Politique

Rétro 2015 dans l'Yonne : la montée du Front National

Par Benoît Jacobo et Isabelle Rose, France Bleu Auxerre jeudi 31 décembre 2015 à 12:32

Marine Le Pen, leader du Front National
Marine Le Pen, leader du Front National © Maxppp - Maxppp

Ce jeudi 29 décembre, retour sur la montée du Front National aux élections départementales et régionales. Le politologue Jean-Vincent Holeindre analyse les scores historiquement hauts du FN dans l'Yonne.

Une percée aux élections départementales. Et une confirmation aux régionales : le Front National est devenu le premier parti de l'Yonne en décembre.  37% des électeurs icaunais ont glissé un bulletin FN au 2e tour.  Le parti de Marine Le Pen est arrivé en tête dans 295 communes de l'Yonne sur 455, principalement dans la moitié nord du département.

Le politologue Jean-Vincent Holeindre analyse cette nouvelle cartographie politique, au micro de Damien Robine.

"Le Front National est un exutoire" (Jean-Vincent Holeindre, politologue)

"Les résultats du Front National dans notre département étaient prévisibles jusqu'à un certain point, car le FN augmente depuis 2011. Depuis l'arrivée de Marine Le Pen à la tête du parti, à la place de son père Jean-Marie Le Pen : bons scores en 2012 à la présidentielle, et plus récemment aux européennes et aux départementales. C'est donc une confirmation.

Une adhésion à un certain nombre de candidats FN, mais pas au programme du Front National

Il y a évidemment une protestation. Pour le dire trivialement, les gens en ont un peu marre des mêmes têtes, des mêmes programmes de la gauche et de la droite classique, qui ne leur parlent plus. Le Front National est un exutoire pour dire à ces politiques : "vous n'êtes plus à notre écoute". En même temps, il y a une adhésion, sans doute aux candidats du FN, qui parlent peut-être de façon plus simple, plus directe, avec des mots qui ne sont pas ceux de la bureaucratie ou de la technocratie.

Mais je ne suis pas certain qu'il y ait une adhésion aux valeurs du Front National. On voit que les jeunes par exemple ne connaissent pas l'histoire de ce parti, ne savent pas qu'il est lié à une extrême-droite très dure. Ce qu'ils voient, c'est simplement un parti qui est contestataire. Il y a donc une adhésion à un certain nombre de candidats contestataires, dont Marine Le Pen, et en quelque sorte une adhésion à la protestation. Il n'y a pas d'adhésion au programme, car le programme du FN est contestataire en soi, ce n'est pas un programme de construction politique.

Ce que veulent les Français, c'est de l'exemplarité (Jean-Vincent Holeindre)

Cela ouvre de nouvelles perspectives à Marine Le Pen pour la présidentielle de 2017. Il y a une consolidation de son électorat. En revanche, ces élections régionales ont montré que le Front National avait beaucoup de mal à passer le cap du deuxième tour.  Car en France, dans le système majoritaire, au premier tour, on choisit ; au deuxième tour, on élimine. Et il y a grosso modo 60% de l'électorat qui souhaite éliminer le FN. Je ne suis donc pas certain que Marine Le Pen soit en mesure de gouverner au niveau national.

Le Front Républicain ? On dit toujours qu'il est mort, et à chaque fois qu'il ressuscite. C'est comme le phénix qui renaît de ses cendres. Mais ce que veulent les Français, c'est de l'exemplarité. Et c'est sans doute ce qui manque encore aux partis de gouvernement, comme le non-cumul des mandats. Cette exemplarité permettrait de couper l'herbe sous le pied du Front National.