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Politique

Robert Ménard règle ses comptes dans un livre

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Par , France Bleu Hérault, France Bleu

Le maire de Béziers publie ce jeudi "Un maire ne devrait pas faire ça". À un an des élections municipales, Robert Ménard revient sur les raisons et les secrets de son élection en 2014, son bilan et son projet. Mais c'est aussi l'occasion pour lui de régler ses comptes et d’entrer en campagne.

Dernier livre de Robert Ménard, aux éditions Mordicus
Dernier livre de Robert Ménard, aux éditions Mordicus © Radio France - Stéfane Pocher

Béziers, France

"Un maire ne devrait pas faire ça..." C’est le titre du dernier livre de Robert Ménard qui sort ce jeudi 2 mai en librairie (aux éditions Mordicus, dirigées par son épouse, la députée Emmanuelle Ménard). Il s’agit de son dixième livre depuis 2001, le troisième depuis son élection en 2014 à la mairie de Béziers. Robert Ménard se confie sur son combat au quotidien, son engagement mais il règle aussi ses comptes d'abord contre la presse, les politiques qui s'allient pour le contrer,  et enfin une administration qui s'échine à lui compliquer la vie. 

Ses adversaires politiques ne voient qu’un élu en campagne à un peu moins d’un an des prochaines élections municipales. Ils n’ont pas tort. Et Robert Ménard ne s’en cache pas. L’élu raconte les raisons de son engagement il y a huit ans alors qu’il vient de quitter  "Reporters sans frontières", mais aussi la vision de sa ville dans 10 ans.  

La politique, il n’y songeait pas

François Bayrou lui avait pourtant fait un appel du pied pour les élections européennes. Mais en vain. "Ce n’était pas mon combat." Les municipales à Béziers ? Il a quitté cette ville 30 ans plus tôt, il n’y revient que pour voir sa famille et pendant les vacances. Mais à force de constater "la saleté grandissante, les commerces qui ferment, et l’insécurité", le doute s'est installé, dit-il. Son épouse Emmanuelle Ménard serait à l'origine de cette candidature. 

"Maintenant, ou tu arrêtes de toujours te plaindre ou tu te présentes aux élections pour changer l'image de ta ville."

Béziers était à l'époque "une ville abandonnée" par un élu sortant dont c’était le troisième mandat. Et cinq ans après, Raymond Couderc (UMP) en prend encore pour son grade dans ce livre.  

Maire absent, distant, invisible, étranger à sa propre ville, "un mauvais perdant"

Pendant deux ans de campagne interminable, Robert Ménard, novice en politique, va sur le terrain. Il raconte son porte-à-porte. Quelque 20.000 Biterrois rencontrés, à qui il dit vouloir tout changer : doubler les effectifs de police, baisser le train de vie des élus. Et surtout, il veut être un maire à temps plein, pas comme le sortant, écrit Robert Ménard. 

Pourtant, bien compliqué pour lui de constituer une liste, de trouver 49 personnalités. "Publiquement c’était compliqué de s’afficher à mes côtés", raconte l’élu. Finalement, il  décroche 44.88 % des suffrages au premier tour, avant de remporter la triangulaire avec pratiquement 47 % des suffrages au second tour (élu avec le soutien du Front National).

Robert Ménard raconte dans ce livre l’entre-deux tours des municipales, cette banderole affichée par ses opposants : "Les loups entrent dans la ville". Pour certains, le fascisme était en marche. Robert Ménard, très à droite, raconte aussi son premier conseil municipal au Palais des Congrès : "Une ambiance électrique de Seconde Guerre mondiale. Qu’elle ne fut pas aussi ma surprise en découvrant que le maire sortant avait pris soin de tout faire disparaître. Un mauvais polar. Des étagères vides, des tiroirs soigneusement vidés. Des dossiers inexistants. Il ne restait rien de l’équipe sortante. Des mauvais perdants. C’était petit. Mesquin."

La presse, cible préférée

L'ancien maire Raymond Couderc n’est pas le seul à en prendre pour son grade. Sans surprise, Robert Ménard tire à boulet rouge sur la presse. Surtout sur Midi Libre. 

"Ce journal est encore acheté pour ses résultats sportifs ou encore pour ses chroniques nécrologiques."

L'ancien journaliste dénonce cette "presse offensive qui préfère être à charge", et passer sous silence tous les bonnes actions, de peur de faire le jeu de l’extrême droite. "Tout ce que nous faisons à Béziers n’était jamais assez bien", explique t-il.

Robert Ménard préfère dresser son bilan : Béziers, première ville à mettre en place une mutuelle municipale, le repas à la cantine à 1,05 euros, la baisse des impôts de 4% pour ne plus les augmenter, la baisse de 30% des indemnités des élus...

"On aurait presque envie d'envoyer ces journalistes en stage en Arabie Saoudite ou en Chine pour qu’ils comprennent ce qu’est une véritable atteinte à la liberté d’expression", lance le maire de Béziers.

Une presse locale subventionnée ? "L’agglo de Béziers les arrose d’argent public, maintient Robert Ménard. "Ils lui en sont redevables et écrivent comme il convient", ajoute l’élu.

"Des éditos malveillants, fielleux, venimeux. Midi Libre ne devrait pas oublier que La Dépêche du Midi, son propriétaire, compta longtemps parmi son conseil d’administration un certain René Bousquet, inculpé de crime contre l’Humanité pour la rafle du Vél d'Hiv."

Robert Ménard revient sur les cinq procès en diffamation gagnés contre Jean-François Baylet, propriétaire de La Dépêche du Midi et ancien ministre radical de gauche.

La presse en général est pointée du doigt. "Je trouve mes ex-confrères, pour la plupart sans vraie curiosité, répétant à satiété les mêmes poncifs, se donnant toujours le beau rôle, sûrs de leur valeur. Qu’importe, ajoute l’élu. Seuls les Biterrois me soucient. Seul leur jugement m’importe. C’est à eux que je dois des comptes."

Ménard flingue tous azimuts 

Dans sa ligne de mire, il y a aussi le sous-préfet de Béziers à l’affût des choix effectués, le procureur de la République. Mais aussi l’opposition. "Je me suis trompé. J’ai été bien trop généreux. En leur accordant des places dans les commissions ou des organismes extérieurs. Rien ne m’y obligeait." Sans oublier l’Agglomération de Béziers, impuissante et incapable à ses yeux, de faire venir des entreprises alors que l’emploi est pourtant de sa compétence. 

L’occasion pour lui de dire qu’il a réussi en partie ce qu’il avait annoncé. De rappeler sans surprise comme il l’avait fait à mi-mandat qu’il est candidat à sa propre succession. Robert Ménard affiche fièrement sa police municipale, présente sur le terrain, 24 heures sur 24, mais aussi ses caméras de vidéosurveillance.  

La redynamisation du centre-ville, l'un de ses combats

Pour maintenir notamment les Galeries Lafayette ou encore empêcher le départ des 200 salariés d’EDF Energies vers Montpellier, l'élu n’hésite pas à employer des méthodes publicitaires troublantes, intimidantes, polémiques voire menaçantes pour être entendu. Il explique pourquoi : "Pour exister. Il faut taper là où cela fait mal."

"Pourtant nous sommes loin d’avoir tout réussi", précise Robert Ménard. En matière d’emploi, ou de dynamisation du centre-ville, gérer une équipe de 2.000 salariés était une inconnue, tout comme les rouages et les lenteurs administratives hors normes : une "lenteur mammouthesque", selon lui.

"Il a fallu rappeler qui était le patron, remettre certains à leur place."

Pauvreté, immigration, insécurité sociale, culturelle et physique... Robert Ménard, nostalgique de l’Algérie de son enfance fait ici l’éloge des frontières. Même s’il ne prône pas la sortie de l’Europe, il se dit favorable à une immigration contrôlée. Il est intimement persuadé que "sous les coups de butoir d’une immigration de masse, c’est l’identité même de notre civilisation européenne qui est en jeu, en danger". 

"Il faut cesser de se justifier auprès des médias, dernier refuge d’une gauche insupportable d’arrogance. Il faut cesser d’avoir honte de ce que nous pensons au plus profond de nous-mêmes."

Robert Ménard redit tout le bien qu'il y a de vivre à Béziers, justifiant aussi ses déplacements parisiens : "Si je participe régulièrement à des émissions de télévision, c’est pour faire entendre la voix de ma ville, pour faire entendre une autre approche de la politique, pragmatique, à la fois réalise et audacieuse."

Il affiche sa fierté de voir sa ville se métamorphoser et d’avoir respecté ses engagements depuis son élection : "Personne ne peut contester que nous avons tous ensemble changé Béziers. Aujourd’hui, j’ai plus de passion à imaginer ma ville dans 10 ans qu’à participer à des joutes oratoires dont je sais la vanité."

Robert Ménard assure ne pas avoir épuisé son stock d’idées. S’il commence ces 142 pages par "Aux Biterrois et aux Biterroises", dans les  trois derniers chapitres, il fait le point sur les cinq dernières années, mais livre aussi sa vision de Béziers dans 10 ans.  

"Béziers est sur le bon chemin, mais il ne faut pas baisser la garde. Je veux embellir le cadre de vie des concitoyens, lutter contre la solitude des aînés, lutter contre les quartiers devenus des ghettos."

Robert Ménard dit avoir besoin de plus de temps. Qu’un seul mandat est insuffisant. Mais aujourd’hui, il reconnait que ce premier mandat lui a permis de mieux comprendre les rouages d’une administration. La campagne est lancée sans le soutien d’aucun parti politique assure Robert Ménard, "même si chacun sait de quel côté mon cœur balance". 

"Les Biterrois se prononceront sur notre bilan. Le déclin de la ville est enrayé. Elle est sur de bons rails. Il nous reste à lui dessiner un projet face à une opposition frustrée de ne pas avoir réalisé ce que nous avons réussi."

Ne se fiant  pas aux médias pour faire écho de son bilan, Robert Ménard a trouvé le moyen avec ce livre d'appliquer à la lettre la maxime "On n'est jamais si bien servi que par soi-même".