Politique

Primaire de la droite : ce qu'il faut retenir du deuxième débat

Par Géraldine Houdayer, France Bleu vendredi 4 novembre 2016 à 3:00 Mis à jour le vendredi 4 novembre 2016 à 15:32

Ce deuxième débat pour la primaire à droite a été particulièrement musclé.
Ce deuxième débat pour la primaire à droite a été particulièrement musclé. © Maxppp - Arnaud Dumontier

Les sept candidats à la primaire de la droite, qui se tiendra les 20 et 27 novembre prochain, se sont affrontés pour un deuxième débat télévisé ce jeudi soir. L'ambiance a été plus tendue que lors du premier débat du 13 octobre dernier. Selon un sondage, c'est Alain Juppé qui a le plus convaicu.

Le deuxième débat télévisé de la primaire à droite, ce jeudi 3 novembre, a donné lieu à des échanges musclés entre les sept candidats qui s'affrontaient salle Wagram, à Paris. L'ambiance sur le plateau était tendue. Certaines passes d'armes entre candidats ont même été très acides.

Tous contre Sarkozy ?

Après avoir rappelé que ses rivaux d'aujourd'hui ont été, pour la plupart, ses ministres d'hier, Nicolas Sarkozy a vanté son expérience : "Président de la République, c'est une fonction à laquelle on ne peut pas se préparer, on ne s'y prépare qu'en la connaissant", a-t-il affirmé. Les autres candidats n'ont pas manqué de lui reprocher son bilan. Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM) l'a notamment accusé de dénigrer le Grenelle de l'environnement, dans l'une des passes d'armes les plus cinglantes du débat.

L'ambiance s'est encore crispée lorsque Bruno Le Maire a rappelé a l'ancien chef de l'Etat sa promesse d'arrêter la politique s'il perdait en 2012. "Commence d'abord par être élu !", lui a lancé Nicolas Sarkozy, avant d'ajouter "tu verras, c'est très difficile!"

Jean-François Copé, lui, a aussi visé l'ancien Président, en ironisant sur l'échec : "Les échecs, ça forge, beaucoup plus que les victoires. Je peux en porter témoignage avec la même énergie que Nicolas Sarkozy!" a-t-il lancé sur le ton de la boutade.

Un seul mandat pour Juppé, Sarkozy et Fillon

Pour la première fois, Nicolas Sarkozy s'est engagé ouvertement en faveur d'un mandat unique. Il en a profité pour glisser une pique à Alain Juppé, âgé de 71 ans : "J'aurai 67 ans à la fin de ce second mandat, si par hypothèse les Français me le confiaient, ce sera le temps de remercier la France". Pour Nicolas Sarkozy et François Fillon, le mandat unique doit être un choix personnel. Alain Juppé propose également un seul mandat : "Je n'aurai pas l’œil fixé sur les sondages et je ne serai pas soucieux de me faire réélire en surveillant ma popularité. Donc j'irai jusqu'au bout des engagements que j'ai pris. Ce sera difficile". Bruno Le Maire, qui a insisté sur sa "fraîcheur", n'est pas d'accord : « Si le président de la République est efficace, pourquoi en changer ? » Jean-Frédéric Poisson  juge, lui, "indispensable de revenir à un septennat unique."

Bayrou s'invite à droite

Alain Juppé a été sommé de se justifier sur son alliance avec François Bayrou."Je ne lui ai rien promis, il ne m'a rien demandé", a tranché le maire de Bordeaux. Nicolas Sarkozy voit un problème politique majeur à cette alliance. Alain Juppé s'est dit très surpris par cette "fixation sur le cas de M. Bayrou." Il juge d'ailleurs "suicidaire de se passer du soutien de François Bayrou. Pour lui, "refuser son soutien, ce serait offrir la première place à Marine le Pen au premier tour en 2017. Les autres candidats ont jugé le sujet Bayrou dérisoire, mais y ont tout de même consacré plusieurs minutes. Pour François Fillon, la polémique Bayrou symbolise "le retour aux petits arrangements électoraux". Bruno Le Maire en a profité pour redire tout le mal qu'il pensait du leader du Modem : "Je trouve très surprenant le temps que nous accordons à François Bayrou. Il est, pour moi, le complice de l'élection de François Hollande à la présidence de la République". Au passage, Alain Juppé a, comme les autres adversaires de Nicolas Sarkozy, critiqué l'ouverture menée par l'ancien Président au moment de son arrivée au pouvoir en 2007.

Le FN et Assad mettent Poisson en difficulté

L'attitude vis-à-vis du Front National a aussi occupé plusieurs minutes du débat. NKM a a rappelé qu'elle était la seule à avoir toujours été contre le "ni-ni" et pour le front républicain, en cas de deuxième tour entre la gauche et le Front national. Jean-Frédéric Poisson, en difficulté, a accusé NKM d'avoir sollicité le parrainage de Robert Ménard, le maire de Béziers, pour pouvoir se présenter à la primaire. Il a affirmé, feuille en main, qu'il détenait le mail en question. NKM a rétorqué qu'il s'agissait de mails collectifs.

Jean-Frédéric Poisson a aussi été visé pour sa relation au président syrien Bachar-Al-Assad, qu'il a rencontré. Il a affirmé que s'il était allé le voir en Syrie, c'était notamment pour lui demander quand il allait partir. Ce qui n'a pas manqué de faire rire les autres candidats.

La sécurité fait consensus

A propos de la sécurité , les candidats affirment tous vouloir en faire plus. Tous ont promis une réforme des règles de la légitime défense, pour permettre aux policiers de faire plus facilement usage de leurs armes. Nicolas Sarkozy, soutenu par Jean-Frédéric Poisson, défend "la présomption de légitime défense." Alain Juppé, comme Jean-François Copé et NKM, veut aligner les règles applicables aux policiers à celles sur les gendarmes qui "peuvent après sommation faire usage de leur arme". "Il faut permettre aux policiers de faire usage après sommation", a renchéri Bruno Le Maire. Seul François Fillon ne s'est pas exprimé sur le sujet.

L'école divise

Les divergences entre les sept candidats sont plus saillantes sur l'éducation. Nathalie Kosciusko-Morizet  a affirmé qu'elle voulait mettre fin aux nouveaux horaires de l'Education nationale. "Quand on emmène ses enfants à l'école, c'est pas pour faire des cours d'origami ou de zumba, a tancé NKM.

Bruno Le Maire, lui, souhaite mettre fin au collège unique, et revaloriser la voie professionnelle. Jean-François Copé est favorable à "la Marseillaise, à l'école, à l'uniforme, au drapeau, au service national obligatoire : c'est une manière de réfléchir à la cohésion."

François Fillon, lui aussi, a réaffirmé son penchant pour l'autorité : "Oui, je propose un uniforme. C'est moderne. Je veux un contrôle pour qu'on ne laisse pas entrer au collège des enfants qui ne possèdent pas les fondamentaux. Je veux qu'on revalorise les filières professionnelles". Nicolas Sarkozy a rappelé sa volonté de faire baisser le nombre d'enseignants : "Moins d'enseignants, qu'ils travaillent plus et qu'ils soient mieux payés. Tout jeune entre 18 et 25 ans qui n'aurait pas de formation ni d'emploi sera envoyé au service militaire obligatoire" . Pour Alain Juppé, "l'apprentissage doit être remis à l'honneur. Il faut mettre le paquet dans les petites classes : c'est là que tout se joue. Enfin, il faut développer l'autonomie des établissements." Jean-Frédéric Poisson, lui, veut favoriser l'école privée. Il a affirmé que "l'école libre coûte moins cher à l'Etat" que l'école publique.

Juppé jugé le plus convaincant

A l'issue de ce débat, Alain Juppé a été jugé le plus convaincant , devançant Nicolas Sarkozy de dix points (34% contre 24%), selon un sondage Elabe pour BFMTV. Le maire de Bordeaux devance dans l'ordre Nicolas Sarkozy (24%), François Fillon (15%), Bruno Le Maire (10%), Nathalie Kosciusko-Morizet (7%), Jean-Frédéric Poisson (5%) et Jean-François Copé (4%). Chez les seuls sympathisants de la droite et du centre, Nicolas Sarkozy arrive en tête (31%) devant Alain Juppé (28%).

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