Politique

Robert Savy décrit "Le crépuscule des socialistes de la Haute-Vienne" dans un livre

Par Fabienne Joigneault, France Bleu Limousin lundi 12 septembre 2016 à 10:48

Robert Savy se défend de régler des comptes
Robert Savy se défend de régler des comptes © Radio France - Régis Mazabraud

L'ancien président de la Région Limousin a voulu raconter la vie interne du PS sur 45 ans. "Je ne voudrais pas qu'on le considère comme un règlement de comptes", dit-il. Pourtant, le livre est plutôt mordant. Robert Savy était l'invité de France Bleu Limousin à 8h20 ce lundi.

La chute de la maison socialiste en Haute-Vienne vue de l'intérieur, c'est le propos du livre que publie Robert Savy,  L'ancien président de la Région Limousin (1986-2004). Il répond aux questions d'Henrique Vieira-Campos.

Vous publiez "Le crépuscule des socialistes en Haute-Vienne", 320 pages consacrées aux 45 dernières années du PS dans le département, ça aurait pu aussi s'appeler grandeur et décadence ?

- "ça aurait pu s'appeler grandeur et décadence mais il me semblait que le crépuscule c'était mieux, parce qu'après le crépuscule, il peut y avoir des nuits superbes, il peut y avoir surtout des aubes magiques..."

Vous n'êtes pas complètement pessimiste sur l'avenir d'un mouvement à gauche, cela dit pour ce qui concerne le PS en lui-même, le constat que vous faites de ce siècle de gouvernance à Limoges, il est dur !

- Oui, je crois qu'il est dur, mais il n'est pas propre complètement à Limoges. Il y a eu une période, celle de la SFIO, qui s'est terminée quand Mitterrand est arrivé. Et maintenant la période ouverte par Mitterrand est en train de se terminer, et il faut que quelque-chose de nouveau apparaisse. C'est le cadre national. Et ici, il me semble qu'il y a une circonstance aggravante : c'est l'absence d'alternance politique depuis un siècle. Si on dit que l'alternance est nécessaire à la démocratie, ça veut dire quelque-chose, ça veut dire que de temps en temps, il faut reprendre son souffle et réfléchir à ce qu'on peut apporter".

- Vous faites un constat que d'autres ont fait, d'ailleurs, le PS a tout eu dans ce département et pendant longtemps, un pouvoir immense pour finalement pas grand-chose à l'arrivée...

- "Oh pas grand-chose je ne sais pas... Les socialistes n'ont pas été de mauvais gestionnaires locaux,  ils ont été absents des débats politiques nationaux..."

"Le niveau baisse"

- Vous dites : voilà, c'est quand même devenu des élus professionnels, ce qui est un gros problème pour vous, et de vos camarades socialistes, vous dites qu'ils sont assez médiocres !

"Je constate, comme disaient mes professeurs autrefois, que le niveau baisse : il y a eu comme mode de sélection à la Libération la résistance, c'était pas rien. Il y a eu ensuite Mitterrand et des gens qui venaient de l'opposition, qui n'avaient pas pu vivre de la politique. Et maintenant, j'ai le sentiment qu'on fait de la politique comme on mène une autre carrière et que de ce fait, on se coupe de la société civile. Or, un politique n'a de sens que s'il est en relation avec la vraie vie que mènent les gens."

La parole que vous portez est assez rare dans le monde politique : dans ce livre, vous racontez les luttes intestines, les problèmes de personnalités, les rivalités. Ce sont des choses qu'on met assez peu souvent au grand jour.

-"Vos confrères parlent volontiers de tous ces aspects un peu mineurs, un peu médiocres en tout cas à l'échelle nationale, mais au niveau local, ça ne sort pas. C'est peut-être de votre faute, vous pourriez en parler. Il m'a semblé que ça méritait d'être dit. Mais je ne crois pas que ce soit le propre de la politique. Il doit y avoir bien des secteurs d'activités où la concurrence existe et où on ne se porte pas toujours la même affection."

Pourquoi ce livre finalement ? C'est un règlement de comptes ?

-"Alors je ne voudrais pas qu'on le considère comme un règlement de comptes. Je ne voudrais pas non plus qu'on le considère comme un geste militant mais presque ! Il me semble qu'il faut qu'on sache comment fonctionnent les partis politiques, c'est mon côté universitaire qui continue peut-être... Il me semble aussi qu'il faut tirer les leçons de ce dont on est pas forcément très fier, toujours, pour inventer autre chose."

"Le crépuscule des socialistes en HauteVienne », 22 euros, chez Geste Editions collection Témoignage. - Radio France
"Le crépuscule des socialistes en HauteVienne », 22 euros, chez Geste Editions collection Témoignage. © Radio France - Fabienne Joigneault

Cette démarche de transparence, est-ce qu'elle ne risque pas de salir aussi un peu la politique, en montrant au grand jour les mesquineries, les calculs, les coups bas ?

-"Mais vous croyez que ça n'existe pas dans la vraie vie ? Il me semble que dans mon travail universitaire j'ai toujours plaidé pour que l'administration soit transparente et il est important qu'elle le soit et qu'elle dise pourquoi elle a fait les choses. La politique qui a un rôle considérable, c'est la politique qui choisit, qui fait le casting...  Au Parti Socialiste, on est pas sûr de la liste électorale, on est pas sûr du secret du scrutin on est pas sûr de la manière dont le dépouillement se fait : vous imaginez un vote officiel qui se fasse comme ça ?"

Alors pourquoi s'engager dans un mouvement politique tel que vous nous le dites, y'a pas beaucoup de sens finalement ?

-"Parce que si on est content de la manière dont les choses fonctionnent spontanément on a pas à s'engager. La politique c'est la question de savoir si les citoyens peuvent peser sur ce qui se passe aujourd'hui. Moi je ne suis pas tous les jours satisfait de la manière dans le monde en général fonctionne et j'ai envie qu'il y ait des forces qui puissent résister."

Vous avez toujours votre carte au parti socialiste ?

-"J'ai toujours ma carte au PS, probablement plus en pensant à ce qu'il m'a apporté et à ce que j'ai pu lui apporter qu'à ce qu'il est aujourd'hui..."

Vous allez voter à la primaire ?

-"Si c'est une primaires ouverte à toute la gauche qui constitue les prémices d'un rassemblement, sûrement. Si c'est autre chose, c'est moins sûr."