".

Prenant en compte la nouvelle loi, le CSA a présenté les nouvelles règles relatives aux temps de parole. Au lieu de prendre en compte le principe d'égalité, sera appliqué le principe d'équité dès le dépôt des listes de candidats dans le Journal officiel (le 19 mars) et ce jusqu'au début de la campagne présidentielle. Le Conseil comptabilisera le temps d'antenne et le temps de parole pour évaluer la présence médiatique des candidats.

Désormais, seront pris en compte dans le temps d'antenne toutes les séquences portant sur le candidat et ses soutiens y compris les éditoriaux, les débats d'experts, les revues de presse et tout autre commentaire politique, sauf si la séquence "lui est clairement défavorable". Durant la période préliminaire, l'exposition sur les réseaux sociaux des candidats sera également intégrée dans les calculs du CSA.

Nouveauté également du côté de l'Elysée : en cas de nouvelle candidature, les propos du Président (hors ses missions régaliennes) seront considérés comme du temps de parole électoral.

En ce qui concerne la période dite "de réserve", qui interdit la publication de sondage et de "propagande électorale", le CSA souhaite modifier la date du début de la période pour qu'elle début le samedi, veille du scrutin et non plus le vendredi.

L'égalité stricte du temps de parole du candidat demeurera cependant la règle durant la période de l'entre-deux tours et pour les deux semaines précédant le premier scrutin, du 10 avril au 5 mai.

Qu'est-ce que la "représentativité d'un candidat" ?

Pour calculer la représentativité d'un candidat, le CSA prend en compte trois facteurs :

  • les sondages et enquêtes d'opinion ;
  • la contribution du candidat à l'animation du débat électoral ;
  • les résultats obtenus par le candidat (ou sa formation politique) lors des dernières élections ;
  • le nombre d'élus dont peuvent se prévaloir les partis politiques soutenant le candidat.

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Un temps de parole inégalitaire pour les petits partis ?

En prenant en compte les sondages et les récents résultats dans le calcul, les partis politiques les plus importants sont avantagés compte tenu de leur place dans le paysage politique français. Les petits candidats s'estiment lésés et y voient une injustice : celle de ne pas pouvoir obtenir le même temps de parole que les candidats provenant des grands partis (Parti socialiste, Les Républicains, Front national, Front de gauche, etc.).

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