Politique

Présidentielle : ce qu'il faut retenir du débat entre les onze candidats

Par Tifany Antkowiak, France Bleu mercredi 5 avril 2017 à 1:34 Mis à jour le mercredi 5 avril 2017 à 11:33

La photo de classe des candidats au débat, sans Philippe Poutou qui a refusé de prendre la pose avant le débat..
La photo de classe des candidats au débat, sans Philippe Poutou qui a refusé de prendre la pose avant le débat.. © AFP - Lionel Bonaventure

Le débat de mardi soir entre les onze candidats à la Présidentielle a réuni 6,3 millions de téléspectateurs sur BFMTV et CNews, autour des thèmes de l'emploi, de la sécurité et du social. Certains échanges ont été vifs, en particulier au sujet des affaires.

Le débat entre les onze candidats à la Présidentielle a réuni 6,3 millions de téléspectateurs sur BFM TV et CNews, mardi soir. C'est près d'un tiers des téléspectateurs, selon les chiffres de Médiamétrie.

Près de quatre heures de débat

Les échanges débat ont duré près de quatre heures, soit trente minutes de plus que prévu. Quatre heures pendant lesquelles les onze candidats à l'élection présidentielle (Marine Le Pen, Emmanuel Macron, François Fillon, Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon, Nicolas Dupont-Aignan, Nathalie Arthaud, François Asselineau, Jean Lassalle, Jacques Cheminade, et Philippe Poutou) ont présenté sur BFMTV et CNews leurs propositions pour recréer de l'emploi, améliorer la sécurité des Français, ainsi que le modèle social du pays, à 19 jours du premier tour du scrutin. Quatre heures marquées notamment par les attaques de Philippe Poutou et Nathalie Arthaud envers François Fillon et Marine Le Pen sur les affaires.

Poutou, Arthaud et Dupont-Aignan à l'attaque sur les affaires

Le candidat du Nouveau parti anticapitaliste a marqué sa différence avant même que le débat ne commence, en esquivant la "photo de famille" des candidats présents sur le plateau de BFMTV et CNews. Philippe Poutou est resté dans les gradins avec son entourage au moment où le cliché à été pris.

La "photo de famille" prise avant le débat, sans Philippe Poutou. - AFP
La "photo de famille" prise avant le débat, sans Philippe Poutou. © AFP - Lionel Bonaventure

Quand on est convoqué par la police, on n'a pas d'immunité ouvrière. On y va" - Philippe Poutou

Dès la première demi-heure d'échanges, le candidat du NPA a mis les pieds dans le plat au sujet des affaires qui ont secoué la campagne présidentielle ces dernières semaines. "Depuis janvier, c'est le régal, une campagne super : Fillon, il est en face de moi, que des histoires. Et plus on fouille, plus on sent la corruption, plus on sent la triche", a lancé Philippe Poutou au candidat Les Républicains. Après une autre allusion aux affaires, François Fillon a menacé le salarié de Ford d'un procès.

Philippe Poutou a également ironisé sur la décision de Marine le Pen de ne pas se rendre à une convocation de la justice, dans l'affaire sur les soupçons d'emplois fictifs au Parlement européen, comme le lui permet son immunité d'eurodéputée, prononçant là l'une des phrases les plus remarquées de la soirée : "Quand on est convoqué par la police, on n'a pas d'immunité ouvrière. On y va". La candidate de Lutte ouvrière Nathalie Arthaud a elle aussi fait référence à l'attitude de la président du Front national en pointant le "décalage insupportable" entre "la tolérance zéro pour les jeunes", "les caissières qui peuvent être licenciées pour avoir pris un bon d'achat", "et vous (qui) ne vous rendez pas à convocation des juges".

La candidat de Debout la France Nicolas Dupont-Aignan n'a pas hésité non plus à dégainer concernant les affaires, puisqu'il a lancé en préambule : "j'ai toujours servi les Français sans jamais me servir". Le candidat de la droite et celle du Front national ont refusé de répondre sur le fond des enquêtes qui les concernent. "On a voulu m'éliminer de cette compétition politique. Je suis toujours là", a déclaré François Fillon, mis en examen dans l'affaire des soupçons d'emplois fictifs dont auraient bénéficié des membres de sa famille. Au moment d'aborder le thème de l'exemplarité des élus, le candidat de la droite et du cente a utilisé une anaphore pour expliquer sa vision d'un "président exemplaire".

Europe : des différences profondes

Le premier thème, celui de l'emploi, a rapidement conduit les candidats à exprimer leurs visions - et leurs divisions- à propos de la position de la France en Europe : renforcement de la construction européenne pour Emmanuel Macron, renégociation des traités pour Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, "Frexit" et/ ou sortie de l'euro pour François Asselineau et Marine Le Pen. Jean Lassalle a lui rétorqué que "la France était déjà assez fracturée" pour qu'on lance un "Frexit". Nathalie Arthaud, a elle aussi répondu aux candidats partisans d'une sortie de l'euro ou de l'Union européenne en taxant leurs discours de "diversions".

Le débat a été animé sur un point en particulier : la question des travailleurs détachés, qui payent leurs cotisations sociales dans leur pays d'origine et non au niveau du pays d'accueil. Pris pour cible par plusieurs candidats, en majorité "eurosceptiques", Emmanuel Macron a dit vouloir réformer cette directive via "une harmonisation sociale" alors que Marine Le Pen veut la supprimer. Jean-Luc Mélenchon a reproché à cette dernière de n'avoir pas voté contre la directive au Parlement européen dont elle est membre. Elle s'était abstenue. "Je suis élu, plus de travailleur détaché", a-t-il promis.

Fichez-nous la paix avec la religion !" - Jean-Luc Mélenchon

Le ton est parfois monté entre les candidats, par exemple entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Alors que la candidate du Front national évoquait la possibilité d'installer des crèches à Noël dans les mairies, le candidat de La France insoumise a lancé, "60% des Français n'ont pas de religion, fichez-nous la paix avec la religion!".

Un autre débat d'avant premier tour est programmé sur France 2 le 20 avril, à trois jours du scrutin, mais plusieurs candidats et le Conseil supérieur de l'audiovisuel ont exprimé des réserves sur cette date. Nicolas Dupont-Aignan a fait référence à ces réticences mardi soir. Jugeant le débat de BFMTV et CNews "de bonne qualité", il a demandé aux dix autres candidats de s'engager à être présents dans deux semaines.