Politique

Primaire à gauche : ce qu'il faut retenir du deuxième débat

Par Germain Arrigoni, France Bleu dimanche 15 janvier 2017 à 21:20

Les sept candidats à la primaire à gauche initiée par le Parti Socialiste
Les sept candidats à la primaire à gauche initiée par le Parti Socialiste © Maxppp -

Les sept candidats à la primaire à gauche se sont retrouvés dimanche sur BFMTV, iTÉLÉ et RMC pour un deuxième débat plus animé que le précédent, une semaine jour pour jour avant le premier tour.

Fin du deuxième round. Les sept candidats à la primaire à gauche initiée par le Parti Socialiste - Manuel Valls, Vincent Peillon, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, pour le Parti socialiste (PS), François de Rugy (Parti écologiste), Sylvia Pinel (Parti radical de gauche) et Jean-Luc Bennahmias (Front démocrate) - ont de nouveau débattu ce dimanche soir.

Après un premier débat très policé, les prétendants à l'investiture du PS ont haussé le ton et se sont opposés plus vivement. Les désaccords entre Manuel Valls et Benoît Hamon sont apparus en particulier sur l'accueil des réfugiés et le cannabis. Arnaud Montebourg est resté en retrait de cette confrontation pour défendre notamment une offensive pour réorienter l'Europe. L'éducation, le cannabis et le bilan du quinquennat ont également fait partie des thèmes abordés. Tour d'horizon.

Valls taclé sur la question des réfugiés

Manuel Valls a été particulièrement ciblé lors de ce débat et tout d'abord sur la question de l'accueil des réfugiés. L'ancien Premier ministre a été interrogé sur un discours tenu le 13 février 2016 à Munich, lors duquel il avait assuré que l'Europe ne pouvait "pas accueillir plus de réfugiés". L'ex locataire de Matignon a dit "assume(r)" la politique qu'il a menée sur l'accueil des migrants estimant que l'"Histoire (lui) a donné raison", ce que son rival Vincent Peillon a contesté.

"La vie, ce n'est pas une ardoise magique", a-t-il raillé en soulignant son "désaccord profond" sur la question, qui "a marqué ce quinquennat". Il a dit son "sentiment que les Français étaient plus généreux que leurs dirigeants".

Et Benoît Hamon a répondu à l'ancien locataire de Matignon pour qui "c'est l'honneur de la France d'avoir mené cette politique", que l'honneur de la France est de ne pas être un des pays dont on a eu le sentiment qu'il était "parmi les moins volontaires".

Le nucléaire divise...

Le thème de l'environnement a permis à l'écologiste François de Rugy de se distinguer en demandant une sortie du nucléaire plus rapide que ce que prônent ses concurrents.

Pour Benoît Hamon, "Les énergies renouvelables créent six fois plus d'emplois que le nucléaire". Il a rejoint l'objectif de Vincent Peillon de demander à l'Europe de financer la transition écologique.

Arnaud Montebourg est en accord avec la politique menée par François Hollande sur ce point. "L'ennemi c'est le carbone, le charbon et le pétrole. On a besoin du nucléaire pour réduire notre addiction au carbone. Je fais mien les compromis actuel du gouvernement. Les centrales nucléaires qui sont considérées comme devant être fermées, le seront."

... le cannabis aussi

Sur la dépénalisation du cannabis, Manuel Valls a dit son opposition se distinguant de ses rivaux qui défendent un grand débat national comme Vincent Peillon ou une légalisation comme Benoît Hamon. "Il faut des interdits dans une société, il faut des règles", a fait valoir l'ancien Premier ministre. Arnaud Montebourg est lui aussi contre l'idée de dépénaliser.

Pour défendre la légalisation, Benoît Hamon a fait valoir que "la prohibition n'a(vait) jamais été aussi inefficace", proposant de consacrer "535 millions d'euros à la lutte contre les addictions plutôt qu'à la prohibition".

"Si je suis élu président de la République, j'ouvrirai sérieusement ce débat qui mérite une grande conférence nationale", a pour sa part confié Vincent Peillon.

Rompant avec des propositions souvent proches de celle de Manuel Valls, la candidate PRG Sylvia Pinel a aussi défendu la dépénalisation, qui permettrait de "redéployer les forces de l'ordre sur d'autres missions" notamment les autres trafics de stupéfiants ou "la lutte contre le terrorisme". Jean-Luc Bennahmias est lui favorable à une "légalisation contrôlée" tandis que François de Rugy propose d'"expérimenter une légalisation de l'usage et de la commercialisation".

Bilan du quinquennat

Autre sujet sur lequel Manuel Valls a été la cible des critiques de ses concurrents, celle de la pratique du pouvoir, avec une nouvelle fois un Vincent Peillon très combatif. "Un président de gauche c'est d'abord un président qui va pouvoir rassembler la gauche et d'abord ses propres amis. Entre ceux qui ont théorisé deux gauches irréconciliables et ceux qui ont cassé des portes et brisé des fenêtres en étant restés plus longtemps que moi au gouvernement, il va falloir rassembler", a-t-il lancé, égratignant d'une phrase l'ancien Premier ministre et les frondeurs Arnaud Montebourg et Benoît Hamon.

De son côté, Manuel Valls a "revendiqué (s)a fierté d'avoir gouverné" et a dit être "lucide" sur "les réussites" et "les échecs". Pour l'ancienne ministre Sylvia Pinel : "On ne peut pas dire que rien n'a été fait".

Si son ombre plane sur cette primaire dont il est le grand absent, François Hollande n'aura pas écouté ce deuxième débat. Le chef de l'Etat était au théâtre en compagnie de la ministre de la Culture Audrey Azoulay, pour assister à une pièce de Michel Drucker.

L'éducation

Anciens ministres de l'éducation Hamon et Pellon ont salué leur propre bilan. "L'un des points positifs de ce quinquennat est l’Éducation", a affirmé Benoît Hamon, qui en fut le ministre d'avril à août 2014. Il propose que les classes comptent 25 élèves maximum, 20 outre-mer, ainsi qu'un "service public de l'aide aux devoirs sur le cycle 2". Vincent Peillon, ministre de mai 2012 à mars 2014, estime que "ce qu'a fait le gouvernement c'est le choc PISA. On a créé 54 000 postes durant le quinquennat".

Arnaud Montebourg promet 7 milliards d'euros pour le budget de l’Éducation. Et de préciser : "Nous devons faire confiance aux professeurs. On les traite comme des fonctionnaires d'exécution mais ils ont une responsabilité, celle de guider nos enfants."

Pour Manuel Valls, "il faut continuer à mettre le paquet dans l'école notamment pour l’accueil des moins de 3 ans, créer un service public pour la petite enfance. Il faut soutenir encore plus les enseignants des quartiers difficiles, leur donner le droit au bout de cinq ans de changer d'école. Les grandes Nations de demain sont celles qui investissent dans l'école."

Unanimité pour renforcer l'Europe de la défense face à Trump

L'Europe, objet de la première partie du débat, avait permis aux candidats d'exprimer de façon consensuelle le besoin d'une Europe renforcée en matière de défense, sur fond de désengagement probable des Etats-Unis. Ils se sont en revanche opposés sur la question du déficit budgétaire. Vincent Peillon a proposé d'obtenir le feu vert de l'Allemagne en faveur d'un grand plan d'investissement européen, en échange d'une politique budgétaire "sérieuse" en France. Benoît Hamon a objecté que le déficit valait peu face au risque de l'émergence politique de Marine Le Pen.

Tous soutiendront le vainqueur

Comme ils s'étaient déjà engagés en signant la charte pour participer à cette primaire, les sept candidats ont (re)dit soutenir le vainqueur du scrutin. "Oui, c'est pour ça que je veux gagner", a notamment répondu Manuel Valls, provoquant des rires dans l'assistance, imité par Arnaud Montebourg qui a déclaré n'avoir "pas d'autre choix que de gagner".

Les conclusions des candidats

Le premier débat a attiré 3,8 millions de téléspectateurs jeudi soir. Mieux pour celui-ci ? Réponse lundi dans la matinée avant un ultime débat ce jeudi 19 janvier. Place ensuite au scrutin avec le premier tour le dimanche 22 janvier et le second tour le dimanche 29 janvier.