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Présidentielle : le regard des étudiants étrangers à Rouen

Par Clémentine Vergnaud, France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure) lundi 1 mai 2017 à 10:32

Rennier est un étudiant brésilien qui est à Rouen pour faire un master d'économie. Selon lui, "les candidats s'attaquent plus entre eux !" pendant la campagne de l'élection présidentielle.
Rennier est un étudiant brésilien qui est à Rouen pour faire un master d'économie. Selon lui, "les candidats s'attaquent plus entre eux !" pendant la campagne de l'élection présidentielle. © Radio France - Clémentine Vergnaud

A quelques jours du second tour de l'élection présidentielle, France Bleu Normandie vous propose aujourd'hui de croiser le regard des étudiants étrangers qui sont à Rouen. Comment perçoivent-ils ce scrutin sur le plan politique ? Et que pensent-ils de l'attitude des Français ? Témoignages.

A Rouen, ils représentent 14% des étudiants. Eux, ce sont les étudiants étrangers qui ont posé leurs valises dans la capitale seino-marine, pour quelques mois ou quelques années. A quelques jours du second tour de l'élection présidentielle, France Bleu Normandie part à leur rencontre pour comprendre comment ils perçoivent ce scrutin. Que pensent-ils des candidats ? Et de l'attitude des français ? Un point commun : le scrutin à la française, c'est pour eux une partie du folklore "à la française".

Une campagne plus animée

Impossible pour eux de manquer le plus grand rendez-vous de la vie politique française : les étudiants étrangers qui vivent à Rouen savent tous que l'élection présidentielle se déroule en ce moment. Pourtant, Shumin s'étonne de voir ses camarades si peu intéressés. Cette chinoise est en 3e année de licence d'administration économique et sociale (AES) : "Je trouve que les étudiants de mon âge parlent peu de cette élection ! Ils n'y prêtent pas beaucoup d'"attention." Vantrang, une vietnamienne qui étudie en France depuis six ans, est au contraire surprise parce qu'elle trouve que les français n'hésitent pas à débattre. Une autre approche culturelle que celle de son pays. "Chez moi c'est un sujet un peu implicitement tabou. On ne discute pas comme ici, on n'a pas les campagnes pour l'élection présidentielle. La politique en France me paraît plus proche des habitants alors qu'au Vietnam ça me paraît très large, j'ai l'impression que ça ne me concerne pas."

Être plus concerné par les élections, c'est un des plaisirs de la vie à la Française selon Rennier. Selon lui, c'est grâce à l'ambiance de la campagne. Cet étudiant brésilien qui est à Rouen pour son master d'économie s'en réjouit : "Les candidats font beaucoup d'attaque entre eux ! Au Brésil c'est un peu plus calme mais je pense qu'ici c'est bien aussi. C'est une élection importante, donc j'imagine que même pour la France elle est très animée."

On a le droit aussi de ne pas voter

Les affiches, les meetings, les débats et les professions de foi : autant de petits bonheur multiplié par onze, comme le nombre de candidats en 2017. Une pluralité qui séduit Ashwin, un Indien de 24 ans qui est en école de commerce. "Je pense que c'est bien d'avoir autant de candidats. On a beaucoup de possibilités alors que quand on a que deux ou trois candidats qui se répondent tout le temps, les options sont réduites et les gens ne parviennent pas à faire un choix. C'est pour ça qu'en Inde l'abstention est très forte."

Malgré cette richesse du débat, plus d'un français sur cinq s'est abstenu dimanche. Une pratique qui ne choque pas Chon : pour lui, c'est aussi ça la démocratie. "C'est leur liberté, on a le droit aussi de ne pas vouloir voter", explique l'étudiant chinois. Reste un point commun à ces étudiants étrangers : une certaine crainte de voir Marine Le Pen l'emporter au second tour... Pour Tsvetelina, en France depuis trois ans pour faire une licence de droit, le Front National à la tête du pays, ça n'a rien de rassurant. "C'est inquiétant parce que ça pourrait briser tous mes projets et peut-être que je devrais revenir en Bulgarie alors que j'adore la culture française. J'aime bien ce pays donc c'est dangereux." Tsvetelina qui a des projets à long terme en France : elle souhaiterait y faire son master et probablement sa carrière.