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Politique

L'interview exceptionnelle de François Rebsamen à France Bleu Bourgogne

lundi 29 octobre 2018 à 6:01 Par Anne Pinczon du Sel et Guillaume Farriol, France Bleu Bourgogne

Le maire de Dijon François Rebsamen a accordé un entretien exceptionnel à France Bleu Bourgogne. Au programme : la place de la voiture dans la ville, le logement, la cité de la gastronomie ou encore l'avenir de Dijon.

François Rebsamen dans les studios de France Bleu
François Rebsamen dans les studios de France Bleu © Radio France -

François Rebsamen, le maire de Dijon, nous a accordé une interview exceptionnelle pour faire un point sur son action passée et sur celle à venir. Il nous a reçus dans son bureau de l'hôtel de ville. 

La place de la voiture dans Dijon

France Bleu : Cela coûte de plus en plus cher de se garer dans Dijon. Vous ne voulez plus du tout de voiture dans le centre-ville ?

François Rebsamen : Non, cela ne coûte pas plus cher. Les amendes n'ont pas augmenté, les tarifs n'ont pas bougé.

Mais vous faites la guerre aux voitures dans le centre-ville...

Pas du tout, vous savez, il y a des parkings partout qui ne sont pas chers, vraiment pas chers. L'heure la nuit coûte 30 centimes d'euros. Et puis, il y a des places en surface. Il y a de quoi garer les voitures. Les gens sont contents que l'on fasse la chasse aux voitures ventouses qui n'ont rien à faire au centre-ville ou ailleurs.  Et puis, le stationnement résident que nous avons mis en place, c'est un stationnement pour les Dijonnais. Je veux que les habitants puissent se garer pour pas cher. Par exemple un parking résidant en surface, c'est 10 euros par mois. 

Mais il n'y a pas une place réservée...

Non, il n'y a pas de place réservée. Ça s'appelle le foisonnement. Et c'est normal, parce qu'il y a des gens qui n'ont pas de voiture, donc on imagine mal qu'il y ait  des places attribuées.

Vous dites que les tarifs n'ont pas augmenté, mais en revanche la zone du stationnement payant, elle s'étend. Est-ce que ça va continuer ? 

Non ce n'est pas du stationnement payant, c'est du stationnement résident. Il est payant, bien sûr, mais cela permet aux habitants d'avoir de la place.

Dans ce cas, est-ce que le stationnement résident va s'étendre ?

Nous faisons des sondages et quand les gens demandent à plus de 50% dans une rue, on met le stationnement résident. Par exemple, en ce qui concerne la rue de Jouvence, ce sont les commerçants qui demandaient parce qu'ils voulaient de la rotation. Mieux vaut avoir des voitures qui stationnent un moment pour faire les courses que des voitures qui restent toutes la journée.

Le gouvernement va autoriser les péages urbains pour les villes de plus de 100 000 habitants. Est ce que cela vous intéresse ?

Pour le moment pas du tout. Imaginez,  si je disais par exemple à la vallée de l'Ouche : "tiens, vous allez avoir un péage urbain", alors qu'il n'y a pas de transports en commun qui leur permet de venir dans de bonnes conditions à Dijon, ça serait l'émeute. Et ils auraient raison. 

L'urbanisme dijonnais

Quand on parle construction à Dijon, on entend souvent dire qu'il n'y a que du béton partout. Que pourrait-on faire pour régler cela ?

On fait beaucoup pour la végétalisation. Dijon a même candidaté pour être "Ville verte européenne" et nous avons un bon dossier.

Ce n'est pas flagrant quand on se promène dans le centre-ville...

Vous aviez vu des arbres avant dans le centre-ville ? Non. Il n'y avait que des voitures, des trottoirs et des bus. Il y avait 1 300 bus qui passaient chaque jour rue par la rue de la Liberté. C'était de la pollution assurée et des façades toutes noires. Aujourd'hui, vous avez une ville apaisée. Nous plantons des arbres. Il y a des places que l'on aménage, comme la place des Cordeliers, où nous plantons des savonniers. 

2017 a été une année record pour la construction de logements à Dijon. Allez-vous étendre la ville à l'infinie ? Cela ne risque pas de devenir irrespirable ? 

Non. Nous prenons des engagements, et c'est justement de limiter l’étalement urbain. Par exemple, je m'oppose depuis longtemps à ce qu'on fasse des lotissements en zone rurale. Il faut d'abord essayer de remplir ce que l'on appelle "les dents creuses", comme on dit en urbanisme. Il faut densifier, pas partout, mais il faut construire des maisons et avoir des logements abordables.  Et il faut aussi des logements à loyers modérés. Ça déplaît à ceux qui ne veulent pas de mixités, mais moi je suis défenseur de la mixité.

Justement, il y a un gros projet qui débute cette année : la rénovation du quartier de la Fontaine d'Ouche. Certains logements vont être détruits. Est-ce que vous ne pouvez pas rénover au lieu de tout détruire et tout reconstruire ?

Nous rénovons déjà beaucoup vous savez. Mais il y des endroits où le mieux c'est de démolir et de reconstruire. Dans ce quartier il y a déjà 40% de logements vides, et la vie dans ces bâtiments qui vont être détruits est assez difficile. Notamment parce qu'il y a peu d'insonorisation. Donc, nous allons accompagner tout le monde, comme nous l'avons déjà fait quand nous avions abattu la tour Billardon. Ce que nous avions proposé aux habitants en compensation avait satisfait, je crois. 

La Cité de la gastronomie

La Cité de la gastronomie et du vin est l'un de vos grands projets. Est-ce qu'elle va ouvrir un jour ?

Oui, disons à la fin de l'année 2020. Tout le monde sait qu'il y a eu ce que j'appelle "un malfaisant" (plus d'infos ici). Il a fait des recours. Je lui ai dit : "Retirez vos recours, si vous le faite, nous pourrons avancer". Il m'a dit : "Si on répond à mes deux raisons je retirerai mes recours". Eh bien je lui ai répondu !

Ouverture fin 2020 donc selon vous. On imagine que tout ne sera pas forcément en place...

Le projet culturel sera en place. C'est une formidable chance, parce que Dijon est lié à la gastronomie. Il y a à Dijon énormément de restaurateurs étoilés. Par exemple, l'Hostellerie du Chapeau Rouge de William Frachot. Il y a aussi de très bons restaurants qui ne sont pas étoilés comme l'établissement de  David Zuddas. Dijon est une ville culinaire. Donc nous allons développer ça. Avec la Cité de la gastronomie nous allons attirer 500 000 visiteurs par an. Nous commencerons par une grande exposition sur la patisserie avec un nom internationalement connu : Hermé.

Il y a aussi un hôtel de luxe qui veut s'installer. Certains artisans dijonnais disent que les loyers vont être très chers et qu'ils ne pourront pas s'installer à la Cité de la gastronomie...

Ce n'est pas vrai car il y aura les meilleurs des artisans dans le domaine de la gastronomie qui pourront présenter leurs produits. Simplement, les meilleurs seront sélectionnés. Est-ce que ce sera trop cher ? Ils n'en savent rien puisque nous n'avons pas encore fait les propositions.

C'est un projet privé porté par Eiffage. Plus ça avance, plus il y a d'argent public qui est investi. Au final, combien est-ce que cela va coûter aux Dijonnais ? 

Cela ne va rien leur coûter, cela va même leur rapporter. Parce que la Cité de la gastronomie va faire venir 500 000 touristes par an et elle va rapporter de l'activité économique. Donc elle va rapporter à la ville. Plus il y aura de recettes générées par ces touristes qui vont venir,  moins nous demanderons d'effort aux Dijonnais. Tout de même, l'essentiel de l’investissement est porté par le privé. 

Dijon, une "Smart city" ?

Vous ambitionnez de faire de Dijon la première "Smart city" de France, "ville intelligente" en Français. Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ? 

Cela veut dire que là où nous avions des services cloisonnés, chacun dans leur domaine comme les services de la circulation et des espaces verts, nous aurons un seul service et tout va être régi d'un point central. 

Tout sera réglé par ordinateur ?

Tout ce qui concerne l'espace public. Un démonstrateur sera installé l'année prochaine. Vous pourrez voir par exemple que quand il y aura un incendie, toutes les bornes s'abaisseront en même temps, tous les feux passeront au clignotant orange, les voitures de pompiers accéderont les premières au lieu de l'incendie. Autre exemple : vous marcherez dans la rue, et puis l'éclairage deviendra plus lumineux à l’endroit où vous êtes. Ce sera une gestion dynamique de l'espace public. Des villes du monde entier viendront voir ce qui se passe à Dijon. Nous avons la taille pour faire une expérimentation. Bon, nous allons peut-être essuyer un peu les plâtres, mais pas trop j'espère !

Tout cela a un certain coût : on parle de 105 millions d'euros pour l'instant. Ce n'est pas un peu cher et gadget ?

Non, parce que tout ce que l'ont investi nous fera faire des économies. Pour que ce soit gagnant-gagnant, il faut investir beaucoup. Par exemple, nous allons changer toutes les ampoules en installant 36 000 LED qui seront sensibles au fait qu'il y ait du monde ou pas . Nous allons faire énormément d'économie d'énergie grâce à cela.

Quelques questions d'actualités...

Sur la politique d'Emmanuel Macron...

Je le respecte dans sa personne, que ce soit clair, je le connais bien, même. Je combats en revanche sa politique. Il y a tromperie sur la marchandise : je croyais qu'il était un social-libéral mais en réalité c'est un libéral pas social ! Il y une augmentation du pouvoir d'achat de 1% des Français les plus riches, les très très riches même. Moi je suis opposé à ça. Pendant ce temps, les 20% les plus modestes ont vu leur pouvoir d'achat baissé. C'est exactement l'inverse de ce que je pense qu'il faut faire.

Sur la hausse du prix des carburants...

Je pense qu'il faut que l'on abandonne la culture du diesel de notre pays. Pour cela, l'évolution des prix peut être un élément important à condition que les recettes que récupère l'État soient affectées à la lutte contre le réchauffement climatique. Or, le gouvernement va recevoir 55 milliards d'euros supplémentaires dus aux taxes et malheureusement seul un cinquième est attribué à l'écologie. Donc, si c'est pour faire des taxes qui alimentent le budget général, c'est une sorte d'arnaque.